Cap Vert Energie fourbit ses armes au Chili

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Centrale solaire Cap Vert Energie - Valle de la Luna - Chili
Centrale solaire Cap Vert Energie - Valle de la Luna - Chili (Crédits : @Cap Vert Energie)
L’entreprise marseillaise spécialiste de la production d’électricité renouvelable décentralisée inaugure sa troisième centrale au Chili. Comme dans le Nord Est des Etats-Unis ou en Afrique, la vente directe aux collectivités et aux entreprises, sur laquelle elle se positionne, y est en pleine expansion. Cap Vert Energie prend sa part du marché, en attendant que le modèle trouve sa place en Europe et en France…

| Une version précédente de cet article faisait mention d'une puissance de 3 GW (et non 3 MW) pour la centrale Valle de la Luna.

Ce 18 octobre, le marseillais Cap Vert Energie (CVE) inaugure Valle de la Luna, sa première centrale solaire sur le sol chilien. Précisément à Lampa, à 40 km au nord-ouest de Santiago. D'une puissance de 3 megawatts (MW), elle produira 6,8 gigawattheures et fournira de l'électricité à quelque 5.000 foyers.

« C'est un exemple type d'unité de production décentralisée, le segment sur lequel nous sommes positionnés », explique à la Tribune Pierre de Froidefond, l'un des trois co-fondateurs de la startup née en 2009.

Valle de la luna est l'une des trois centrales au sol, d'une puissance globale de 10 MW, mises en service par CVE au Chili. Son portefeuille total pèse 54 MW. Avec la côte nord-est des Etats-Unis et l'Afrique, le Chili et l'un des marchés sur lesquels Cap Vert Energie a jeté son dévolu à l'issue d'études de marché approfondies, pour y déployer son modèle de production électrique vendue directement aux entreprises et collectivités. Une trentaine de sites dits PMGD (un acronyme espagnol désignant de petits moyens de génération distribuée de moins de 9 MW connectés au réseau) sont d'ores et déjà en exploitation dans le pays.

2.000 heures d'ensoleillement par an

 Les critères de sélection des marchés ciblés sont simples : disponibilité de la ressource, stabilité de l'environnement économique et politique, acceptation des investisseurs étrangers et, donc, possibilité de vendre en direct via des contrats de long terme dits PPA pour « Power purchase agreement » à un prix fixé de gré à gré entre le producteur et l'acheteur, entreprise ou collectivité. Au Chili, où l'ensoleillement est à son maximum 2.000 heures par an - contre 1.350 dans le Sud de la France -, la production sera achetée pendant quatre ans à un tarif fixé par le régulateur (et vendu à des clients également sélectionnés par ses soins), ce qui laisse le temps à CVE de trouver des clients en direct. En 18 mois, CVE est devenu un des principaux acteurs du pays sur ce segment de marché.

Ce modèle est déjà bien développé dans le Nord-Est des Etats-Unis, « où les prix de l'électricité, par ailleurs, sont les plus élevés du marché, le double dans le Massachussets par exemple par rapport à ceux du Texas... », précise Pierre de Froidefond. Ne craint-il pas un « effet Trump » négatif sur les énergies renouvelables ? «Ces Etats sont en pointe sur le sujet, et l'une des rares mesures strictement fédérale, l'ITC (investment tax credit) a été récemment prorogée », rassure-t-il.

Les entreprises veulent décarboner  leur énergie

Au Chili comme aux Etats-Unis, CVE vise 200 MW installés à l'horizon 2022. Plus globalement, l'objectif à cet horizon est de 800 MW dont 50 % à l'international. Aujourd'hui, CVE, qui emploie 75 personnes, détient un portefeuille de 100 MW en exploitation, en construction ou en projet, pour un chiffre d'affaires de 18,2 millions d'euros.

Pour atteindre ses objectifs ambitieux, l'entreprise a ouvert deux filiales au Chili et aux Etats Unis. Elle vise également l'Afrique depuis son bureau marseillais. Déjà implantée au Sénégal - elle y a noué un partenariat avec Senemeca -, elle s'intéresse également au Ghana, au Kenya et l'Afrique du Sud... le modèle consiste à s'implanter directement sur le site des entreprises consommatrices.

« Nous ciblons les mines, les cimentiers, les centres commerciaux, tous gros consommateurs, précise Pierre de Froidefond. Depuis la COP21, il y a une tendance de fond qui pousse les entreprises à décarboner leur mix énergétique. On parle beaucoup des GAFA (Apple et Google visent à court ou moyen terme un approvisionnement 100% renouvelable, ndlr) mais ce ne sont pas les seuls. Des Lafarge, Imeris ou Danone sont également demandeurs. »

Augmentation du capital de plusieurs dizaines de millions d'euros

Composé à 98% de solaire, le portefeuille de CVE contient également un peu de méthanisation en France et, bientôt, de la petite hydroélectricité. « Ce qui nous intéresse, c'est la complémentarité avec le solaire, souligne Pierre de Froidefond. Cela nous permettra de vendre des blocs 24h à nos clients. » Autrement dit, une production d'électricité verte indifférente à l'intermittence de l'énergie solaire. CVE vient de recruter à cet effet  un patron pour cette nouvelle activité, qui s'appuiera essentiellement sur du repowering de petits sites arrivés en fin de concession.

Après une première opération menée en deux tranches pour un montant global de 18 millions d'euros, les trois associés fondateurs, qui détiennent encore 66% du capital, vont entamer à la fin du mois d'octobre un roadshow afin de procéder à une nouvelle augmentation de capital qui se chiffrera en « dizaines de millions d'euros ».

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Commentaires
a écrit le 19/10/2017 à 6:42 :
c'est juste une folie d'investir dans le solaire au Chili. Les prix de l’électricité sont nuls le jour avec les 2 GW de projets solaires construits dans l'Atacama alors que la consommation est dans le centre du pays cad à Santiago (voir article de Carlos Saint James Burned in Chile: The folly of merchant solar power)
L'article indique une durée d'achat (PPA) de 4 ans alors que la centrale est sensée fonctionner 25. S'ils vendent leur électricité sur le marché spot, leur projet ne peut pas être rentable. Bref ils ont pris beaucoup de risques pour construire ces centrales. Je ne voudrais pas être le banquier qui a signé le chèque.
a écrit le 18/10/2017 à 21:41 :
Les panneaux solaires devraient être installé sur les toits, pas dans les champs à des dizaines de kilomètres des consommateurs. C'est du pseudo modernisme. Puisque l'on veut restructurer la production de l'énergie électrique autant en profiter pour limiter au maximum les pertes en ligne et produire le plus proche possible du consommateur.
a écrit le 18/10/2017 à 18:13 :
La centrale ne peut faire 3GW, pour alimenter 5000 foyers, ou pour rentrer dans le total affiché plus loin de 10MW; donc il faut lire 3MW, soit 1000 fois moins.
Il faut se relire.
a écrit le 18/10/2017 à 16:47 :
Au Chili, le business c'est pepper et incontournable dans le chili con carne :-)

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