Albert Alday (Thello) : "Il faut un calendrier d'ouverture complète du marché ferroviaire français"

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Alors que Thello, co-entreprise entre Veolia et Trenitalia, lancera dimanche sur la ligne Paris-Turin le premier train privé sur les lignes internationales du réseau français, son directeur général, Albert Alday, demande une ouverture plus grande du marché hexagonal.

Thello est-il prêt pour dimanche ?

Tout est bon pour dimanche même si nous nous donnons encore quelques semaines pour mettre le produit au niveau que nous souhaitons. Pour un nouvel entrant, nous avons rencontré beaucoup de difficultés en raison du calendrier très serré. Je rappelle que le pacte d'actionnaires entre Veolia et Trenitalia remonte à janvier seulement et nous n'avons reçu l'autorisation de la Commission européenne que fin juillet.

Quels sont vos objectifs ?

Nous comptons transporter 250.000 passagers la première année, un trafic proche de celui réalisé par Artesia à l'époque, avec un panier moyen de 95 euros TTC l'aller simple. Si la SNCF ne se lance pas dans une guerre tarifaire trop violente, la rentabilité devrait être atteinte dès 2013, avec un retour sur investissement d'ici deux à trois ans.

La SNCF a lancé un prix à 25 euros l'aller simple, n'est-ce pas justement le déclenchement d'une guerre tarifaire ?

Il s'agit de trains de jour; le prolongement d'un TGV Paris-Chambéry sur la Maurienne qui effectue le trajet Paris-Milan en sept heures. Nous visons une clientèle touristique se rendant en Lombardie-Vénétie qui préfèrera plutôt un train de nuit plutôt qu'un trajet diurne en 7 heures qui commence à faire long.

La SNCF est sceptique sur une offre de trains de nuit ? Cela a-t-il du sens entre Paris et l'Italie ?

Ce concept a bien résisté aux compagnies aériennes "low cost". Nous avons l'historique du potentiel de ce marché d'Artesia, l'ancienne filiale commune entre Trenitalia et la SNCF, qui ont décidé en décembre 2010 de cesser leur coopération dimanche prochain. Il y a une clientèle majoritairement française (50%), le reste étant composé d'Italiens (30%) et du reste du monde. Sur ce marché de ligne, on fait le pari qu'il faut crédibiliser une offre simple et innovante.

Quelles seront les prochaines étapes ?

Paris-Rome si nous obtenons des sillons adaptés pour relancer des liaisons aller-retour de nuit chaque jour. Nous travaillons avec Réseau Ferré de France (RFF) sur le sujet. Si la réponse est satisfaisante, nous pourrions ouvrir cette ligne à l'été 2012. Ensuite, nous étudions la ligne Lyon-Chambéry-Turin à raison de trois trains quotidiens la journée cette fois. Cette liaison n'a du sens que si l'on peut desservir des villes comme Chambéry. Mais la règlementation du cabotage en France est très contraignante.

Et après ?

Il faut que les pouvoirs publics fournissent un calendrier d'ouverture complète du marché. Que ce soit pour les trains régionaux, les Corail ou les lignes inter-cités. La France est tellement en retard en matière de libéralisation.

Si demain, le marché s'ouvre, que fera Thello ?

Nous ne nous interdisons rien. Déjà, l'accord Veolia-Trenitalia ne se limite pas aux lignes entre la France et l'Italie. Thello peut concourir à un appel d'offres en franchise en Grande-Bretagne par exemple.

Quel est l'avenir de Thello avec la décision de Veolia Environnement de céder sa branche transports sachant d'autant plus que la grande vitesse n'était pas sa priorité dans le ferroviaire ?

Cela dépendra du futur actionnariat de Veolia-Transdev. Dans quelques années, si nous avons stimulé le marché, nous pouvons imaginer que des investisseurs s'intéressent à Thello. C'est vrai que jusqu'ici, la stratégie de Veolia-Transdev dans le ferroviaire était, non pas de se focaliser sur la grande vitesse où le ticket d'entrée est très important face aux monopoles ou (ex-monopoles) d'Etat mais de viser les marchés de délégation de service public. C'est le c?ur de cible de VeoliaTransdev. Le joint-venture avec Trenitalia est plus une diversification qu'une offensive dans la grande distance. Il faut plus voir cela comme un levier pour stimuler l'ouverture du marché et asseoir notre crédibilité pour montrer qu'il y a une vie après le monopole. Après, un nouvel actionnaire validera ou pas cette stratégie qui semble convenir à la Caisse des Dépôts, actionnaire de Veolia-Transdev, mais je ne pense pas qu'elle soit modifiée à court terme.

