Le secteur du logement au bord du krach
Marie-Pierre Gröndahl

Photo d'illustration
© Magali Cohen / Hans Lucas
Marie-Pierre Gröndahl

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De l'atonie à l'asphyxie. En un an, la crise de l'immobilier a encore pris de l'ampleur, au point que ses conséquences débordent désormais largement du strict cadre de son secteur et de ses principaux acteurs économiques - constructeurs, promoteurs, agents immobiliers, notaires... - pour atteindre aujourd'hui l'ensemble du pays, et en premier lieu les ménages et les collectivités locales qui en subissent les effets dévastateurs. Rien de surprenant : tous les facteurs se sont progressivement accumulés pour l'aggraver depuis deux ans.
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L'inflation a réduit le pouvoir d'achat des ménages et alourdi le coût des matériaux de construction. Puis contraint la Banque centrale européenne à durcir sa politique monétaire. La remontée historique des taux d'intérêt a inévitablement à son tour entraîné la diminution des prêts accordés aux particuliers, d'autant que les banques ont dû prendre en compte des conditions d'octroi plus strictes qu'auparavant. La mise en place progressive des nécessaires réglementations environnementales - la RE 2020 et le ZAN, pour « zéro artificialisation nette » des sols - a raréfié le foncier disponible pour la construction, y compris en zones tendues, tout en réduisant le nombre de biens disponibles à la location. La diminution des dispositifs d'incitation fiscale - le « Pinel » sera supprimé dès cette année - a détourné du marché les investisseurs particuliers, tandis que celle des rendements attendus a fait fuir beaucoup d'investisseurs institutionnels.
Résultat ? Des postes délaissés par des candidats sans possibilité de logement à proximité de leurs lieux de travail (mais une quantité de bureaux vides), une natalité en nette décrue l'an dernier, des chefs d'entreprise qui se lancent eux-mêmes dans la construction à côté de leurs sites industriels pour pouvoir loger leurs salariés, des promoteurs sans projets ni chantiers, des étudiants sans toit qui renoncent ainsi parfois à leur cursus, des annonces qui suscitent plusieurs centaines d'appels en quelques minutes, des agences en faillite, des notaires qui licencient (-57 % d'activité en moyenne l'an dernier) et des élus en quête de ressources de remplacement pour pallier la chute de leurs recettes fiscales, mais qui refusent pourtant de plus en plus de permis de construire (-100 000 en douze mois). Mais toujours pas de ministre du Logement, plus de deux semaines après la nomination de Gabriel Attal à Matignon.
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