Michelin va supprimer jusqu'à 2.300 postes en France d'ici trois ans

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(Crédits : Regis Duvignau)
Le groupe Michelin a présenté un « plan de compétitivité » qui prévoit de supprimer jusqu'à 2.300 postes en France sur trois ans. Dans le même temps, son président Florent Menegaux assure qu'il n'y aura « pas de fermeture d'usine » ni « aucun départ contraint ».

Quelques mois après l'annonce de la fermeture de l'usine Bridgestone de Béthune, et malgré de bons résultats, le pneumaticien français a annoncé ce mercredi 6 janvier une nouvelle coupe avec au total plus de 10% des effectifs concernés sur les 21.000 employés du groupe dans le pays.

Le président de Michelin Florent Menegaux a précisé à l'AFP qu'il n'y aurait « pas de fermeture d'usine, aucun départ contraint. Nous anticipons environ 60% de mesures de pré-retraites et 40% de départs volontaires, dans le cadre de ruptures conventionnelles collectives (RCC) ».

De Clermont-Ferrand à Epinal en passant par Vannes et Troyes, cette nouvelle réorganisation concerne « tous les sites français du groupe », a précisé Florent Menegaux. « Michelin s'engage à recréer autant d'emplois qu'il y en aura de supprimés », a-t-il ajouté, que ce soit via le développement de nouvelles activités en interne ou l'installation d'autres entreprises sur les territoires concernés.

À travers ce plan, le Bibendum vise « une amélioration de sa compétitivité pouvant aller jusqu'à 5% par an » pour les activités tertiaires et pour l'industrie, ce qui pourrait signifier « d'ici trois ans une réduction de postes pouvant aller jusqu'à 2.300 ».

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"Surprise et colère"

La crise du coronavirus a retardé l'annonce de cette nouvelle restructuration en préparation depuis 18 mois, mais ne l'a pas causée, souligne le président de Michelin. La direction du groupe souhaite ouvrir "rapidement" des négociations avec les organisations syndicales autour d'un "accord-cadre d'une durée de 3 ans".

Les salariés sont partagés entre "la surprise et la colère", selon José Tarantino du syndicat CFE-CGC. « Nous attendions des réponses de la direction depuis fin octobre sur un projet concernant le tertiaire et nous avons là un projet beaucoup plus vaste et ambitieux qui concerne également le côté industriel, avec un chiffre impressionnant de suppressions d'emplois », a réagi le syndicaliste.

Pour Jean-Paul Cognet, de la CGT, « il y aura des négociations mais c'est comme un plan de sauvegarde de l'emploi, sans licenciements. La première année il y aura des volontaires mais après on connaît la méthode Michelin pour en fabriquer : ce seront des volontaires par dépit ».

« Avec les représentants du personnel nous serons particulièrement vigilants à ce que Michelin respecte ses engagements », a indiqué à l'AFP la ministre déléguée chargée de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher.

Le spectre de 1999

Récemment, le groupe soumis à la concurrence des pneus à prix cassés a supprimé près de 1.500 postes, notamment à son siège historique de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et aux États-Unis. Il a également fermé les sites de La Roche-sur-Yon (Vendée) et Bamberg en Allemagne.

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Plus loin dans le temps, Michelin avait déjà effectué en 1999 une coupe historique de 7.500 postes. Cette restructuration avait choqué l'opinion publique, poussant le Premier ministre d'alors, Lionel Jospin, à souligner qu'il ne fallait pas « tout attendre de l'État ». Edouard Michelin, alors tout jeune président du groupe, avait regretté une maladresse dans l'annonce du plan.

Le groupe va pourtant bien et prévoit des résultats positifs pour 2020 malgré la crise sanitaire. Le dividende distribué par action a été multiplié par trois depuis 2009. « Nous avons toujours distribué environ 35% de notre résultat », explique Florent Menegaux. « Il y a quelques années, on ne faisait pas de résultats, donc on ne distribuait pas de dividendes. Nos actionnaires ont continué à nous suivre pendant ces années-là, il est normal qu'ils soient rétribués pour le risque qu'ils prennent ». En 2020, « Michelin aura distribué 360 millions de dividendes, et 6,4 milliards d'euros en frais de personnel, dont 1,2 milliard en France », souligne-t-il.

