Le géant russe de l'acier Severstal face au risque de défaut de paiement

L'entreprise de sidérurgie russe Severstal, dont le principal actionnaire Alexeï Mordachov fait l'objet de sanctions par l'Union européenne, se bat pour éviter un défaut de paiement. Ce serait d'ailleurs le premier d'une grande entreprise russe depuis le début de la guerre en Ukraine.

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« Nous ne pouvons pas effectuer le paiement du coupon aux détenteurs de nos euro-obligations à temps », a déclaré Alexandre Chévéliov, directeur général de Severstal.
« Nous ne pouvons pas effectuer le paiement du coupon aux détenteurs de nos euro-obligations à temps », a déclaré Alexandre Chévéliov, directeur général de Severstal. (Crédits : Reuters)

Le géant de l'acier Severstal sera-t-il la première grosse entreprise russe en défaut de paiement ? C'est le risque qui plane sur ce mastodonte de la sidérurgie, qui emploie quelque 50.000 salariés et livre chaque année 3 millions de tonnes d'acier aux pays européens, selon Reuters.

Dans un communiqué publié sur le site de la Bourse de Londres jeudi 24 mars, le groupe précise en tout cas qu'un paiement « test », envoyé le 16 mars, n'avait pas « atteint le compte de l'émetteur », un groupe luxembourgeois, indiquant que « le paiement a été gelé » par la banque de ce dernier, Citibank. « Nous (...) cherchons à initier la demande de licences auprès des autorités compétentes concernées qui peuvent être nécessaires pour un traitement ininterrompu des instructions de paiement de Severstal », a précisé le groupe.

Severstal avait jusqu'à mercredi pour rembourser un paiement d'intérêts de 12,6 millions de dollars. « Nous ne pouvons pas effectuer le paiement du coupon aux détenteurs de nos euro-obligations à temps », a déclaré sur sa page VKontakte mercredi soir Alexandre Chévéliov, directeur général de Severstal.

« Il s'agit d'une situation extraordinaire pour nous, qui s'est produite sans que nous en soyons responsables, et à cet égard, il est important pour moi de clarifier ce qui suit : Severstal maintient une situation financière stable, confirme sa volonté de s'acquitter intégralement de ses dettes et dispose des ressources nécessaires à cette fin », a indiqué Alexandre Chévéliov, directeur général de Severstal.

« Malheureusement, notre partenaire financier occidental a gelé le paiement initié par la société. Nous poursuivons les consultations avec nos partenaires et faisons de notre mieux pour nous assurer que les obligataires reçoivent les fonds », a-t-il conclu. Interrogée par l'AFP, Citibank n'a pas souhaité commenter.

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Les entreprises russes voient leur paiement refusés

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les Occidentaux, dont l'Union européenne et les États-Unis, ont placé diverses entreprises et personnalités russes considérées comme proches de Vladimir Poutine sur une liste noire. Washington et Londres ont d'ailleurs rallongé les leurs ce jeudi 24 mars. Toutes les entités visés ont été sanctionnées par un gel de leurs avoirs voire une interdiction de séjour dans les pays concernés.

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Le groupe Severstal lui-même n'est pas sous sanctions, mais le magnat de l'acier et principal actionnaire Alexeï Mordachov oui.

Le groupe de sidérurgie Evraz, dont le milliardaire russe Roman Abramovitch frappé de sanctions par l'UE et le Royaume-Uni est le principal actionnaire, a lui indiqué lundi qu'un paiement de dette avait été refusé par la banque destinataire, la Société Générale, avant d'annoncer mardi qu'il avait bien pu être envoyé. L'oligarque ne figure en revanche pas sur la liste noire américaine. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky aurait demandé à Joe Biden de ne pas le sanctionner, selon le Wall Street Journal mercredi, estimant qu'il pourrait jouer un rôle dans les négociations de paix entre l'Ukraine et la Russie.

Le producteur de potasse Uralkali a annoncé une situation similaire avec le Crédit Agricole, qui a selon la société refusé de transmettre un paiement aux créditeurs, du fait de sanctions prises par l'UE contre le milliardaire Dmitri Mazépine, qui contrôlait l'actionnaire principal d'Uralkali, Uralchem, avant de se distancier de l'entreprise.

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La menace c'est l'inflation, pas un défaut de paiement de la Russie

Des craintes de défaut de paiement de la Russie elle-même ont circulé courant mars. Mais Moscou a finalement pu rembourser 117 millions de dollars d'intérêts la semaine dernière, le Trésor américain autorisant les paiements souverains mais non les paiements de dettes privées sous les termes des sanctions.

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Néanmoins, un défaut de paiement du pays aurait « un effet direct sur le reste du monde plutôt limité », a estimé mardi Gita Gopinath, la numéro 2 du Fonds monétaire international (FMI). Elle a souligné que les montants des échéances de paiements que doit honorer Moscou « sont relativement faibles à l'échelle mondiale » et donc que « cela ne représente pas un risque systémique pour l'économie mondiale », tout en indiquant que certaines banques ayant une exposition plus grande pourraient toutefois être affectées plus durement.

Pour la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, il faut en revanche s'attendre à des conséquences importantes de la guerre en Ukraine sur l'économie mondiale. Le Fonds publiera ses prochaines prévisions actualisées le 19 avril, lors de ses réunions de printemps. La guerre en Ukraine va le conduire à réviser en baisse ses prévisions et ce, plus fortement qu'il ne l'avait fait en janvier (-0,5 point à 4,4%). D'une manière plus générale, « l'impact très inquiétant est l'inflation », a-t-elle poursuivi. Le FMI s'attendait à ce que la pression sur les prix diminue au cours de l'année. Or, elle s'accentue.

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(Avec AFP)

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