Parité femmes-hommes : Judith Jiguet, présidente d'ISS France, s'engage

ENTRETIEN. Ancienne directrice de la stratégie d’Engie et ex collaboratrice de Jean-Louis Borloo et de Chantal Jouanno au ministère de l’Écologie, Judith Jiguet a pris il y a six mois la présidence exécutive d’ISS France, filiale du géant danois du nettoyage et des services, neuvième employeur privé au monde (400.000 salariés). Patronne engagée, elle ferraille contre l’invisibilisation des femmes mais aussi des travailleurs de la seconde ligne qui sont souvent des travailleuses. La Tribune l’a rencontrée en marge du Forum annuel du réseau havrais Femmes & Challenges qui se tient ce jour.

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Judith Jiguet a pris il y a six mois la présidence exécutive d’ISS France.
Judith Jiguet a pris il y a six mois la présidence exécutive d’ISS France. (Crédits : crédit ISS)

LA TRIBUNE - Vous venez de signer, au nom d'ISS France, la charte des sept principes* d'autonomisation des femmes de l'ONU qui commande notamment une gouvernance plus égalitaire des entreprises. Pourquoi ?

JUDITH JIGUET - J'ai toujours milité pour l'égalité peut-être parce que j'ai été moi-même un concentré de tout ce qui freine les femmes : bonne élève mais atteinte simultanément du complexe de Cendrillon et de celui de l'imposteur. Je sais, pour l'avoir vécu, les épreuves par lesquelles il faut passer pour briser le plafond de verre et je veux y prendre ma part dans mes nouvelles fonctions. Par chance, sur cette question, je n'ai pas à lutter contre ma maison mère chez qui cela sonne comme une évidence. Le groupe ISS est, en effet, détenu par de grandes familles danoises, probablement le pays le plus en pointe dans la prise en compte de la diversité. Tous les administrateurs sont habités par de hautes valeurs RSE. Et puis 68% de nos salariées sont des femmes, c'est un élément qui m'oblige comme le fait que je sois la première présidente en 35 ans de présence de l'entreprise en France.

En quoi ces principes d'égalité dont vous vous réclamez sont-ils nécessaires selon vous ?

Je sais que les généralités sont dangereuses mais après 25 ans de carrière à des fonctions de managers dans quinze postes différents -public et privé-, j'ai acquis la conviction que c'est dans la complémentarité et la diversité des points de vue que réside la clef. Sans sombrer dans le stéréotype, j'observe qu'une femme n'aborde pas un problème ou un sujet de la même manière. Son niveau d'exigence est plus élevé. J'ai notamment pu constater que chaque fois que je voulais impulser un changement, il fallait que j'explique aux équipes féminines la façon dont il s'inscrivait dans une stratégie d'ensemble. Que je donne du sens, en somme. C'est une préoccupation que l'on retrouve d'ailleurs chez les jeunes générations, tous sexes confondus. Les femmes ont eu un coup d'avance sur cette question.

Vous présidez une entreprise de 18.000 salariés. Comment s'incarne votre engagement sur le volet RH ?

La parité parfaite n'est pas une fin en soi parce que si je fais cela, je dessers la cause. Mon souci est d'abord de recruter des personnes compétentes. Mais il est vrai que lorsque qu'il m'a fallu recomposer le Comex, ce sont des femmes qui y sont entrées. Aujourd'hui, il est à 68% féminin comme l'ensemble de l'effectif. Dans les niveaux hiérarchiques n-1 et n-2, du travail reste à accomplir puisque nous sommes à un peu moins de la moitié de femmes managers ce qui reste néanmoins très supérieur aux objectifs fixés par le projet de loi Rixain pour 2030.

On vous connaît un autre cheval de bataille. Celui qui consiste à promouvoir le travail en journée continue de vos équipes, souvent contraintes aux horaires décalés. Le Covid a t-il changé la donne ?

La crise sanitaire a eu ceci de bénéfique qu'elle a permis de rendre visible ceux que l'on a appelé les travailleurs de la deuxième ligne. Pas seulement dans les médias mais aussi chez nos clients qui ont eu besoin de croiser nos salariés en journée pour toucher du doigt la réalité du nettoyage et de la désinfection. Mais ne plus travailler tôt le matin ou tard le soir est aussi gagnant pour nos salariés. Ils peuvent se sentir partie prenante de l'entreprise dans laquelle ils travaillent. Vous ne pouvez pas imaginer comme cela compte pour eux. En outre, cela leur a permis d'être là pour leur famille à des horaires normaux, pour accompagner les enfants à l'école ou aller les chercher. C'est de l'inclusion professionnelle et sociale.

On imagine néanmoins que cela nécessite d'importants efforts de conviction. Non ?

En effet. Il ne faut pas croire que parce que les travailleurs de la seconde ligne ont été dans la lumière au plus fort de la pandémie que cette nouvelle organisation en journée est gravée dans le marbre. L'argument de la réassurance portera le temps de la crise mais après ? Certains clients nous ont d'ailleurs déjà demandé de revenir en arrière. C'est pourquoi notre stratégie RSE s'est fixée pour objectif de sensibiliser 100% de nos 1.800 clients d'ici 2025 sur le travail en journée. Nous allons leur faire valoir les avantages de cette formule et surtout leur expliquer en quoi cela contribue à leur propre politique RSE mais aussi comment cette organisation en journée continue s'intègre dans tout un programme d'accompagnement des salariés d'ISS. Ce discours sur l'achat responsable porte déjà ses fruits chez certains grands donneurs d'ordre comme EDF ou la centrale d'achat public UGAP. Mais nous devons sortir de la culture du low-cost, passer d'un contrat de base, le meilleur service au meilleur prix, à un contrat de responsabilité augmentée : le meilleur service au juste prix qui permette le développement de nos collaborateurs, la protection de l'environnement et une contribution aux enjeux de société.

* les 7 principes : mettre en place une gouvernance favorable à l'égalité des sexes au plus haut niveau de l'entreprise, traiter les femmes et les hommes de manière équitable au travail, garantir la santé, la sécurité et le bien-être des femmes et des hommes au travail, promouvoir l'éducation, la formation et le développement professionnel des femmes, soutenir la présence des femmes sur l'échiquier des affaires, dans les processus d'achat et de vente et soutenir l'entrepreneuriat au féminin, promouvoir l'égalité grâce à des initiatives portées par les collaboratrices et collaborateurs et à leur implication, ainsi qu'à la mobilisation de réseaux et d'associations, mesurer et faire connaître les progrès réalisés en faveur de l'égalité des sexes.

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