Quel tourisme pour demain ? Transavia, Accor, BlaBlaCar et Voyageurs du Monde répondent

Comme l'événementiel, le tourisme va devoir s'adapter aux nouveaux usages des touristes et des voyageurs d'affaires en devenant hybride. C'est ce constat qui ressort des échanges entre Maud Bailly, directrice générale Europe du Sud d'Accor, Nathalie Stubler, Pdg de Transavia, Jean-François Rial Pdg de Voyageurs du Monde et président de l'office de tourisme de Paris et Frédéric Mazella, président de BlaBlaCar lors du Paris Air Forum organisé par la Tribune et ADP le 21 juin au Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget.

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Maud Bailly, directrice générale Europe du Sud d'Accor
Maud Bailly, directrice générale Europe du Sud d'Accor (Crédits : DR)

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Ça y est, l'activité touristique repart. Après seize mois de marasme dû à la crise sanitaire, les Français renouent avec l'envie de voyage, en France principalement mais aussi dans les destinations proches comme le pourtour méditerranéen. Un désir qui se traduit par une hausse des réservations chez les compagnies aériennes et les voyagistes.

« Nos réservations sont revenues au niveau d'avant crise, et nous constatons même une augmentation de 30% par rapport à la même période de 2019. Bien sûr, l'effet de rattrapage existe après plus d'un an de frustration, mais le dynamisme est réel », explique Nathalie Stubler, Pdg de Transavia.

Chez Voyageurs du Monde, les chiffres sont aussi très bons selon son Pdg Jean-François Rial : « Avec seulement 30% de destinations ouvertes, nos réservations sont supérieures de +30 à 40 % par rapport à l'été 2019. C'est énorme. La frénésie de voyage de loisirs va être délirante ! »

L'hôtellerie aussi reprend du poil de la bête.

« Nous sortons de 18 mois très compliqués. Après un premier trimestre meilleur que prévu, une rechute en avril avec les nouvelles restrictions, ça repart depuis mai. Beaucoup de destinations balnéaires, Normandie, Vendée, Côte d'Azur, marchent très fort. Mon enjeu, c'est de sécuriser le dernier trimestre, qui est traditionnellement très orienté sur la clientèle business. Et là, il y a encore de l'incertitude », décrit Maud Bailly, directrice générale Europe du Sud d'Accor.

Elle réclame l'ouverture d'un « Davos du tourisme » à la rentrée pour réfléchir aux grandes tendances du tourisme post-Covid, autour des enjeux de voyage durable et d'employabilité. En effet, beaucoup de salariés du secteur ont changé de vie suite à la pandémie et ne comptent pas reprendre leur ancien job.

Le nombre de postes vacants dans l'hôtellerie restauration est passé de 60.000 avant la crise à 110.000 aujourd'hui. La conscience écologique des consommateurs, dont le fameux flygscam (honte de prendre l'avion) popularisé par Greta Thunberg, va-t-elle ralentir cette reprise ? Jean-François Rial, pourtant « écologiste archi convaincu » selon ses propres termes, ne le croit pas, du moins pas tout de suite :

« Le changement va arriver à moyen terme, d'ici cinq ans. À court terme, ça sera plutôt l'inverse. Les clients sont schizophrènes : ils votent écolo tout en prenant l'avion tous azimuts ».

Le tourisme du futur sera hybride

Reste que l'avion bashing a sans doute favorisé d'autres mobilités, comme le covoiturage. Le leader français et mondial BlaBlaCar, qui transporte 18 millions de personnes en France et 90 millions dans le monde, a moins souffert en 2020 que les autres acteurs de transport.

« Nos déplacements sont domestiques, avec une distance moyenne de 250 Km. Le fait d'être deux ou trois par voiture a rassuré les usagers sur les risques de contamination. D'autant que les gestes barrières ont été respectés à 98% », rappelle Frédéric Mazella, président de BlaBlaCar.

La crise du Covid a modifié les usages et forcé les différentes composantes du marché touristique à évoluer. Dans l'hôtellerie, par exemple, l'envie de personnalisation de l'hébergement a été entendue par les chaînes. Un sur mesure rendu possible par l'utilisation des datas clients. Maud Bailly a tiré quatre enseignements de cette période difficile pour son métier.

D'abord le besoin de réassurance sanitaire, surtout pour la clientèle business :

« Dans nos 1.800 hôtels, nous avons mis en place le label AllSafe, avec vérification des protocoles par des organismes indépendants comme Bureau Veritas ».

Deuxième évolution, la flexibilité ou « tout flex » en jargon hôtelier : souplesse commerciale, annulation de dernière minute, etc. La troisième leçon de la crise, c'est la responsabilité sociétale et environnementale.

« Nous avons lancé récemment la marque Grit, des hôtels éco responsables qui recyclent tout : l'eau, les objets de décoration, et qui se fournissent en circuit court pour la restauration », détaille Maud Bailly.

