Un nouveau chapitre s'ouvre dans le roman (fleuve) de la plus célèbre des papeteries françaises, devenue pour beaucoup d'ONG un totem de l'économie circulaire. Vingt et un mois après avoir acquis la Chapelle Darblay auprès de la Métropole de Rouen qui l'avait préemptée, Veolia se prépare à en rendre les clefs. Le groupe en cédera la propriété dans quelques mois au fabricant de pâte à papier, Fibre Excellence, avec qui il avait monté le projet de reprise.
À
l'origine de ce passage de témoin inattendu, une obligation légale qui n'avait pas été prévue par le consortium. N'étant pas papetier de métier, Veolia ne peut en effet devenir titulaire du permis d'exploitation.
Bien qu'elle renonce à investir les 27 millions promis au moment du rachat, la multinationale ne quitte pas complètement le navire. Au terme d'un accord qualifié de « solide et stratégique » conclu juste avant la trêve des confiseurs avec son partenaire, elle s'engage à le fournir en « vieux » papiers et cartons « pendant une durée initiale de dix ans ». « La sécurisation des approvisionnements apporte des garanties essentielles pour obtenir les financements nécessaires », fait valoir Jean-François Nogrette, directeur général de Veolia dans le communiqué annonçant la nouvelle.
Et des garanties, Fibre Excellence en aura besoin dans les mois qui viennent. L'industriel, qui se dit prêt à injecter 30 millions d'euros de fonds propres, doit encore rassembler 250 millions pour reconvertir les machines et permettre la relance de l'activité, arrêtée depuis la fermeture du site il y a quatre ans. Une coquette somme qui ne sera pas facile à trouver de l'aveu même de son président. « Cette recherche de financement représente un véritable défi dans le contexte actuel », admet Jean-François Guillot sans détour.