LA TRIBUNE- Dix ans après le scandale du Mediator, Servier a été reconnu en mars 2021 coupable de « tromperie aggravée » et d' « homicides et blessures involontaires », avec une amende à payer de 2,718 millions d'euros. Des peines en deçà des réquisitions du parquet de Paris qui a fait appel. Il y aura donc un autre procès l'an prochain. Craignez-vous une décision plus lourde ?
OLIVIER LAUREAU- L'affaire du Médiator est un drame. Ma première priorité a toujours été de me préoccuper des patients. Depuis que j'ai pris la gouvernance du groupe en 2014, j'ai suivi personnellement l'ensemble de l'indemnisation avec les services concernés, avant même toute décision judiciaire. Cela faisait suite aux regrets exprimés. Ces excuses n'ont peut-être pas été suffisamment entendues, mais il s'agissait d'excuses sincères, réitérées vis-à-vis des patients qui avaient souffert des effets secondaires de ce médicament. Le procès auprès du tribunal de grande instance a eu lieu. On nous a reprochés la tromperie et l'escroquerie. Servier a commis une erreur d'appréciation à un certain moment sur les effets secondaires du médicament comme l'Agence du Médicament française qui a elle aussi été condamnée. Servier a été condamné sur le volet tromperie, mais relaxé sur la partie escroquerie, et la quasi-totalité des personnes renvoyées sur le volet probité ont été relaxées. Concernant la tromperie, nous avons exécuté le jugement et versé les indemnisations. Elles s'élèvent à plus de 400 millions d'euros au titre du préjudice physique et du préjudice moral pour les personnes qui n'ont pas eu de préjudice physique. Je ne souhaitais pas faire appel, même si je n'acceptais pas certaines parties du jugement. Mais le Parquet de Paris a décidé de le faire, nous avons également fait appel. Ce procès en appel se tiendra donc au 1er semestre 2023.
Après avoir validé l'octroi d'une subvention de 800.000 euros aux Laboratoires Servier pour augmenter les capacités de production du site de Gidy (Loiret) dans le cadre de sa politique de relocalisation, le gouvernement, interpellé par le collectif de victimes du Mediator, est revenu sur sa décision au motif que ce site était anciennement celui où était fabriqué le Mediator. La comprenez-vous ?