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Après l'écotaxe sur les billets d'avion, l'autre mesure qui se prépare pour l'aviation

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 10 juillet 2019 à 12:12 - Mis à jour le 11 juillet 2019 à 16:45

Photo d'illustration

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Selon une responsable du ministère de la Transition écologique, une obligation pour les compagnies aériennes d'utiliser des biocaburants devrait être mise en oeuvre à l'horizon 2021. Deux à cinq fois plus chers, ils vont augmenter le coût du transport aérien. S'il touchera toutes les compagnies, le renchérissement du transport aérien va particulièrement impacter certaines low-cost, comme Ryanair.

Annoncé ce mardi par la ministre des Transports, Élisabeth Borne, le projet de mettre en place, dès 2020, une écotaxe de 1,5 euro à 18 euros sur les billets d'avion au départ de France a provoqué la colère des transporteurs aériens et des aéroports français, tous vent debout contre cette énième taxe sur l'aviation qui dégrade leur compétitivité. Mais ils n'ont pas fini de se lamenter. Cette taxe n'est que le début d'un processus structurel de hausse des coûts du transport aérien pour accentuer la contribution de ce secteur -qui représente 2% des émissions mondiales de CO2- à la lutte contre le réchauffement climatique.

Obligation d'utiliser des biocarburants -plus chers- à l'horizon 2021?

Une autre mesure est en effet à l'étude en France pour 2021, voire dès 2020 selon certains : celle d'obliger les compagnies aériennes à incorporer un certain pourcentage de biocarburants. Deux à cinq fois plus chers que le kérosène, ils entraîneront inévitablement un renchérissement du coût du transport aérien. C'est ce qu'a indiqué le 26 juin dernier Anne-Florie Coron, sous-directrice de la sécurité d'approvisionnement et des nouveaux produits énergétiques à la direction générale de l'énergie et du climat du ministère de la Transition écologique et solidaire, lors d'un colloque sur les biocarburants organisé par l'IFP Énergies nouvelles.

"En ce qui concerne l'incorporation des biocarburants, des outils incitatifs existent (sous forme de taxe à l'incitation fixée chaque année dans la loi de finances) pour les transports terrestres, et un outil similaire devrait être proposé prochainement pour le transport aérien, pour une mise en oeuvre à horizon 2021", a-t-elle déclaré.

Interrogé par La Tribune en aparté, Anne-Florie Coron expliquait que le taux serait de 0,5% la première année avec l'idée d'augmenter progressivement.

Les conditions d'émergence d'une filière de production

Quelques jours plus tôt, Élisabeth Borne, avait elle aussi évoqué ce sujet devant quelques journalistes. L'idée est de créer un marché des biocarburants aviation pour pouvoir enclencher la mise en place d'une filière de production nécessaire pour développer la consommation de biocarburants dans le transport aérien.
 
Contacté ce mercredi 10 juillet, le ministère de la Transition écologique explique que, "pour l'instant, les dernières réunions interministérielles sur le projet de loi de finances de 2020 n'ont pas prévu d'inscrire dans le projet de loi une obligation d'incorporation des biocarburants". "Cependant le gouvernement travaille toujours à favoriser l'incorporation de biocarburants dans l'aérien pour atteindre progressivement les objectifs de 2% en 2025 et 5% en 2030", précise-t-on.

Le secteur prêt à dépasser les objectifs biocarburants ? Pas sûr...

Or, correspondant aux objectifs de la feuille de route élaborée jusqu'ici, ces objectifs sont jugés « insuffisants » par Élisabeth Borne, qui estime que le secteur est prêt pour avoir une part plus importante ». Pas sûr... Vu les prix des biocarburants, les compagnies aériennes prennent peur au contraire.

Une obligation d'incorporation ferait la part belle aux pétroliers, estiment-elles. À cette mesure qualifiée de "punitive", certaines compagnies militent plutôt pour un mécanisme incitatif, comme c'est cas à Los Angeles ou à Amsterdam.

