Carrefour lorgne Auchan : une consolidation nécessaire à la grande distribution ?

Face aux mutations des habitudes de consommation alimentaires des Français, la crise du modèle hyper, les menaces des géants d'Internet et la concurrence émergente des startups de livraison à domicile, le deuxième et cinquième distributeurs discuteraient d'une possible union. L'ensemble donnerait naissance à un paquebot d'environ 150.000 salariés et 6.000 magasins en France. Ce qui ne serait pas sans poser problème au regard des obligations concurrentielles.

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(Crédits : Reuters)

Le PDG du groupe Carrefour Alexandre Bompard va-t-il devenir le chantre de la consolidation en France ? Après avoir quitté la Fnac sur un mariage avec Darti, le patron du deuxième distributeur français envisage une autre grosse opération, cette fois-ci dans la grande distribution : des noces entre son groupe, et un autre géant du secteur, Auchan, selon des informations du Monde publiées ce jeudi. Des échanges ont été menés au printemps dernier entre Carrefour et la famille Mulliez - à la tête du cinquième distributeur français.

Cette approche intervient quelques mois après une tentative de cession de Carrefour auprès du groupe canadien Couche-Tard - éconduite par le ministère de l'Economie pour des raisons de "souveraineté alimentaire". Mais Alexandre Bombard ne semble donc pas avoir dit son dernier mot. En juin dernier, le groupe a lancé une réflexion visant à évaluer les possibilités d'alliance ou de cession d'activités à l'étranger. Et cela trois ans après des discussions préliminaires stériles en 2018 avec le groupe Casino, lors de son premier mandat à la tête de Carrefour.

Pour le moment, l'opération s'annonce complexe. Le Monde explique des difficultés en raison notamment de la différence de statut entre les deux distributeurs, Carrefour étant côté et Auchan, non. Mais les discussions ne seraient pas rompues, assure un banquier d'affaires cité par le quotidien du soir.

Si la fusion se réalise, l'ensemble donnerait en France naissance à un paquebot d'environ 150.000 salariés et 6.000 magasins. Ce qui ne serait pas sans poser problème au regard des obligations concurrentielles. Au niveau monde, la consolidation concernerait environ 501.000 employés, 14.210 points de vente pour 101 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Remise sur pied opérationnelle

Depuis la prise de fonctions d'Alexandre Bompard, Carrefour s'est refait une santé. Le groupe s'est engagé dans une entreprise de restructuration. Environ 3 milliards d'euros d'économie ont été réalisées à fin 2020. Au premier semestre 2021, Carrefour revendique un baisse de coûts de 430 millions d'euros sur le premier. Et l'enseigne mise sur 2,4 milliards d'économie d'ici à 2023.

Résultat, Carrefour annonce au 1er semestre 2021 un résultat net à 298 millions d'euros pour la période contre une perte de 25 millions un an plus tôt. Le chiffre d'affaires s'élève à 38,3 milliards d'euros sur le premier semestre 2021, dans la lignée de la même période 2020 alors que cette dernière, avec la fermeture des restaurants, cantines et autres lieux de restauration collective dans plusieurs pays face à l'épidémie de Covid-19, avait été largement favorable aux grandes surfaces. Alexandre Bompard voit dans ces résultats "une solide dynamique de gains de parts de marché dans les pays clés". Au troisième trimestre 2021, Carrefour occupait la deuxième place en part de marché en France (19,7%), derrière Leclerc (22,7%). Reste que l'amélioration de la rentabilité du groupe reste une question cruciale.

Changement dans le capital de Carrefour

Après sa remise sur pied opérationnelle, Carrefour veut maximiser son potentiel de croissance en poursuivant sa transition vers plus de bio et de local. Même s'il a abandonné ses enseignes Carrefour Bio, il compte sur le développement de ses filiales Potager City (spécialiste de la livraison) et surtout sur les enseignes Bio C'bon qu'il a reprises au tribunal de commerce. Les spécialistes du frais et du bio ont enregistré un taux de croissance supérieur à celui de la GMS, à plus de 10%, laissant miroiter un intéressant relais de croissance. Niveau digitalisation, l'enseigne annonçait investir 2,8 milliards d'euros sur 5 ans "pour devenir le leader du e-commerce alimentaire en 2022". 

