Brexit, quel avenir pour les low-cost britanniques et le transport aérien européen ?

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(Crédits : reuters.com)
La sortie du Royaume-Uni de l'UE entraîne de facto la sortie des compagnies britanniques du marché unique du transport aérien européen mais aussi de l'accord de ciel ouvert entre l'UE et les Etats-Unis. Pourtant l'exemple de la Suisse, de l'Islande et de la Norvège montrent que l'on peut accéder à ces marchés sans être membre de l'UE. En Bourse, Easyjet et IAG (qui a fait un profit warning) se sont effondrées.

La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne a fait plonger les cours de bourse des compagnies britanniques comme Easyjet ou du groupe IAG : -17% pour la compagnie low-cost en milieu de journée vendredi, -12% pour l'irlandaise Ryanair, qui n'est concernée que pour son activité en Angleterre, -19% pour IAG, la maison-mère de British Airways, Iberia, Aer Lingus et Vueling, qui a même annoncé ce vendredi un avertissement sur résultat en disant que les incertitudes sur le Brexit ces dernière semaines avaient pesé sur les réservations estivales (comme si le Royaume-Uni allait sortir demain de l'UE...). A peine le week-end passé, Easyjet a également prévenu que son chiffre d'affaires devrait être en recul de 5% au deuxième trimestre par rapport à ce qu'elle prévoyait.

Hausse de trafic de 1 à 1,5% par an d'ici à 2020

L'association internationale du transport aérien (IATA) estime que le trafic de et vers le Royaume-Uni pourrait être d'ici à 2020 entre 3 et 5% inférieur à ce qu'il aurait été sans le Brexit. Ceci en raison du ralentissement attendu de l'activité économique et de la chute de la Livre sterling.

"Autrement dit, le trafic n'augmenterait que de 1 à 1,5% par pan d'ici à 2020", explique l'IATA .

Si la chute de la Livre va rendre les voyages des Britanniques plus élevés, elle devrait permettre aussi d'augmenter le trafic « incoming », qui ne compte aujourd'hui que pour un tiers du trafic de et vers le Royaume-Uni. Selon l'Iata, l'impact sur le Brexit est moins certain sur l'activité cargo à court terme mais il pourrait diminuer sur le long terme en raison de la baisse de 10 à 20% des échanges avec le Royaume-Uni estimée par l'OCDE.

Manque de visibilité

Le manque de visibilité inquiète les investisseurs. Si, pour des entreprises d'autres secteurs, la conversion des devises (euro-livre, livre-dollar et euro-dollar) constitue le principal enjeu du Brexit, le sujet est beaucoup plus large pour le transport aérien car il peut, sur le papier en tout cas, impacter l'avenir des compagnies britanniques mais aussi remettre en cause les équilibres du secteur du transport aérien européen mais aussi ceux du marché transatlantique.

En effet, en quittant l'Union européenne, le Royaume-Uni quitte a priori le marché unique du transport aérien européen et les compagnies britanniques comme Easyjet ou British Airways perdraient la possibilité de s'implanter et de voler librement où elles le souhaitent dans les pays de l'Union européene. (pour Ryanair, compagnie irlandaise, l'impact concernerait toute son activité au départ du Royaume-Uni, notamment de sa base principale de Londres-Stansted).

Ce point est crucial pour Easyjet qui doit son succès au marché commun du transport européen mis en place il y a une vingtaine d'années. Seule véritable compagnie paneuropénne (avec Ryanair), elle peut voler où elle le souhaite dans l'UE. Sortir de ce schéma serait catastrophique pour la compagnie anglaise.

Easyjet cherche à rassurer

Ce vendredi, Easyjet s'est empressée de demander au gouvernement britannique et à la Commission européenne de faire "du maintien du Royaume-Uni dans le marché européen du transport aérien une priorité".

"Nous sommes confiants sur le fait que ce vote n'aura pas d'impact conséquent ni sur notre stratégie ni sur notre capacité à générer une croissance en termes de résultats et de bénéfices pour nos actionnaires. Easyjet s'était préparée à cette éventualité jusqu'au vote référendaire et a travaillé sur un certain nombre d'options qui lui permettront de continuer à voler dans tous ses marchés. La priorité sera d'accélérer le dialogue entre le Royaume-Uni, les Etats membres de l'Union Européenne et leurs régulateurs afin de garantir que le Royaume-Uni continuera à faire partie du marché unique du transport aérien européen. Ceci permettrait aux compagnies européennes de voler librement au sein du Royaume-Uni ainsi qu'entre l'Europe et le Royaume-Uni et aux compagnies aériennes du Royaume-Uni de voler librement en Europe, comme aujourd'hui", a déclaré Easyjet dans un communiqué.