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Reste savoir si les pétroliers (Total en particulier) seront capables de produire des  biocarburants de deuxième génération (qui ne viennent pas concurrencer les terres agricoles) comme le demandent les compagnies aériennes.

Début du plan mondial de compensation des émissions de carbone

Cette écotaxe et le surcoût généré par l'utilisation de biocarburants vont s'ajouter aux différentes contributions déjà en place pour lutter contre le réchauffement climatique ou déjà actées pour une mise en œuvre  prochaine.

Pour rappel, en effet, les compagnies aériennes françaises, comme leurs concurrentes européennes, participent déjà au système d'échange de permis d'émissions imposé par Bruxelles en 2012 pour les vols intra-européens. Dérisoire jusqu'ici (5 à 7  euros la tonne), le prix du carbone a commencé à augmenter en 2018, pour se situer autour de 25  euros aujourd'hui. Par ailleurs, elles vont participer dès 2020 au système mondial de compensation des émissions de CO2 qui vise à neutraliser les émissions entre 2020 et 2035 avant d'envisager de les diminuer de moitié d'ici à 2050 par rapport à 2005.

Pour tenir leur engagement, les transporteurs vont compenser les émissions de dioxyde de carbone qui dépasseront le niveau de 2020 en finançant des programmes de reforestation, de transformation d'usines en sites performants au plan énergétique, etc. Pour Air France-KLM, le surcoût devrait s'élever à 150 millions d'euros en 2025.

Et à tout cela, pourrait également s'ajouter une taxation des compagnies aériennes au niveau européen, comme la France l'a demandé après avoir refusé d'introduire une taxe sur le kérosène dans l'Hexagone.

Au final, mises bout à bout (il faudra aussi ajouter la future taxe pour CDG Express), toutes ces mesures vont se chiffrer en centaines de millions d'euros pour une compagnie comme Air France (par exemple, le surcoût de la seule écotaxe, annoncée hier, va s'élever à 60 millions d'euros par an).

Certaines low-cost comme Ryanair seront fortement touchées

Ce renchérissement du coût du transport aérien en France ne pourra être absorbé par les compagnies aériennes et va donc se traduire par une hausse du prix du transport aérien.

Si tous les opérateurs seront impactés, certaines low-cost seront particulièrement touchées. Il s'agit de celles qui ont une part importante de leur activité basée sur des aéroports secondaires et qui vivent sur un modèle de bas prix.

C'est le cas évidemment de Ryanair, même si la compagnie irlandaise a commencé à se positionner ces dernières années sur des aéroports principaux. Ryanair a en effet  construit tout son marketing sur des prix dérisoires et doit par conséquent veiller à ce que l'écart de prix reste important avec ses concurrentes installées sur des gros aéroports. Sinon à quoi bon, pour un Parisien, aller à Beauvais plutôt qu'à Orly ou à Roissy.

Par ailleurs, trop augmenter les prix priverait Ryanair d'une autre clientèle : celle qui ne voyagerait tout simplement pas (ou moins) sans les très bas tarifs de la compagnie.

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Quant aux low-cost installées sur les grands aéroports, comme Easyjet, elles seront moins touchées. Leurs prix, même s'ils augmentent, resteront toujours plus attractifs que ceux des compagnies traditionnelles. Ce qui permettra à ces compagnies low-cost de bénéficier de l'arrivée de clients qui voyageaient jusque-là sur des compagnies classiques. Ces nouveaux clients viendront compenser les passagers qui ne pourront plus voyager en avion à cause d'un prix devenu prohibitif. Quant aux compagnies classiques, elles devront faire preuve d'imagination pour fidéliser leurs clients et continuer à baisser leurs coûts (pour absorber une partie du surcoût) si elles veulent éviter de perdre trop de passagers.

Fabrice Gliszczynski

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