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ClimatEnergie & Environnement

Pour « contrôler » les prix de l'électricité, Paris veut court-circuiter le calendrier de Bruxelles et d'EDF

Marine Godelier et Juliette Raynal

Publié le 26 septembre 2023 à 15:56 - Mis à jour le 27 septembre 2023 à 12:18

Luc Rémont, PDG d'EDF et Bruno Le Maire, ministre de l'Economie.

Luc Rémont, PDG d'EDF et Bruno Le Maire, ministre de l'Economie.

Reuters

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Emmanuel Macron a promis ce lundi que l’Etat maîtrisera bientôt les prix de l'électricité, alors que ceux-ci restent anormalement hauts sur les marchés. Paris souhaite que les tarifs reflètent davantage les coûts de production du parc nucléaire tricolore, qui représente 70% du mix électrique du pays. Alors que les négociations patinent à Bruxelles, l'exécutif se dit prêt à légiférer à l'échelle nationale. Il doit toutefois faire face aux réticences du PDG d'EDF, avec qui les tensions se sont intensifiées ces derniers jours. Au point qu'un ultimatum lui a été lancé.

La France va-t-elle administrer les prix de son électricité, à travers une économie totalement régulée par l'Etat, plutôt qu'assujettie aux lois du marché ? Si l'on en croit le discours d'Emmanuel Macron en conclusion du Conseil de planification écologique, ce lundi 25 septembre, le gouvernement compte « reprendre le contrôle » de ce tarif, afin qu'il soit « soutenable » pour les entreprises et les ménages. S'affichant maître en son royaume, le chef de l'Etat a même promis d' « annoncer en octobre » ces nouveaux prix, afin de mettre l'Hexagone « dans une situation favorable et compétitive au niveau européen ». Fini, donc, les envolées des factures réfrénées par un bouclier tarifaire versé aux frais du contribuable ?

Dans cette optique, l'exécutif planche en tout cas sur une loi, « qui a vocation à englober l'ensemble des sujets de programmation énergie climat et le sujet relatif à la régulation des prix de l'électricité », précise l'entourage d'Agnès Pannier-Runacher, la ministre de la Transition énergétique. Cette loi, dont la dénomination ne semble pas encore avoir été fixée, doit être présentée en conseil des ministres d'ici la fin de l'année.

Profiter de « l'atout français du nucléaire »

Le gouvernement français semble donc déterminé à légiférer à l'échelle nationale, sans attendre la mise en œuvre de la réforme du marché à l'échelle des Vingt-Sept, prévue pour 2024.

« On souhaite évidemment un accord européen sur la réforme du marché [de l'électricité, ndlr]. Mais, si nécessaire, le gouvernement fera ce qui est indispensable pour s'assurer que les consommateurs bénéficient de la compétitivité [du parc nucléaire français, ndlr], comme évoqué par le Président », pointe le cabinet de la ministre.

Le but : payer une électricité « proche des coûts de production des centrales » du pays, en profitant de l'atout français du nucléaire, aujourd'hui « compétitif » grâce à un prix de revient autour de « 60-70 euros le mégawattheure (MWh) », glisse-t-on à l'Elysée. « Parce que nous avons nationalisé EDF, parce que nous avons une chance qui est notre base installée qui est le nucléaire », avait insisté lundi Emmanuel Macron.

75% du prix de notre électricité est fixé par les prix du marché du gaz, selon RTE

Mais comment procéder, alors que les prix de vente de l'électricité restent anormalement hauts ? Pour acheter dès aujourd'hui un MWh à livrer au 1er trimestre 2024, il faut par exemple débourser 143,54 euros sur la bourse européenne d'échange Epex. Au dernier trimestre, ce montant grimpe même jusqu'à 200 euros/MWh à la pointe !