Dernier point : l'hybridation. La solution AllConnect d'Accor permet de mixer petits séminaires en présentiel et connexion vers le monde extérieur.

« L'hybridation est très présente dans notre métier. Ça fait vingt ans que nos agences mêlent accueil physique et digital », confirme Jean-François Rial.

Le transport multimodal est une forme d'hybridation que pratique BaBlaCar.

« Nous avons un réseau de dizaines de millions de voitures qui font déjà les trajets que nous pouvons combiner avec d'autres modes de transport (train, avion) », décrit Frédéric Mazella.

Le « blaisure » au secours du voyage d'affaires ?

La sensibilité environnementale concerne aussi les compagnies aériennes, dont Transavia.

« L'interpellation du secteur aérien sur cette question s'est accentuée pendant la crise, alors même que les avions étaient cloués au sol, et je pense que cela va continuer. Mais nous ne restons pas inertes. Oui, nous émettons du CO2 et oui, nous cherchons à réduire ces émissions », affirme Nathalie Stubler.

Les solutions passent par une flotte récente, aux moteurs moins gourmands en carburant, et par l'écopilotage. Les startups françaises SafetyLine et OpenAirlines aident ainsi la filiale low cost d'Air France à optimiser ses profils de montée ou les routes aériennes.

« On peut atteindre 3 à 5 % d'économie de carburant, ce n'est pas négligeable », précise la Pdg de Transavia. La compensation carbone est une autre mesure disponible.

Quel modèle pour le tourisme du futur ? Comme tout exercice de prédiction, la prudence est de mise. Pas pour Jean-François Rial, qui est persuadé que le voyage individuel va "balayer les voyages de groupe, grâce à une forte personnalisation".

L'aspect écologique sera lui aussi prégnant selon le président de Voyageurs du Monde : « Les actionnaires ne supportent plus les entreprises qui ne s'engagent pas sur la transition environnementale. Et les collaborateurs, surtout les jeunes, vont nous pousser à changer. Enfin, la pression médiatique est forte ».

D'après une récente étude de l'Institut CSA pour LinkedIn et l'ADEME, l'environnement est la première préoccupation des jeunes salariés de moins de 35 ans. Reste le problème particulier du tourisme d'affaires, très dépendant de l'international.

Pour Jean-François Rial, qui porte aussi la casquette de président de l'office de tourisme de Paris, « le BtoB, c'est 50 % de l'activité de Paris. Les grands salons et les grands séminaires mettront plus de temps à revenir ».

Maud Bailly évoque une perte irréversible de 5 à 15 % du nombre de voyageurs d'affaires : « Les gens ne vont plus faire un Paris New-York pour signer un contrat ou un Paris Bangkok pour aller donner une conférence ».

Là encore, l'hybridation peut être une solution, avec le « blaisure », mélange de loisirs et de travail sur le même lieu. Conclusion de Frédéric Mazzella :

« On veut tout hybrider, mais restons totalement humain ».

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Commentaires 7
à écrit le 24/06/2021 à 11:54
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Le train rapide sera le vecteur du futur . L’avion sera réservé pour des longs trajets, des restrictions en vues. Le monde des affaires peuvent investir dans des avions privés. Les pauvres ne se déplacent pas , pour eux le déplacement est un Exod...

à écrit le 24/06/2021 à 10:45
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Ce ne sont pas les écologistes qui nuisent au transport aérien ! Il était déjà mal en point en 2019, le covid l'a achevé en 2020. Les raisons ? Un modèle économique imbécile, le «bas-coût/bas-prix» (low-cost). Les prix des billets étant inférieurs au...

le 24/06/2021 à 14:18
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@Louis Siuol Ouf! Je me sentais parfois bien seul à critiquer le modèle économique du couple Tourisme de masse/Avion.😂

le 24/06/2021 à 17:04
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Une étude relayée par le « Guardian » qui montre du doigt les « super émetteurs » de CO2 : les habitués du transport aérien.Ces « grands voyageurs » représentent seulement 1 % de la population mondiale mais ont causé la moitié des émissions de carbon...

le 24/06/2021 à 19:23
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Cherchez bien et vous trouverez probablement une étude qui vous dira que 98% de la pollution lié à la production de mil est produit pour les pauvres noirs : faut-il enfoncer les portes ouvertes et en déduire que ce sont des monstres à punir ...??? T...

à écrit le 24/06/2021 à 9:54
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La face sympathique du tourisme de masse en masque tous les effets pervers. Individuellement, le voyage est une activité sympathique, cependant, pratiquée dans un contexte de compétition économique, elle se révèle un désastre écologique, environneme...

à écrit le 24/06/2021 à 8:43
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N'oubliez jamais que le touriste dépose systématiquement son cerveau chez lui avant de partir en vacances il ne faut donc rien attendre de lui, s'il n'est pas contraint il ne fera rien.

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