Croyez-vous vraiment à un appel d'offres sur les trains d'équilibre du territoire (les Corail pour faire simple) ?

Oui, il y a une échéance en 2013 avec la fin du contrat entre l'Etat et la SNCF. Nous espérons le lancement d'un premier lot à titre expérimental.

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a écrit le 10/12/2011 à 20:16 :
En pratique la concurrence cela veut dire que le voyageur devenu consommateur n'a plus les horaires des trains de nuit sur SNCF voyages, qu'il doit passer par le site internet de Thello (quand il veut bien s'ouvrir) ou aller à la gare saint-Lazare. Finie la boutique SNCF voisine de son domicile! Quant à réserver de province c'est mission impossible pour ceux qui ne veulent pas se soumettre aux aléas de la réservation par internet. La concurrence est nulle puisqu'il n'y a pas d'autres trains de nuit, seulement le choix avec un voyage de plus de dix heures de jours, avec changement, des tarifs prohibitifs et certains trains annoncés comme pleins en permanence sur les trajets italiens. En outre, trois mois avant (pour le 10 mars) il ne reste plus que quelques places en cabine pour deux. Que l'on ne raconte pas que ces trains étaient vides. Je les prends depuis quinze ans, hors saison et ils étaient toujours pleins. Mais la SNCF avait décidé de se désengager des trains de nuit. Lorsqu'il y aura plusieurs lignes en concurrence, cela va être un jeu de piste infernal pour trouver les opérateurs et surtout savoir où acheter les billets. Si le temps est de l'argent, les quelques euros économisés, qui fondront au fur et à mesure que les prix d'appel seront supprimés, ne vaudront pas les heures perdues.
a écrit le 10/12/2011 à 9:10 :
En ce qui concerne les lignes ferroviaires non rentables par insuffisance de voyageurs. Il a été démontré par une étude que le remplacement par un transport en autocar était plus rentable et moins polluant un avantage environnemental en évitant de faire rouler une locomotive diesel avec des wagons à moitié vides sur de nombreuses lignes rurales en France.
A l'heure des déficits de l'état voilà une source d'économie.
a écrit le 09/12/2011 à 16:33 :
Vous avez raison Albert Alday : il faut une ouverture plus grande du marché hexagonal. Alors, pour concrétiser en totale ouverture votre projet, voici la solution idéale :
- vous achetez du terrain pour poser les rails « thello » vous appartenant
- vous construisez les ouvrages d?art et postes d?alimentation électrique « thello » vous appartenant
- vous achetez de l'immobilier dans les grandes villes et vous construisez vos gares « thello » vous appartenant etc, etc?.
Vous dites que ça coûte trop cher, que vous n?en avez pas les moyens et que pour réduire l?investissement vous voulez utiliser les infrastructures de la SNCF et de RFF pour pas cher! Mais alors, vous êtes comme des milliers de chefs d?entreprise français : vous êtes un assisté permanent qui exige l?assistanat de l?Etat pour entreprendre. Car vous n?êtes pas un vrai libéral, celui qui entreprend avec ses propres capitaux, avec ceux levés sur les marchés, qui s?organise pour ne dépendre de personne et qui est maître chez lui. Et de plus, vos propos confirment que vous n?êtes pas du tout un vrai libéral. Je vous cite : « Si la SNCF ne se lance pas dans une guerre tarifaire trop violente, la rentabilité devrait être atteinte dès 2013?. ». En clair, vous êtes un libéral d?opérette qui, comme les libéraux assistés a PEUR de la concurrence! Albert, rendez service au contribuable français : arrêtez immédiatement ce projet farfelu qui va pénaliser, car vous serez prioritaire, les trains de banlieue que j?emprunte tous les jours, et j?aime pas du tout ça!
a écrit le 09/12/2011 à 9:56 :
On attend toujours le métro TransManche (Lille-Calais-Ashford) alors que les rames sont existantes et l'infrastructure aussi. D'ailleurs le tunnel n'est utilisé qu'à 50% de sa capacité. Cette ligne ouvrirait le Nord au Grand Londres. Mais, rien ne bouge. C'est toujours à l'étude et on "étudie des solutions alternatives." Sans doute la nage ou le pédalo...
Réponse de le 14/12/2011 à 8:19 :
Si c'est le pédalo, nous avons le commandant dans les tuyaux!! LOL
a écrit le 09/12/2011 à 9:39 :
