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Pertes astronomiques pour Areva en 2011

Marie-Caroline Lopez

Publié le 01 mars 2012 à 05:00

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Le groupe nucléaire a publié jeudi soir une perte nette de 2,42 milliards d'euros, la première de son histoire. Ce n'est pas le seul problème de Luc Oursel, le nouveau patron d'Areva, qui doit faire face à cinq dossiers sensibles.

C'est fait. Pour la première fois de sa jeune histoire, Areva finit 2011 dans le rouge. Et pas qu'un peu puisque, le groupe nucléaire a annoncé jeudi soir, une perte nette de 2,42 milliards d'euros pour un chiffre d'affaires de 8,87 milliards d'euros en recul de 2,6 % par rapport à 2010. Ce mauvais résultat a pourtant très peu à voir avec Fukushima puisqu'il est dû en majeure partie à des dépréciations d'actifs de 2 milliards d'euros, dont 1,45 milliard sur le seul actif minier Uramin, objet de vive polémique avec Anne Lauvergeon depuis des semaines. Déjà, en 2010, Areva avait enregistré des pertes opérationnelles (- 423 millions et 1,9 milliard en 2011) mais avait réussi à afficher un bénéfice net de 883 millions d'euros grâce au 1,2 milliard d'euros qu'avait rapporté la cession d'Areva T&D.

Luc Oursel va-t-il devoir recapitaliser Areva ?

C'est la première question qui se pose. Fin 2010, l'Etat, actionnaire à 83% d'Areva, avait péniblement bouclé une augmentation de capital de 900 millions d'euros (grâce à l'entrée du fonds souverain du Koweit au tour de table), très loin des 3 milliards d'euros réclamés par Anne Lauvergeon à l'époque. Après avoir encore consommé 3 milliards d'euros de cash flow en 2011, qui s'ajoutent aux 7,5 milliards d'euros « brûlés » depuis 2006, Areva ne va-t-il pas devoir rééquilibrer une nouvelle fois sa structure financière ? Ceux qui rêvent de voir EDF entrer au capital d'Areva afin d'assumer clairement la tête de la filière nucléaire française n'attendent que cela.
« Une recapitalisation ne sera pas forcément nécessaire si Areva parvient à tenir ses objectifs présentés en décembre dernier », estime un analyste. Deux conditions : d'abord qu'Areva réalise son plan de cession de 1,2 milliard auquel il faudra ajouter environ 800 millions d'euros, qui pourrait venir de la vente de 20% de sa filiale mines (valorisée autour de 4 milliards d'euros). Ensuite qu'Areva renoue avec la génération de trésorerie. Luc Oursel prévoit ce retour à partir de 2015, avec un solde neutre dès 2013. Le tout accompagné d'une baisse des investissements. « Si tout cela marche, le ratio d'endettement du groupe retombera en 2014 à un niveau acceptable d'environ trois fois l'excédent brut d'exploitation », affirme ce même analyste.

Areva a-t-il encore un marché après Fukushima ?

Encore faut-il que les pertes opérationnelles affichées ces deux dernières années par Areva ne traduisent pas un problème structurel ? « Non », tranche un autre analyste. « Areva a dégagé en moyenne depuis 2002 un excédent brut d'exploitation d'environ 1 milliard d'euros. Si on table sur une érosion de ce chiffre en 2011 après Fukushisma, il est logique que des provisions de 2,4 milliards se traduisent par des pertes de 2 milliards ». Soit, mais quel sera le marché d'Areva dans un monde nucléaire gelé par l'onde de choc de Fukushima ? « Areva ne va pas décrocher de nouveaux réacteurs, à part peut être en Grande-Bretagne, commandés par EDF», prédit Per Lekander, chez UBS. « Il va surement y avoir de nouvelles commandes en Chine, en Russie ou en Inde, mais elles n'iront pas au groupe français. C'est sûr », ajoute-t-il.
Ce n'est peut être pas si grave, même si Luc Oursel table dans son fameux plan de redressement sur la commande de 10 EPR d'ici 2016, soit rien de moins que deux par an. Les analystes eux n'en demandent pas tant. « Rien qu'avec les réacteurs existants, Areva peut gagner sa vie », juge l'un d'eux. Ainsi EDF prévoit d'investir 55 à 60 milliards d'euros dans les années à venir pour mener son parc nucléaire au-delà de 40 ans. Areva le martèle d'ailleurs suffisamment : 80% de son chiffre d'affaires est réalisé avec les réacteurs déjà construits. Sans compter qu'« un EPR commandé aujourd'hui ne rapporterait pas un euro de chiffre d'affaires avant 2016 », rappelle un analyste.

Luc Oursel doit lancer son plan de réduction des effectifs.

