Santé : les pépites françaises filent-elles à l'étranger ?

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Medtech, fleuron français des technologies médicales, a été racheté pour 164 millions d'euros  par Zimmer Biomet.
Medtech, fleuron français des technologies médicales, a été racheté pour 164 millions d'euros par Zimmer Biomet. (Crédits : Décideurs en région)
L'acquisition de Medtech par l'américain Zimmer Biomet remet sur la table la question des difficultés des medtechs et biotechs françaises à se financer pour développer et industrialiser leurs produits. Pour le moment, peu de sociétés cotées en France sont passées sous pavillon étranger...

Le passage sous pavillon américain de Medtech, fleuron français des technologies médicales, a comme un goût amer pour son fondateur, Bertin Nahum.

"On a déjà fait un miracle, mais on est face à de très grosses sociétés, et je ne peux pas rivaliser éternellement avec mon Opinel", déplore-t-il au lendemain de l'annonce de l'acquisition, interrogé par Les Echos.

Un rachat que la société montpelliéraine juge pourtant salutaire car elle lui permettra "de toucher un plus grand nombre de patients", grâce à la position "dominante" de l'Américain Zimmer Biomet sur le secteur.

Pour Sacha Pouget, fondateur du site spécialisé Biotech Bourse, ce rachat démontre le potentiel du savoir-faire français. Mais il est également le symbole d'"une fuite des cerveaux". Et ce dernier de s'interroger:

"De quoi demain sera faite la cote française, si toute notre innovation sort de Bourse et est reprise par de grands groupes, qui siphonneraient en quelque sorte nos champions ?"

Des mots concordant avec une tendance au pessimisme d'acteurs du secteur sur la capacité de la France à garder sous son aile des pépites, qu'il s'agisse des medtechs (fabricants de technologies médicales) ou des biotechs. Selon Pierre-Olivier Goineau, ex-président de France-Biotech, la sous-capitalisation des startups françaises en santé est la cause de ces passages sous pavillon étranger: "Nos sociétés valent entre 5 et 10 fois moins que leurs concurrentes américaines", lance-t-il, interrogé par La Tribune.

Peu de rachats de sociétés françaises cotées en Bourse

A y regarder de plus près, les rachats de medtechs et biotechs françaises cotées en Bourse par des groupes étrangers se comptent sur les doigts de la main ces dernières années. Il faut remonter à 2012 pour voir le dernier rachat d'une société de ce type cotée en Bourse en France. Le groupe néerlandais Qiagen avait acquis cette année-là la société française Ipsogen, spécialisée dans le développement de traitements contre le cancer. En 2011, Novagali Pharma était également rachetée, mais par un groupe français, Sanofi.

Un nombre de passages sous pavillon étranger bien faible comparé au nombre de sociétés de santé cotées en Bourse à Paris - actuellement, on recense 25 medtechs et 32 biotechs (en 2014, on recensait 19 sociétés cotées dans les deux catégories).

Des sociétés sous pavillon étranger suite à leur double cotation ?

Par ailleurs, une demi-douzaine de biotechs/medtechs sont doublement cotées. Elles le sont en France, mais également au Nasdaq ou à Euronext. Ainsi, outre-Atlantique, on compte Cellectis, travaillant sur l'ingénierie du génome et l'immunothérapie et DBV Technologies, spécialisé dans l'immunothérapie contre les allergies. Elles ont démarré leur cotation au Nasdaq, respectivement en mars 2015 et en octobre 2014. Et celles-ci sont en quelque sorte passées de facto sous pavillon étranger, selon un autre analyste  spécialisé dans les biotechs cotée en Bourse et souhaitant garder l'anonymat:

"L"idée est de trouver des investisseurs plus spécialisés, de bénéficier de plus d'investissements en s'introduisant en Bourse aux Etats-Unis. Les groupes sont français de par leur origine, mais leur capital est désormais éclaté et international", lance-t-il.