Est ce que quelqu'un qui est partie prenante peut avoir une analyse objective: il est forcément pour l'ouverture. Ce qu'il faut analyser ce sont les conséquences sur les tarifs. qu'est ce qui va se passer sur les grands axes rentables forte concurrence et baisse des prix que la SNCF sera obligée indirectement de répercuter sur les lignes qui n'intéresseront pas les opérateurs privés car non rentables. toujours le même résultat libéral: des réductions de prix pour les gros utilisateurs et des augmenations pour les petits utilisateurs. vive le tout concurrence de l'Europe!
Réponse de le 09/12/2011 à 12:08 :
Pour être objectif il faudra savoir quel est le prix de revient des différents services de la SNCF(en y intégrant les subventions), ce qui est impossible à ce jour. Ce que l'on paye en tant qu'usager est une chose, ce que l'on paye en tant que contribuable (régional et national) en est une autre.
Je suis toujours étonné de la peur de la concurrence en France. Sans doute parce qu'elle est inexistante dans tant de domaine : BTP, Banque, Assurance, téléphonie mobile...etc
a écrit le 09/12/2011 à 9:10 :
HORAIRES DES TRAINS - 09/12/2011 | 08:41 - 417 mots
30.000 horaires de train vont changer : un casse-tête géant...
Y aurait -il un rapport ?
a écrit le 09/12/2011 à 8:25 :
Oui ! à l'ouverture complète du marché ferroviaire français et vite ainsi qu'à l'arrivée de la Deutsche bahn avec son bon rapport qualité service prix. Face à la concurrence la SNCF ne sera comme sa branche fret que le TITANIC français.
Réponse de le 09/12/2011 à 10:24 :
@RasLeBol: la DB est 30% plus chère que la SNCF et pourtant l'état allemand a pris en charge la dette liée à la construction des lignes à grande vitesse quand la SNCF paye les LGV au travers des péages versés à RFF.
Quant au fret il est en chute libre du fait de la désindustrialisation française; mais la SNCF via sa filiale Géodis reste le premier transporteur routier français!
Réponse de le 09/12/2011 à 11:14 :
e vous amène à prendre connaissance des rapports comparatifs des tarifs entre les deux pays et à voyager comme moi en Allemagne. En ce qui concerne le fret, le problème de la SNCF c'est son manque d'adaptation à l'évolution des besoins de ses clients depuis de longue date qui n'a rien à voir avec la désindustrialisation qui est actuellement abordé dans le cadre de la présidentielle et surtout à son manque de productivité comme d'ailleurs dans la branche voyageur. Quand à l'endettement de la SNCF et RFF elle est stratosphérique, un sujet explosif à l'heure de surendettement de la France.
Indéfendable !
a écrit le 08/12/2011 à 21:41 :
faut ouvrir ce marché. Le monopole est un scandale.
a écrit le 08/12/2011 à 20:25 :
Non, pour se retrouver avec les "performances" des Anglais, merci.
Réponse de le 08/12/2011 à 22:18 :
@iciailleurs : c'est vrai que vous préférez les grêves d'une catégorie de nantis qui emmerdent tout le monde... Tellement français.
Réponse de le 09/12/2011 à 6:05 :
@Pixys : vous preferez surement les accidents ferroviaires anglais, le doublement des tarifs et 2 trains par jour au lieu de 5. C'est marrant les gens qui pensent encore "Privé = philanthropes" Cf : voir GDF en France qui a été privatisé, depuis cela (Merci Mr Sarkozy qui avait promis la main sur le coeur de ne jamais privatiser GDF) les prix des gaz n'ont jamais autant augmenté et si souvent (tous les 6 mois)
Réponse de le 09/12/2011 à 7:22 :
@ Pixys : Et c'est tellement français de dénigrer une population cheminote en la qualifiant de "nantie" (vous avez bien appris la leçon... continuez à regarder TF1 et lire Le Figaro).

Je suis conducteur de train à la SNCF et je vous invite à me suivre pendant un mois tout au long de mon service. Vous changerez surement votre opinion sur notre sujet...

Je ne cherche pas à me faire plaindre, seulement ça me gonfle d'être qualifié, à tort, de nanti.

Je conçois qu'il existe des métiers pour lesquels les conditions de travail sont encore plus durs (entre autres à la SNCF aussi), mais les notres ne sont pas si évidentes (horaires décalés, découchés, amplitudes, travail le week-end & jours fériés, etc...).

Alors, au même titre que vous n'avez pas l'air de connaitre mon métier comme je ne connais pas le votre, permettez-moi d'avoir la liberté de vous qualifier gratuitement de nanti. Vous ne m'en voudrez pas !
Réponse de le 09/12/2011 à 15:41 :
@Matthieu. Juste pour éclairer le débat combien de vos confrères sont partis travailler à l?étranger en prenant leur retraite par exemple en Corée ? merci

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