Le groupe est confronté depuis une dizaine d'années à « l'arrivée massive de produits à bas coûts » sur le marché mondial du pneu, souligne dans un communiqué la direction de Michelin. « Michelin n'abandonne pas la France » et « va réinvestir une partie des économies réalisées dans le développement de nouvelles activités », assure Florent Menegaux.

Ses 15 sites industriels dans l'Hexagone se sont progressivement spécialisés dans les pneumatiques haut de gamme, agricoles, industriels, ou de compétition. En parallèle, Michelin poursuit « sa stratégie de localisation en France de nouvelles activités à forte valeur ajoutée », comme la pile à hydrogène, l'impression 3D, les colles ou le recyclage des déchets plastiques. À horizon 2030, Michelin souhaite que 30% de son chiffre d'affaires soit réalisé hors pneus.

Lire aussi : Michelin : l'usine de la Roche-sur-Yon fermerait beaucoup plus tôt que prévu

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Commentaires
a écrit le 07/01/2021 à 16:13 :
Scandaleux! Mais une entreprise ne vit-elle pas grâce à ses clients; qui lui sont plus fidèles que ses salariés-mercenaires?
a écrit le 07/01/2021 à 9:43 :
Dans l'article du dessus le moral des français a "bondi" au mois de décembre. Ce n'était certainement pas les personnes qui ont vu leur emploi détruit ( 700 000 empois détruits en novembre), ni ce qui vient..
a écrit le 06/01/2021 à 21:01 :
Non, soit on subventionne des préretraites, soit on ne supprime pas les emplois. Mais on ne recrée pas les emplois qu'on a supprimés : sinon, c'est que l'entreprise en avait besoin et ne devait pas en faire payer le coût à la collectivité. Sinon, c'est comme le confinement : il n'y a aucune raison que ça ne recommence pas indéfiniment...
Réponse de le 07/01/2021 à 11:31 :
Cette annonce signifie qu'il va y avoir un plan de reconversion, beaucoup vont par exemple créer leur entreprise comme ça Michelin sera pas responsable de la montée du chômage et si ils ferment 3 semaines après ce sera plus leur faute mais celle de leur employé mal reconverti... Conforama a fait la même chose et Bridgestone sûrement aussi...
a écrit le 06/01/2021 à 20:18 :
Macron avait promis quand allégeant les possibilité de virer ils y aurait moins de delocalisations... J'espère qu'après ces 3 ans de règne a offrir tout aux plus riches il se réveille et commence a leur reprendre... on a jamais eu autant de fermeture et de perte d'emploi avant son accession au trône...
a écrit le 06/01/2021 à 18:50 :
"40% de départs volontaires, dans le cadre de ruptures conventionnelles collectives (RCC) "

Ils n'ont pas chômé les LREM dès leur arrivée pour le patronat ,en plus la Direccte qui valide ou pas les RCC est aux mains des LREM comme pour l'ile de France par exemple ,ce qui laisse très peu de chance aux salariés réticents d'être volontaire d'office :

La rupture conventionnelle collective (RCC) est une modalité de rupture du contrat de travail créée par l’ordonnance Macron n° 2017-1387 du 22 septembre 2017.La rupture conventionnelle existait déjà depuis 2008 mais au niveau individuel.
a écrit le 06/01/2021 à 15:43 :
Il y a beaucoup plus de respect pour Michelin que pour le gouvernement en place dans notre pays! Ils ont une prévision tandis que les autres ont un "sauve qui peut"!
Réponse de le 06/01/2021 à 19:02 :
Je ne suis pas sûr que notre gouvernement soit dans "le sauve qui peut". J'ai malheureusement la faiblesse de croire, aux vues des décisions passées et présentes (en vrac, Alstom, tout ce qui se passe autour de la culture, la confiscation du débat démocratique, la mort des classes moyennes, les retraites, la médiocrité et l'inculture des ministres et sous-ministres, etc...) de notre Guide
suprême Macron (gloire à lui), que tout ça est pensé, programmé, orchestré ; le covid n'étant que le prétexte attendu. Les français doivent se battre en même temps contre le covid et contre leurs dirigeants ; ce qui ne semble pas être le cas (pour l'instant) des autres pays de l'OCDE.
Réponse de le 06/01/2021 à 20:21 :
Espérons que les employés se mettent tous en grèves longue durée quand les entreprises leurs demanderont de reprendre leur postes...
a écrit le 06/01/2021 à 15:24 :
L'héritage de Jean-Dominique Senard... où cet homme passe, les entreprises trépassent après Pechiney et bientôt le groupe Renault.

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