En attendant, Luc Oursel doit s'atteler au délicat exercice qui consiste à réduire les effectifs d'un groupe public en plein campagne présidentielle. Déjà en décembre dernier, la décision de « geler les embauches » a fait l'objet d'une communication chaotique au terme de laquelle il n'était plus question que d'appliquer cette mesure aux seules « fonctions support ». Le nombre de postes supprimés est ainsi passé de 1.200 à 300 par an (sur les 28.000 salariés en France). En fait, nul ne connait l'ampleur des suppressions de postes, la direction se refusant subitement à toute estimation. Alors qu'elle travaille depuis des années, avec les partenaires sociaux, sur la gestion des nombreux départs à la retraite prévus (1.000 à 1.200 par an en France). Le Comité de groupe européen a d'ailleurs vu rouge et exigé une expertise dont le rapport est attendu mi-mars. Entre-temps, les élus européens s'exaspèrent de ce que certaines mesures du plan de rationalisation sont déjà mises en ?uvre, comme le gel des salaires. « Certes, mais nous avons versé une prime de 500 euros à la très grande majorité des salariés du groupe qui gagnent moins de 55.000 euros brut par an », tient à préciser Areva.
Parallèlement à la fermeture prévue en 2015 de l'usine belge de Dessel, Areva s'apprête à réduire la voilure en Allemagne en supprimant 1.200 à 1.500 postes (sur 5.700). Aucun calendrier n'a encore été précisé.

Comment se tirer du guêpier Uramin ?

Le nouveau patron d'Areva va devoir aborder cette phase de redressement, crucial pour son groupe, tout en tentant de s'extirper de l'affaire Uramin. Cette acquisition, onéreuse, réalisée par Anne Lauvergeon en 2007 tourne ces dernières semaines au règlement de comptes devant les tribunaux entre Atomic Anne et les dirigeants actuels du groupe, qu'elle a pourtant pratiquement tous nommés. Le fond de l'affaire est simple. Areva a acheté trois mines africaines d'uranium (logées dans la société Uramin) quelque 1,8 milliard d'euros en 2007 avant de ramener leurs valeurs dans ses comptes à 410 millions cette année. En cause : une teneur en uranium inférieure aux prévisions. Aujourd'hui, Areva n'a toujours pas annoncé officiellement le montant des réserves sur lesquelles elle table dorénavant. Pour l'une des trois mines, ce chiffre a été divisé par deux. Au total, c'est encore l'inconnu. Ce qui permet à Anne Lauvergeon d'affirmer que les réserves sont au final de 63.000 tonnes contre 60.000 tonnes prévues.
« Ce n'est pas vraiment le problème », affirme-t-on chez Areva. « On va dépenser 1,2 milliard pour développer la mine d'Imouraren au Niger qui recèle 210.000 tonnes. En Namibie, on a déjà investi plus d'un milliard pour des réserves estimées à 26.000 tonnes ». Au-delà de ces mauvaises évaluations pour un achat effectué lorsque les cours de l'uranium s'envolaient, la polémique s'est déchaînée sur deux questions connexes : le bilan d'Anne Lauvergeon et la gouvernance.
Deux rapports, au moins, ont été commandés sur cette affaire à des officines plus ou moins recommandables par un membre actuel du directoire : Sébastien de Montessus. L'un de ces rapports a abouti à la mise sur écoute du mari d'Atomic Anne, un temps soupçonné de conflit d'intérêt. Le comportement de Sébastien de Montessus, ancien proche d'Anne Lauvergeon, qu'elle a promu à la vitesse de l'éclair, pose une série de questions, auxquelles Luc Oursel, refuse, pour l'heure, de répondre. L'implication du nouveau patron d'Areva n'est d'ailleurs pas non plus élucidée. De son côté, Anne Lauvergeon en fait une affaire personnelle et entend laver sa réputation par une série de procès.

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Luc Oursel resserre la gouvernance et se rêve en PDG

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A défaut de répondre sur son rôle et celui de son adjoint de Montessus, Luc Oursel a annoncé toute une série de mesures pour resserrer le contrôle sur les prises de décisions dans son groupe. Un rapport interne mené sur Uramin par trois administrateurs indépendants a en effet écarté toute irrégularité ou manque de sincérité dans la procédure mais a conclu à des "dysfonctionnements" dans la gouvernance. Dans la foulée, l'Etat en a profité pour demander qu'Areva change de forme juridique et troque son directoire et son conseil de surveillance contre une direction assortie d'un conseil d'administration. Histoire de faire d'une pierre deux coups. Renforcer le contrôle de l'Etat actionnaire sur le management de l'entreprise tout en résolvant le problème Jean-Cyril Spinetta. L'actuel président du conseil de surveillance d'Areva est résolu à partir depuis qu'il a repris du service opérationnel chez Air France. Nommer PDG l'actuel président du directoire, Luc Oursel, permettrait à Nicolas Sarkozy d'éviter l'épineuse question de la nomination d'un responsable d'entreprise publique en période de campagne. Il faudra faire vite s'il veut que le processus soit validé lors de la prochaine assemblée générale d'Areva le 10 mai prochain.

Marie-Caroline Lopez

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