Taxes punitives sur l'acier et l'aluminium : Washington et Bruxelles concluent une trève

Nouveau signe d'apaisement dans les relations commerciales transatlantiques: Bruxelles et Washington ont annoncé lundi des discussions pour "résoudre le problème" des surcapacités mondiales d'acier et d'aluminium, afin de lever à terme les taxes punitives mises en place de part et d'autre de l'Atlantique et résorber "les politiques de distorsion commerciale", avec la Chine notamment.

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(Crédits : WOLFGANG RATTAY)

Cela fait trois ans qu'une guerre commerciale oppose les États-Unis et la Chine, le premier pays cherchant à stopper son déficit commercial abyssal en freinant à coups de tarifs douaniers punitifs les importations d'acier et d'aluminium fabriqués par le second. Mais le 1er juin 2018, l'administration Trump avait également décidé de taxer l'acier et l'aluminium fabriqués par l'Union européenne, le Canada et le Mexique.

Ce lundi, l'Union européenne et les États-Unis, qui semblent vouloir tourner la page Trump, ont conclu une trêve partielle sur leur différend dans les droits de douane sur l'acier et l'aluminium et ont décidé d'ouvrir des négociations pour résoudre le problème des surcapacités mondiales dans ces secteurs d'activité.

L'UE suspend son projet de relèvement de taxes pour six mois

Ainsi, de son côté, Commission européenne a annoncé qu'elle suspendait son projet de relever au 1er juin 2021 des taxes sur un certain nombre de produits (du rouge à lèvres aux chaussures de sport en passant par le bourbon américain, les motos et bateaux à moteur...), et ce, pour une durée maximale de six mois.

La solution du conflit Airbus-Boeing espérée en juillet

C'est donc un nouveau signe d'apaisement entre l'UE et les États-Unis qui, déjà, début mars, avaient annoncé une trêve sur les tarifs douaniers punitifs qu'ils s'imposaient dans le cadre d'un autre litige, celui sur Airbus et Boeing - qu'ils espèrent résoudre d'ici juillet.

Les taxes existantes maintenues des deux côtés de l'Atlantique...

Dans une déclaration conjointe, Bruxelles et Washington ont fait savoir qu'en tant qu'alliés, ils pourraient promouvoir des normes élevées à même de répondre à leurs inquiétudes communes "et demander des comptes à des pays comme la Chine qui soutiennent les politiques de distorsion commerciale". Les discussions entre l'UE et les États-Unis visent à parvenir à des solutions d'ici la fin de l'année.

Pour rappel, les Etats-Unis sont le deuxième partenaire commercial de l'UE, après la Chine, avec près de 600 milliards d'euros échangés chaque année, et sa première destination à l'exportation.

Les États-Unis maintiendront cependant leurs taxes de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium, qui s'appliquent également aux importations en provenance de Chine, d'Inde, de Russie, de Turquie, de Norvège et de Suisse.

Ces taxes imposées sous la précédente administration américaine, celle de Donald Trump, avaient été justifiées par des raisons de sécurité nationale, un argument rejeté par l'Union européenne. Les taxes américaines ont particulièrement affecté des sidérurgistes européens comme Thyssenkrupp et Voestalpine.

En représailles à ces droits de douane, l'UE avait imposé à son tour des taxes sur 2,8 milliards d'euros de produits américains, dont les motos, le whisky et le jus d'orange. Ces taxes européennes seront également maintenues.

... en attendant de trouver des solutions aux surcapacités mondiales

Dans leur communiqué, l'UE et les Etats-Unis reconnaissent "la nécessité de trouver des solutions efficaces" pour préserver leurs "industries essentielles" face aux surcapacités mondiales d'acier et d'aluminium, "dues en grande partie à des tiers".

Ils visent les "pays comme la Chine, qui soutiennent des politiques ayant des effets de distorsion sur le commerce".

Sommet sur le commerce prévu mi-juin à Bruxelles avec Biden

Le commerce devrait constituer l'un des thèmes de la rencontre prévue mi-juin à Bruxelles entre le nouveau locataire de la Maison Blanche, Joe Biden, et les deux têtes de l'UE, Charles Michel et Ursula von der Leyen.

L'objectif de Bruxelles et Washington est de s'entendre "avant la fin de l'année" sur ce "problème" de surcapacité. Ils conviennent, dans ce cadre, "de tracer une voie pour mettre fin aux différends à l'OMC à la suite de l'application par les États-Unis de droits de douane sur les importations en provenance de l'UE".

Le sujet doit être évoqué jeudi par les ministres européens du Commerce lors d'une réunion physique à Bruxelles, pendant laquelle est prévue une visioconférence avec la représentante américaine au Commerce Katherine Tai.

Le ministre français délégué au Commerce, Franck Riester, a promis sur Twitter de dire "très clairement" à Mme Tai la nécessité de trouver "une solution rapide pour lever ces surtaxes inutiles".

La délicate questions des accords de libre-échange (CETA, TTIP...)

La chancelière allemande Angela Merkel a récemment relancé l'idée de négocier un accord commercial avec les Etats-Unis, à l'image de celui conclu par l'UE avec le Canada, le CETA.

Mais la question des accords commerciaux reste délicate dans l'UE, car ils suscitent de plus en plus de craintes en raison de leur impact supposé au niveau environnemental et sanitaire.

Les précédentes discussions sur un accord UE-Etats-Unis, le TTIP, avaient fait l'objet d'une très vive contestation, au point d'être abandonnées.

(avec Reuters et AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 18/05/2021 à 8:56
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"et ont décidé d'ouvrir des négociations pour résoudre le problème des surcapacités mondiales dans ces secteurs d'activité" Comme quoi encore une fois, Trump était loin de faire n'importe quoi.

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