Interrogé, par La Tribune, Cellectis se définit comme "une société franco-américaine" car son siège social est France, quoiqu'il dispose d'un bureau à New York et d'une antenne à Minneapolis. Prêt d'un tiers de son capital boursier appartient à des investisseurs américains, et seul 15% est détenu par des investisseurs européen, français et autre. Le reste se compose d'actions détenues par des partenaires (Pfizer notamment), et de capitaux flottant répartis entre le Nasdaq et Alternext (Paris).

Des levées de fonds alléchantes aux Etats-Unis

Encouragées par les possibilités de lever des fonds aux Etats-Unis et également se rapprocher du marché américain (premier marché mondial en matière de médicament, notamment), de nombreuses biotechs françaises envisagent une cotation outre-Atlantiques pour se financer, soulignait déjà en janvier 2015 le site Investir.

D'autant plus que les débuts de Cellectis ont été encourageants. La société avait levé 212 millions d'euros lors de son démarrage au Nasdaq, alors qu'elle en attendait la moitié. DBV Technologies avait quant à elle levé 90 millions d'euros. Depuis le début de l'année, aucune des sociétés ayant lancé une introduction en Bourse à Paris n'a annoncé un objectif supérieur à 50 millions d'euros. Gensight, spécialisé dans thérapie génique, était la plus ambitieuse. Elle a levé 40 millions d'euros.

La difficulté de financer les phases cliniques avancées

Bernard Gilly, fondateur et patron de Gensight, explique en outre à La Tribune être prêt à une collaboration avec les grandes industries pharmaceutique pour passer à la phase industrielle. Même son de cloche du côté de Horama, une autre biotech qui a levé 4 millions d'euros pour développer des produits pour lutter contre des maladies entrainant la cécité. "Avec cette levée de fonds, nous pouvons faire rentrer nos produits en phase clinique, mais pas financer une phase III. Nous sommes prêts à des partenariats avec des industriels", détaille à La Tribune Christine Placet, la directrice générale de Horama.  Une tendance généralisée parmi les biotechs françaises du fait du coût des derniers essais cliniques (II/III) avant un lancement sur le marché, qui nécessitent beaucoup de cash.

Ce qui peut être un moment clé pour les investisseurs étrangers. "Pour les biotechs, ces derniers attendent que les produits soient proche d'une mise sur le marché", explique l'analyste spécialisé dans les biotechs cotée en Bourse.

La raison du nombre réduit de passages sous pavillon étranger, pour le moment, serait la faible proportion de biotechs ayant des produits proche d'un lancement sur le marché...  Cela expliquerait également la peur de certains acteurs pour le secteur à l'avenir surtout. A l'image de ce que déclarait l'ancien président France Biotech à La Tribune en janvier, lors de l'annonce par Marisol Touraine de la création d'un fonds de 340 millions d'euros dédié aux biotechs, pas encore mis en place:

"Les financeurs américains vont faire leur marché et nos belles pépites françaises vont avoir à partir là-bas."

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ENCADRE

Deux passages sous pavillon américain pour des sociétés non cotées

Concernant les fusions-acquisitions des sociétés non cotées, recensées par le site spécialisé fusaq.com, deux sociétés sont passées sous pavillon étranger, américain plus précisément, depuis le début de l'année: les laboratoires Anios rachetés par Ecolab et LDR Medical médical, spécialisé dans les prothèses cervicales a été racheté par Zimmer Biomet.

Mais de l'autre côté, Onxeo a racheté le danois DNA Therapeutics, Biomérieux a mis la main sur Applied Math (société belge) et Hyglos (entreprise allemande).

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Commentaires
a écrit le 28/07/2016 à 13:49 :
Cher Jean-Yves, LDR Medical était coté au NASDAQ sous le nom de LDR Holdings. Vous aurez l'obligeance de corriger, n'est-ce pas ?
a écrit le 22/07/2016 à 8:43 :
Biotechs ou pas, il n'y a pas de capitaux pour nos entreprises en général. Ici l'épargne va au livret A ou à la pierre. La fiscalité n'oriente pas l'épargne vers le productif mais encourage le sans risque. Actionnaire et dividendes sont des mots à vous excommunier.Cherchez l'erreur!

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