Ouvrir sa boutique sur une place de marché virtuel ? Tout le monde n'est pas gagnant

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les différents spécialistes du secteur interrogés pour l'occasion recommandent de miser sur les sites généralistes comme Amazon, eBay, etc. pour vendre des produits généralistes.
les différents spécialistes du secteur interrogés pour l'occasion recommandent de miser sur les sites généralistes comme Amazon, eBay, etc. pour vendre "des produits généralistes". (Crédits : <small>DR</small>)
Demain, serons-nous tous commerçants grâce aux "marketplaces", ces centres commerciaux virtuels qui poussent comme des champignons sur la toile? Les conditions pour se faire une place dans ce souk virtuel rendent en réalité cette activité bien moins attractive pour le particulier qu'il n'y paraît.

En quatre ans, le volume d'affaires réalisé sur les places de marché virtuel devrait quintupler. Cette prévision de Xerfi-Percetpa laisse rêver. Mais à qui profite le plus cette explosion? Un passage en revue des conditions d'entrée dans ces galeries marchandes virtuelles laisse présager qu'il ne s'agit pas forcément des commerçants eux-mêmes. A moins qu'ils disposent d'une mise de départ importante, et qu'ils sachent à quoi s'en tenir.

Profiter du trafic

Premier intérêt d'ouvrir sa cyber-échoppe sur une marketplace? "Cela ne nécessite aucune mise de départ, pas besoin d'investir dans le développement d'un site ou dans des campagnes marketing", affirme Philippe Corrot, cofondateur Mirakl, une société qui s'adresse aux opérateurs de marketplaces, qui a créé et dirigé pendant trois ans celle de la  Fnac.

Hors marketplace, "ouvrir une boutique en ligne ne coûte quasiment plus rien", nuance Benjamin Teszner, directeur général de Prestashop qui, lui aussi prêche pour sa paroisse, puisque sa plateforme héberge les pages web de sites de e-commerce indépendants, les plus basiques étant gratuits.

En fait, l'intérêt premier réside surtout dans le trafic apporté par ce type de sites. Au même titre qu'un centre commercial, y être présent c'est se donner plus de chances d'attirer des clients qu'en misant uniquement sur le référencement "naturel" ou non des moteurs de recherche comme Google. Quoique "si vous vendez un produit très spécifique" avec des mots-clés rares, "vous avez bien plus de chance d'être très bien référencé naturellement", pointe Benjamin Teszner.

Comment choisir?

Comme pour n'importe quelle activité commerciale, le meilleur emplacement dépend du public visé et des produits vendus. Globalement, les différents spécialistes du secteur interrogés pour l'occasion recommandent de miser sur les sites généralistes comme Amazon, eBay, etc. pour vendre "des produits généralistes" et d'opter plutôt sur des "verticaux" pour les biens plus spécifiques.

"Dans la mode, il est nécessaire d'aller chercher une audience qualifiée", indique par exemple Greg Zemor, directeur associé de Neteven qui conseille des marques dans leur stratégie e-commerciale. De même, "sur un site comme Amazon, chercher une référence très précise de tournevis est très compliqué, mieux vaut donc, pour "un spécialiste du bricolage, choisir un site comme monEchelle". Logiquement, son offre restreinte à un seul type de produit offre davantage de chance d'y dégoter une référence rare.

Dans un marché en pleine explosion (+36% de ventes au deuxième trimestre selon la Fevad, voir ci-dessous), de nouveaux types de cyber-souks émergent.

"Attendez-vous à voir de plus en plus de sites spécialisés, qui ne sont même pas des e-commerçants et mêmes des médias, dans la culture pour des produits loisir voire des 'sites d'information généralistes' ouvrir leur propre market place", prévient Philippe Corrot.

Quel loyer?

Bien sûr, le choix de la marketplace dépendra également des conditions tarifaires établies par chaque plateforme. Certaines exigent un abonnement en plus des commissions sur les ventes, d'autres pas. D'autres encore proposent des formules différentes en fonction des services proposés. Quant aux commissions, leurs niveaux peuvent évoluer en fonction du volume d'affaires réalisé, des prix et des types des produits (neufs ou pas, catégories...). Par exemple, pour vendre des livres ou des jeux vidéos neufs coûtant entre 50 et 200 euros à la Fnac il faudra s'acquitter d'une commission de 10% et de 12% si ce sont des objets d'occasion, mais ce niveau chute à 8 et 10% pour des biens d'une valeur supérieure à 200 euros.

Pas évident, donc, d'atteindre un niveau de rentabilité suffisant pour vivre de sa boutique sur une marketplace lorsqu'en moyenne les commissions tournent autour de 11 à 12%, plutôt 20% dans le textile, voire même 28,75% si vous souhaitez par exemple vendre des bijoux sur la place de marché d'Amazon! D'autant plus que la distribution par ce biais génère des marges plutôt faibles puisqu'il faudra, d'une part, pratiquer une politique de prix compétitive pour espérer convaincre des clients, tout en supportant tout ou partie du coût des transports...

Etudier son emplacement

Certes, la boutique en elle même - l'espace virtuel - ne représente quasiment aucun investissement préalable avant d'avoir vendu ses produits. Pour autant, espérer convertir sa présence virtuelle en une activité un tant soit peu rentable nécessite bel et bien des investissements. Même pour profiter du trafic...

Car, comme dans un centre commercial, le meilleur emplacement peut coûter plus cher. "Nous conseillons aux opérateurs de ne pas faire payer le référencement" de sorte que seuls les critères de prix et la "qualité du service" servent de filtre, affirme Philippe Corrot.

Cela marche dans une logique où le marché fonctionnerait parfaitement, de façon totalement transparente. Sauf que, dans la réalité, "évidemment, certaines marketplaces font payer les meilleures places, c'est une ruse vieille comme le monde", affirme de son côté Benjamin Tiszner.

Dans ces conditions, la présence sur une marketplace semble surtout utile pour "écouler des stocks, vider ses invendus", à ceci près qu'en France "vendre à perte est interdit par la loi", note-t-il. Cela peut également être utile pour démarrer des ventes à l'étranger.

Attention au cadre fiscal et juridique

A priori, et c'est souvent ainsi que les choses sont présentées, il suffit de quelques clics et du remplissage d'un formulaire pour ouvrir une boutique sur une place de marché. Mais comme pour tout contrat, le cyber-marchand a intérêt à en connaître et en comprendre les détails avant de le signer. Afin de vérifier, par exemple, dans quelle mesure le vendeur est responsable en cas de litige.

D'ailleurs, dans la mesure où la plupart des opérateurs de marketplaces s'exonèrent de toute responsabilité, le client serait également bien avisé de vérifier d'où vient le vendeur qu'il souhaite contacter. En particulier s'il est à l'étranger et qu'il n'est donc pas soumis aux mêmes règles de droit qu'en France.

Idem concernant la fiscalité. En théorie, tout vendeur tirant un profit de son activité est censé s'acquitter d'un impôt sur le revenu. Sans oublier la taxe sur la valeur ajoutée imposée pour la livraison de bien ou la prestation de service au-dessus de plafonds définis par la loi. Autrement dit, il sera difficile de se passer des conseils d'un comptables et/ ou d'un juriste. Néanmoins, pour ceux qui sont prêts, "l'activité peut être lancée en une quinzaine de jours", évalue Greg Zemor.

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Commentaires
a écrit le 04/11/2014 à 14:41 :
le pain et le lait

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