De l'empereur Constantin à nos jours, une histoire de l’hôpital
Laurent-David Samama
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9 juillet 1849. Le regard perçant et la voix assurée, Victor Hugo, depuis peu élu député à l'Assemblée législative, s'apprête à prononcer un discours demeuré dans les mémoires. Profondément marqué par les événements de 1848, il entend ouvrir les yeux de ses collègues élus sur la misère qui frappe le peuple. Hugo a alors un objectif : préserver l'hôpital, service public par excellence et symbole de la grandeur de la France.
« Je ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu'on peut supprimer la maladie en ce monde ; la maladie est une loi de la nature ; mais je suis de ceux qui craignent que l'on puisse fort bien détruire l'hôpital public. Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas transformer, détériorer, saboter, torpiller, je dis détruire. L'hôpital public, c'est la société qui dit à l'homme : "Toute vie par elle-même vaut d'être préservée". L'hôpital public, c'est le tout qui dit à la partie : "Tu peux compter sur moi". Quelle grandeur ! que l'on entend de moins en moins, dans ces mots simples : service public. Et d'abord, quelle grandeur dans ce mot de "service" ! Grandeur encore que la société puisse dire à chacun de ses membres : "Je suis à ton service". Tous les droits des individus se payent d'un devoir. Ceux de l'État également. L'hôpital est peut-être le plus beau, et sans doute le plus nécessaire, de ces services que la communauté se doit de rendre - oui, Messieurs, je dis bien : rendre ! - aux citoyens qui la composent. À la porte d'un service public doivent disparaître les privilèges de l'argent. L'hôpital public, et l'école, ce sont des sanctuaires consacrés ; et les inégalités sociales n'y doivent pas pénétrer, pas plus que, disent les légendes, les vampires ne peuvent mettre un seul pied dans les lieux de cultes sans tomber en poussière. »
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Lyrique et passionnée, la vision de l'hôpital telle que défendue par Victor Hugo demeure aujourd'hui encore celle à laquelle les Français sont attachés. Or, celle-ci procède d'une lente construction que des siècles, sinon des millénaires, auront permis de bâtir. On a coutume de faire remonter les premières traces avérées de lieux dédiés à la santé à la fin du IIIe millénaire, en Mésopotamie. C'est à cette époque que, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, s'établissent des traités de médecine, dont le Traité de diagnostics et pronostics, long texte rédigé sur plus de quarante tablettes et près de trois mille entrées. S'y trouvent, à destination des soignants, une liste de pronostics et de remèdes à administrer aux malades, selon la typologie du mal et sa fréquence.
Laurent-David Samama