Les exemples suisse et norvégien

Ne pas être dans l'Union européenne ne constitue pas néanmoins un obstacle. Le cas de la Norvège ou de la Suisse en témoignent. Les compagnies norvégiennes par exemple ont un accès total au marché unique du transport aérien européen. La signature d'un accord entre la Suisse et l'Union européenne permet aux compagnies suisses d'être assimilées comme des transporteurs européens et donc de pouvoir bénéficier des mêmes facilités. A une condition. Les compagnies suisses doivent appliquer les règles européennes.

Peu d'experts imaginent un refus à un tel régime de la part des grands pays de l'UE, même si  cela permettrait d'affaiblir la concurrence sur leurs compagnies nationales des puissantes compagnies low-cost britanniques.

Le cas de l'accord de ciel ouvert Europe-Etats-Unis

L'autre grand sujet du Brexit dans le transport aérien concerne l'accord de ciel ouvert entre les Etats-Unis et l'Europe mis en place en 2008. Là aussi, le Brexit entraînerait une sortie du Royaume-Uni de cet accord. Mais là aussi, il y a des exemples de pays non membres de l'UE qui en bénéficient par extension. C'est le cas de l'Islande et de la Norvège. C'est pour cette raison que Norwegian pourra ouvrir fin juillet des vols entre Paris et les Etats-Unis. Le Royaume-Uni pourra, s'il le souhaite, demander une telle extension à Bruxelles et Washington.

Elle pourra également demander la signature d'un accord bilatéral avec les Etats-Unis comportant les mêmes modalités que l'accord UE-US actuel. Un retour à l'accord qui prévalait avant l'accord de ciel ouvert (l'accord de Bermudes II) ne serait pas sans poser de problèmes dans la mesure où il réservait la desserte de l'aéroport londonien d'Heathrow pour les vols vers les Etats-Unis à deux compagnies américaines (United et American) et deux compagnies britanniques (British Airways et Virgin Atlantic). Or, aujourd'hui, Delta est non seulement très présente à Heathrow mais dispose d'une co-entreprise sur l'axe transatlantique avec Virgin Atlantic dont elle détient 49%.

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Commentaires
a écrit le 27/06/2016 à 18:12 :
Le contribuable français sera, lui, heureux de ne plus financer des entreprises privées dans ces aéroports de sous préfectures qui ruinent les économies locale et régionale de notre pays.
a écrit le 25/06/2016 à 22:25 :
finalement ils ont raison: ça ne sert strictement à rien de rester en UE puisque les bisounours eurocrates distribuent des licences aux Norwegian, Swiss et bientot BA. Entre ça et Emirates qui fait du lobbying pour developper les 5eme libertés comme sur Milan New York, l europe du transport est comme l' europe tout court: un bordel sans nom. Je parie une livre dévaluée que pour faire bisquer les Brits vont autoriser un max de 5eme libertes à leurs potes d'Emirates, rien que pour nous faire enrager sur le continent
a écrit le 24/06/2016 à 17:57 :
Bien sûr!
Choisissons les segments économiques qui sont rémunérateurs et laissons a l je se débrouiller avec le reste...
Stop aux leçons d économie ...
a écrit le 24/06/2016 à 14:56 :
Bref, rien ne va changer !!!
a écrit le 24/06/2016 à 13:52 :
Comme la Suisse et la Norvège, Il faudra payer pour avoir accès a l'UE !
a écrit le 24/06/2016 à 13:52 :
Comme la Suisse et la Norvège, Il faudra payer pour avoir accès a l'UE !
a écrit le 24/06/2016 à 13:29 :
Les Anglais ont fait le choix de quitter l Europe !
Mais ils souhaitent rester dans le marché unique et profiter de l Europe !
Non !!! on ne peut avoir l'argent et l'argent du beurre !
on doit rétablir les frontières et annuler tous les accords !
Réponse de le 24/06/2016 à 17:52 :
Ben non ...
On fait comme avant!!!
Réponse de le 24/06/2016 à 17:52 :
Exact, ils veulent le beurre, l'argent du beurre, voire un peu plus...
Sans "fermer les frontières", il faut profiter de ce Brexit pour imposer de nouveaux accords plus contraignant aux low cost britanniques qui pillent les marchés européens à coût de subventions des chambres de commerce, à coût de financement d'avions dans les paradis fiscaux et en trichant sur les charges sociales...
Réponse de le 25/06/2016 à 21:48 :
Ils aimeraient même pouvoir encore voter contre tout ce qui les dérangerait, risquerait de perturber le commerce, le business, leurs intérêts, .... :-)
Avant c'était un pied, maintenant un orteil dans la barque, et ils feront durer dix ans, pour refuser toute négociations défavorable des nouveaux accords (le beurre, argent du beurre, crémière, crèmerie, vaches et étables sinon "NO").

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