Quand les étudiants en médecine n’y croient (presque) plus
Laurent-David Samama
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Photo d'illustration
Mulyiadi - unsplash
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Déserts médicaux, grève des médecins généralistes, fermetures récurrentes de maternités et services des urgences dans le rouge... L'hôpital est en crise et notre système de santé menace de vaciller. En 2023, les maux révélés par la crise du Covid-19 n'ont pas disparu, d'aucuns estiment qu'ils se seraient même accentués. Dans ce contexte morose, comment réagissent les étudiants en médecine ? Comment se forment les vocations et comment s'entretient la flamme de la motivation tout au long d'études réputées fastidieuses et difficiles ? Pour le savoir, nous avons donné la parole à plusieurs étudiants. Ceux-ci nous ont raconté leur quotidien, leurs attentes et leurs désillusions, sans détour.
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En France, une trentaine d'universités proposent un cursus en médecine sur tout le territoire. Si elles sont ouvertes à tous via la plateforme Parcoursup, leur accès est souvent conditionné à un passage coûteux (plus de 10 000 euros) en « prépa » et à des études secondaires en filière scientifique au préalable. C'est à ce stade justement, en amont du passage à la vie estudiantine et avant même l'obtention du baccalauréat, que se forment généralement les vocations. « Autour de moi, dans la famille et parmi les amis, il y avait plusieurs généralistes et spécialistes. J'ai grandi avec leurs histoires, cette ambiance bien particulière et le récit des cas complexes sur lesquels ils pouvaient tomber. Cela a aiguisé mon intérêt pour le milieu médical ! » explique Gabriel. Quant à Sandra, c'est d'abord son « envie d'être utile à la société » qui l'a conduite en médecine : « Très tôt je me suis rendu compte que j'avais beaucoup de sang-froid, que je réagissais bien aux situations d'urgence, que je n'avais pas peur du sang. J'ai voulu miser sur ces points forts, les transformer en horizon professionnel. » Pour parvenir au diplôme, deux parcours sont proposés : le PASS, ou parcours d'accès spécifique santé, ainsi qu'une licence avec option accès santé. L'admission en deuxième année s'effectue à partir des résultats obtenus lors d'un concours et éventuellement d'épreuves complémentaires. C'est alors le début du premier cycle qui dure deux ans, avant un deuxième cycle de trois ans. Vient ensuite le moment de l'internat, consistant en une application pratique de la théorie apprise qui durera trois ans pour les médecins généralistes et de quatre à six ans pour les autres, en fonction de leur spécialité. Formation longue et hypersélective par excellence, la fac de médecine obéit à une règle simple : « Beaucoup d'appelés, mais peu d'élus ! » Dans les faits, il faut 9 ans d'études à l'université pour devenir généraliste et 10 à 12 ans pour les spécialistes (chirurgiens, pédiatres...). Cela sans compter les éventuels contretemps, réorientations et redoublements... C'est ainsi qu'en entrant en première année, Sandra avait prévenu ses amis : elle s'attendait à vivre une période « compliquée ». La jeune femme poursuit : « J'avais fait une prérentrée en écourtant mes vacances, refusé chaque sollicitation, je m'étais projetée à vivre l'année la plus éprouvante de ma vie. J'avais un stock de motivation que personne n'aurait pu me retirer. J'ai commencé les cours avec la rage d'avoir mon année. J'ai appris à travailler, parce que je n'avais jamais vraiment appris au lycée. J'ai tout essayé, fait toutes les méthodes d'apprentissage. Je pensais ne jamais réussir. Je suis arrivée 170e à mon premier concours blanc. Là, j'ai compris que c'était possible : j'étais peut-être capable d'avoir mon année ! Alors je n'ai rien lâché. Je n'ai pas craqué pendant 4 mois, à ne pas sortir, rentrer de la fac à 23 heures, en gardant le sourire et en continuant d'être motivée. Même avec des angoisses qui me bouffaient, j'ai continué. Et j'ai passé les premiers concours. » Ne pas voir le jour, bûcher du matin au soir dans l'optique d'obtenir le précieux sésame. Sandra nous raconte comment elle s'est volontairement mise à l'écart de la société en ne voyant plus personne et en arrêtant même les réseaux sociaux, pour ne pas céder à des divertissements qui auraient pu l'éloigner de son objectif. Une discipline de fer que nous raconte également Gabriel : « C'est clairement un parcours du combattant, dès la première année. Dans ma fac, il y avait 300 retenus sur 3 000. C'est comme une arène dans laquelle on est jeté ! On a parfois l'impression de se diriger dans la gueule du loup ! C'est une course au travail, une course contre la montre. Et des heures de travail et de bibliothèque. Je dirais que c'est du sacrifice. Il y a des codes qu'il faut connaître. Comme il s'agit d'une compétition, les gens ne partagent pas les informations... »
Laurent-David Samama