Et pour cause, les tarifs de l'électricité dépendent pour beaucoup de la construction du marché européen, plutôt que du coût de production des centrales dans chaque pays. Schématiquement, le prix final du MWh à acquérir pour le lendemain s'aligne en général sur celui de la dernière centrale appelée sur le Vieux continent, c'est-à-dire la plus chère (souvent une centrale à gaz, y compris dans les pays qui ne dépendent pas de ce combustible fossile pour produire leur courant). Et ce, « alors même que les coûts de production de l'électricité en France sont très peu corrélés au prix du gaz, puisque le gaz, c'est moins de 10 % de notre production d'électricité », déplore une source à l'Elysée.

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« 75% du prix de notre électricité est fixé par les prix du marché du gaz, alors que 85% de notre électricité est décarbonée », avait d'ailleurs souligné la semaine dernière Thomas Veyrenc, directeur de la stratégie et de la prospective de RTE lors de la présentation des nouveaux scénarios de l'organisme.

Pour « reprendre le contrôle », le gouvernement espère donc contourner ce marché, à travers la multiplication des contrats à long terme. Et milite depuis plusieurs mois pour réguler l'ensemble du parc nucléaire d'EDF, avec l'instauration d'un prix plancher et d'un prix plafond de vente de ses MWh, afin que ceux-ci ne soient pas soumis à la volatilité des enchères quotidienne. Tandis que la Commission européenne s'y oppose, en chantre de la concurrence, et que les eurodéputés eux-mêmes se sont prononcés contre, Emmanuel Macron envisagerait-il donc de prendre Bruxelles de vitesse, en inscrivant ce système dans une loi nationale ?

EDF ne veut pas vendre à prix coûtant

Reste qu'un autre compromis devra être trouvé. Et cette fois, à l'échelle nationale. En effet, l'Etat se heurte également à la vision très divergente du PDG d'EDF Luc Rémont, dont les relations avec Matignon se sont sensiblement tendues ces derniers jours. Arrivé il y a dix mois aux manettes du groupe, celui-ci ne cesse de rappeler qu'EDF est une entreprise de droit privé évoluant dans un marché ouvert et concurrentiel.

«Même si le capital est entièrement dans les mains de l'Etat, cela reste une société anonyme et non une entreprise publique», relève Gwenaël Plagne, secrétaire adjoint CGT du comité social et économique central d'EDF.

L'objectif du dirigeant est très clair : vendre son électricité nucléaire de gré à gré auprès de grandes entreprises pour en tirer un prix suffisamment élevé (en-dessous mais proche de 100 euros), afin de financer le mur d'investissements auquel doit faire face son entreprise : quelque 25 milliards d'euros par an pour prolonger le parc existant, lancer la construction des six prochains réacteurs de type EPR 2 et accélérer dans les énergies renouvelables.

L'Etat lance un ultimatum à Luc Rémont

La publication, la semaine dernière, du rapport du régulateur de l'énergie estimant le nouveau coût de production du nucléaire autour de 60 euros le MWh aurait poussé le dirigeant à sortir de ses gonds lors du conseil d'administration de l'entreprise auquel participait Sophie Mourlon, la directrice générale de l'énergie et du climat (DGEC), rapporte BFMTV. Cette donnée, que Luc Rémont jugeait éminemment confidentielle, venant irrémédiablement mettre à mal ses négociations commerciales.

À lire également

  • Pourquoi EDF et le gendarme de l'énergie s’écharpent sur les vrais coûts du nucléaire
  • Electricité nucléaire : le régulateur revoit les coûts d’EDF à la hausse
  • Prix du nucléaire : la course contre la montre d'EDF et de l'Etat français

Alors que les discussions entre l'Etat et EDF semblent plus que jamais dans une impasse, Elisabeth Borne a donné quinze jours à Luc Rémont pour revenir vers le gouvernement avec une proposition tarifaire acceptable, selon Le Figaro. Un délai aux airs d'ultimatum... Un compromis pourra-t-il être trouvé d'ici le 7 octobre ? Une crise de gouvernance, à la veille de la relance nucléaire, est-elle envisageable ? « Il est bien trop tôt pour évaluer une mise à l'écart du PDG », estime un représentant du personnel, pour qui ce bras de fer relève surtout « d'une feuille de route incohérente ».

Marine Godelier et Juliette Raynal

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