La structure capitalistique du groupe est également en pleine restructuration, alors que le cours de bourse de l'entreprise stagne autour de 17 euros l'action. Au 31 décembre 2020, près de 66% du capital de Carrefour était flottant. Le principal actionnaire du distributeur était alors la société Galfa, holding de la famille Moulin, qui possède les Galeries Lafayette, avec 12,5% du capital. Depuis, le milliardaire Bernard Arnault a vendu les 5,7% qu'il possédait du groupe, après 14 années de présence à son capital.

De son côté Auchan, en perte de vitesse depuis des années, le distributeur a retrouvé en 2020 une rentabilité  avec un Ebitda en augmentation de +27 % à 1,63 milliard d'euros pour un chiffre d'affaires quasiment stable (à 31,627 milliards d'euros). Le groupe familial nordiste a entamé en 2021 un changement majeur d'organisation avec la mise en place d'une direction décentralisée par pays dans le cadre du plan "Auchan 2022".

Un marché en pleine mutation

Les repositionnements du deuxième distributeur français et du cinquième - comme l'ensemble du secteur - répondent au changement d'habitudes de consommation. Les Français sont plus que jamais à la recherche d'une offre multicanale, plus locale, plus responsable et personnalisée. Une tendance accélérée par la crise sanitaire.

La course à la taille doit permettre à ces acteurs historiques d'assumer de gigantesques investissements dans le domaine du numérique et digitaliser leurs magasins et chaînes logistiques. Les grandes surfaces alimentaires, bien qu'en légère diminution, représentaient encore 65% des dépenses de consommation alimentaire à domicile, en 2019. Mais ce pourcentage est en recul. A divers stades d'un lourd processus de transformation, les distributeurs "intégrés" (Casino, Auchan, Carrefour) continuent de perdre du terrain. 

Cette mutation du marché est entraînée par de nouvelles menaces incarnées par Amazon ou l'émergence du secteur du delivery, porté par des startups ambitieuses et aux moyens conséquents, à l'image de Flink et ses 198 millions d'euros levés en juin dernier. La demande de livraison est en forte hausse et a connu une croissance de 47% en deux ans, ce qui laisse présager un avenir prometteur pour les nouveaux entrants sur le marché...et une source de concurrence par les distributeurs.

Toutefois, sur les 4,7 milliards d'euros de courses alimentaires réalisées en ligne (sur un an en juin 2021), la livraison à domicile ne pèse que 374 millions d'euros, soit 7%, bien loin derrière le drive (92%). Carrefour entend toutefois se positionner sur ce marché émergent comme le montre son entrée en "négociations exclusives" pour une "prise de participation minoritaire" dans la start-up Cajoo, acteur français de la livraison de courses à domicile en moins de 15 minutes.

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Commentaires 5
à écrit le 02/10/2021 à 11:35
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Marche jamais les " fusions ", rapprochements, rachats, raids, absorptions, çà se termine systématiquement en désastre. . Ce qui est lamentable c'est le manque culturel de tout ses dirigeants. . L'humilité, le bon sens, la sécurité voudrait qu'on...

à écrit le 01/10/2021 à 19:47
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Avec le great reset il y aura de plus en plus de problèmes de monopoles, carrément des États dans l’État mais vous verrez ça se passera bien comme on l'a vu avec TF1 M6.

à écrit le 01/10/2021 à 15:55
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Darti..... et vous faites payer les articles.....

à écrit le 01/10/2021 à 14:48
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Sur le dos des salariés c'est facile de faire des économies !

à écrit le 30/09/2021 à 22:24
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Peut-être que "Carrefour s'est refait une santé" mais le marché action lui ne semble toujours pas vouloir valoriser cela, avec une action qui ne décolle pas contrairement aux marchés actions mondiaux proches des plus hauts. Le marché aurait sûrement ...

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