Éolien offshore : sans attendre la France, EDF affiche ses ambitions à l’international

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Le parc éolien expérimental de Blyth a été attribué à EDF EN par le Crown Estate en 2014.
Le parc éolien expérimental de Blyth a été attribué à EDF EN par le Crown Estate en 2014. (Crédits : DR)
Lauréat du premier appel d’offres français de trois parcs aujourd'hui toujours entravés par des recours, EDF multiplie les expériences en Mer du Nord et regarde encore plus loin.

Les éoliennes de 8,3 MW du turbinier MHI-Vestas sont à ce jour les plus puissantes installées en mer. Et cinq d'entre elles commenceront à produire d'ici quelques jours dans le parc expérimental de Blyth, qu'EDF EN s'est vu attribuer en 2014 par le Crown Estate, l'organisme qui gère les eaux de la Couronne britannique. En plus de la puissance inédite de ces turbines de 200 mètres de haut dotées de pales de 164 mètres de long, EDF EN teste, à quelques encablures de Newcastle dans le nord-est de l'Angleterre, des fondations gravitaires et des câbles de raccordement d'une tension deux fois plus élevée qu'à l'accoutumée. Les premières permettent d'apporter les fondations par flottaison avant de les remplir d'un sable qui portera leur poids à quelque 15,000 tonnes. Cela permet de réaliser des économies significatives en se passant d'un navire spécial équipé de grues gigantesques pour ces pièces de 60 mètres de haut et d'une base de 31 mètres de diamètre. Quant au second, il réduit les pertes en ligne et évite de devoir transformer le courant basse tension en haute tension.

Rigidité des appels d'offres français

Grâce à ces innovations, EDF EN pourra vendre l'électricité produite par cette installation de 41 MW à un prix d'environ 145 £/MWh (soit 160€). C'est nettement plus que les dernières enchères remportées en septembre pour les parcs de Hornsea 2 au large du Yorkshire et de Moray en Ecosse, à 57,50 £. Mais c'est nettement moins que les 180 € auxquels l'Etat français devra acheter la production des parcs français attribués à EDF EN en 2012. Si l'entreprise prévoit d'utiliser les fondations gravitaires testées à Blyth à Fécamp (Seine Maritime), l'un des sites qu'elle a remportés lors du premier appel d'offres français de 2012, elle ne pourra en revanche pas changer le modèle d'éoliennes prévu à l'origine, en l'occurrence l'Haliade d'Alstom dont la fabrication a été reprise par General Electric.

C'est là en effet une spécificité du système français : une fois les appels d'offres attribués, pas question d'y changer quoi que ce soit, quand bien même cela aurait pour résultat d'abaisser le prix de l'électricité produite.

EDF EN participera au troisième appel d'offres français (le deuxième s'étant soldé par l'attribution en 2014 les deux parcs en jeu à Engie) en partenariat avec Enbridge. Cet exploitant canadien d'oléoducs et gazoducs a déjà remplacé le danois Dong Energy (récemment rebaptisé Orsted) aux côtés de EDF EN pour la construction des trois premiers parcs. Les discussions sont en cours pour finaliser les modalités du cahier des charges, attendu d'ici à la fin de l'année.

Si la Cour d'Appel de Nantes vient d'en rejeter un il y a une semaine, EDF fait encore face à des recours sur chacun de ses trois parcs de Fécamp (Seine-Maritime), Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et Courseulles (Calvados), et s'attend à devoir s'en remettre au Conseil d'Etat. Ce qui n'inquiète pas outre mesure son président Antoine Cahuzac, mais retarde bel et bien les projets. Ainsi, les décisions définitives d'investissement ne seront prises qu'en 2018, ce qui exclut une mise en service des parcs avant 2012 ou 2022.

A l'affût d'opportunités, des Etats-Unis à la Chine

Dans ce contexte, EDF EN n'a pas l'intention de rester inactif en attendant la réalisation de ses parcs français.

L'entreprise n'en est pas à son coup d'essai en Mer du Nord avec le parc de Blyth. Le Français y a déjà développé le parc de Teesside (62 MW), opère en partenariat celui de C-Power (325 MW) en Belgique dont il possède 9%, et assure la maintenance de celui de Bard en Allemagne, via la société OWS (Off-shore Wind Solutions), acquise en juillet dernier.

Et Antoine Cahuzac n'entend pas en rester là. Son intérêt pour l'éolien offshore s'étend de la côte est des Etats-Unis - où plusieurs villes souhaitent remplacer les centrales à charbon qui les alimentent par l'énergie des vents marins - aux rivages sud de la Chine, situés à proximité des centres de consommation, à l'inverse des fermes éoliennes terrestre implantées dans le nord du pays. La Chine vient d'ailleurs de mettre en service une ferme éolienne en mer géante de 300 MW. Tout en reconnaissant que ce marché gigantesque est difficile à pénétrer pour une entreprise étrangère, Antoine Cahuzac, rappelle que le groupe EDF y est déjà bien implanté et qu'EDF EN est habituée à travailler en partenariat, comme elle le prouve avec Enbridge.

