Même Emmanuel Macron a fini par s'en soucier publiquement. Il faut s'assurer qu'il n'y ait pas, « au niveau de l'Europe, un contournement » des règles « par les grandes centrales d'achat européennes », a lancé le président de la République le 1er février depuis Bruxelles, où il réclamait à l'UE diverses mesures en faveur des agriculteurs en colère.
Ces centrales d'achat se retrouvent en effet sous le feu des projecteurs depuis le début du mouvement agricole. Les agro-industriels les accusent d'être l'une des raisons de la mauvaise application des trois « lois Egalim » (de 2018, 2021 et 2023), visant à mieux rémunérer les producteurs. Ces structures, qui servent à obtenir un meilleur rapport de forces pour les distributeurs face à leurs fournisseurs, ne respecteraient ni la « sanctuarisation » de la matière première agricole ni la présence obligatoire de règles de révision des tarifs dans les contrats, déplorent notamment les industriels. Leur massification des achats impliquerait un nivellement des prix vers le bas, malgré les différences des coûts de production selon les pays, dénoncent-ils encore.
Ces centrales d'achat européennes éluderaient aussi, selon les industriels, d'autres règles particulières du droit français, telles que le caractère annuel des négociations avec les grandes marques ou l'interdiction de rupture brutale d'un contrat, de désavantages sans contreparties ou de déséquilibres significatifs, en aboutissant ainsi à des formes de distorsions de la concurrence sur le même marché. Fin décembre, six organisations agricoles et agroalimentaires françaises (dont le principal syndicat agricole, la FNSEA) ont justement écrit au commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, en lui demandant de se pencher sur ces « pratiques déloyales ».
Fin janvier, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a quant à lui précisé que les contrôles renforcés sur l'application des lois en vigueur promis aux agriculteurs concerneront aussi les centrales d'achat domiciliées à l'étranger. Ils doivent être effectués par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).