Il faut dire que le secteur offre des perspectives séduisantes. A en croire une étude des chercheurs américains de la Carnegie Institution for Science parue ce 9 octobre, des fermes éoliennes offshore flottantes installées dans l'Atlantique Nord pourraient produire trois fois plus que les fermes terrestres, et même couvrir jusqu'à trois fois les besoins en électricité de la population mondiale. Il s'agissait d'éoliennes flottantes capables de s'affranchir des grandes profondeurs, puisqu'elles ne nécessiteraient aucune fondation. Ce sont les modèles sur lesquels planchent aujourd'hui les équipementiers. Plusieurs expériences sont menées en France. EDF EN a remporté il y a un an un appel à projets pour des fermes pilotes en Méditerranée, au large de Fos-sur-Mer. La France mise sur cette technologie après avoir raté le train de l'éolien en mer posé avec les rachats d'Areva par Siemens et d'Alstom par General Electric, même si ce dernier a repris les engagements d'Alstom en matière de sites de fabrication en France.

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a écrit le 11/10/2017 à 13:58 :
Mieux vaut tard que jamais.

Il est réjouissant de constater le dynamisme et les capacités d’adaptation d’EDF EN. Même si l'on peut avoir quelques regrets, au moment où le marché des énergies renouvelables est en pleine croissance (cela fait déjà quelques années en Europe, mais partout), on ne peut que constater le gâchis du côté de l’industrie française. Que ce soit pour les fabricants de turbines ou pour la construction des éoliennes elles mêmes.
Il est vrai qu’EDF y est aussi pour quelque chose, sa monoculture historique ayant pendant longtemps freiné le développement de l’éolien ainsi que du solaire en France.
C’est d’autant plus un constat d’échec que pendant ce temps des leaders Européens se sont très bien développés : le Danois Vestas leader mondial, l'espagnol Gamesa, l’Allemand Enercon spécialisé dans la technologie à entrainement direct, Siemens…
Tout autant que les équipementiers mondiaux: General Electric, Siemens, Mita Teknik, ABB, Schneider Electric, etc… On peut aussi regretter la cession d’Alstom Energie à GE, mais les raisons en paraissent complexes.
Au moins cela devrait servir de leçon et inciter les industriels Européens à mieux collaborer et à créer des joint-venture, afin de mieux résister à la concurrence mondiale. Et c’est rien de le dire.

Dans l’éolien, même si l’essentiel des emplois est dans la fabrication et l’assemblage, il reste de quoi s’occuper dans le développement de projets, l’ingénierie, l’exploitation, la maintenance,…
A ce sujet, je conseille la lecture d’excellents dossiers consacrés au secteur :
- France Energie Eolienne : http://fee.asso.fr/actu/observatoire-de-leolien-2017/
- ADEME , E-CUBE Strategy Consultants, I Care & Consult, et In Numeri. 2017.:.’ http://www.ademe.fr/etude-filiere-eolienne-francaise-bilan-prospective-strategie
L’essentiel de la répartition des emplois en page 53.

Pour l’offshore, l’expertise d’un groupe qui maitrise déjà des plateformes pétrolières pourrait être utile, pourtant le groupe Total ne semble pas encore positionné sur des projets, contrairement à Shell.

En attendant d’éventuelles synergies et autres consolidations, il faut profiter autant que possible de la croissance mondiale du secteur des énergies renouvelables. Une fois la Chine, l’Inde, les USA et autres nostalgiques du charbon-pétrole sortis de leur épais brouillard, la concurrence sera autrement plus rude.
a écrit le 11/10/2017 à 9:49 :
C'est la source d'énergie renouvelable, inépuisable et continue à développer en priorité on se demande bien pourquoi cela traine autant, surtout que ces éoliennes flottantes semblent vraiment formidables.

Il vaut mieux avoir des éoliennes sur nos mers et océans que des portes containers qui consomment autant que 27 millions de voitures.

"Un cargo émet autant que 50 millions de voitures !" http://www.lavoixdunord.fr/archive/recup%3A/region/un-cargo-emet-autant-que-50-millions-de-voitures-notre-ia33b0n3356143
Réponse de le 11/10/2017 à 16:05 :
Vous voulez dire que les éoliennes empêcherons les cargos de naviguer?
Réponse de le 11/10/2017 à 16:20 :
J’ai du mal à faire le lien entre containers et éoliennes ?
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Avez-vous une solution moins consommatrice d’énergie que le transport containérisé qui gère 90% des échanges de biens sur la planète ?

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