Ce que veut faire le nouveau PDG pour sortir Air France-KLM de son bourbier

Fabrice Gliszczynski, à Shanghai

Fabrice Gliszczynski, à Shanghai
Un peu plus de deux mois après son arrivée à la tête d'Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac vient de lancer le processus d'élaboration du projet stratégique Trust together qui sera présenté au conseil administration du groupe le 2 novembre prochain. Reprenant un certain nombre d'éléments du plan Perform 2020 de son prédécesseur, Alexandre de Juniac, ce projet va tenter de relancer un groupe à la fois déchiré sur le plan social (même s'il est toujours bénéficiaire), et fragilisé par une compétitivité inférieure à celle de ses concurrents au moment où l'environnement se dégrade du fait du recul continu de la recette unitaire.
Comme son son intitulé l'indique, le deuxième objectif de ce plan «est de recréer un climat de confiance». «Au cours des deux dernières années, il y a eu une perte de confiance entre les catégories professionnelles chez Air France, entre certaines catégories et le management et la direction générale, et entre Air France et KLM», a constaté le nouveau PDG.
Le projet stratégique est donc censé apporter des réponses sur tous ces points. S'il rejette l'idée souvent répandue parmi les syndicats d'une absence de stratégie au sein d'Air France au cours des dernières années, le nouveau PDG explique néanmoins que «la majorité de mes interlocuteurs considèrent que la stratégie d'Air France n'a pas était perçue comme suffisamment claire au cours des 10 dernières années.»
Après la grève des pilotes en juin et celle des personnels navigants commerciaux fin juillet, Jean-Marc Janaillac veut que les négociations sociales avec les navigants prennent en compte le contenu de son projet stratégique. Il veut donc prolonger l'accord collectif des personnels navigants commerciaux (PNC), qui court jusqu'au 31 octobre, jusqu'en janvier ou février, le temps de négocier un nouvel accord qui détermine les conditions de travail et de rémunération des PNC. Il souhaite négocier dans le même temps avec les pilotes. Ainsi, la mise en place en juin de mesures d'économies non réalisées par les pilotes entre 2012 et 2014 reste toujours suspendue.
Pour autant, si un terrain d'entente peut être trouvé avec les syndicats sur le point d'arrivée, le point de départ promet à nouveau des débats enflammés. Car jusqu'ici, le constat de la situation de la compagnie n'a jamais été partagé entre la direction et les syndicats. Pour plusieurs d'entre eux, les bons résultats d'Air France et d'Air France-KLM aujourd'hui ne nécessitent pas de demander de nouveaux efforts aux salariés qui en ont déjà fournis beaucoup lors du plan Transform entre 2012 et 2014. A leurs yeux, le manque de compétitivité d'Air France provient uniquement du coût du travail élevé en France et d'une taxation du transport aérien plus forte dans l'Hexagone qu'ailleurs en Europe.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Si Jean-Marc Janaillac reconnaît «clairement» qu'Air France paierait moins de taxes et de charges sociales si elle était implantée aux Pays-Bas ou en Allemagne, il estime néanmoins que l'écart de compétitivité d'Air France avec ses concurrents s'explique aussi par des « facteurs de coûts et de productivité dans certaines fonctions » de l'entreprise.
L'équation économique et financière d'Air France et d'Air France-KLM, elle, reste inchangée malgré le retour dans le vert en 2015 de la compagnie française après 2,5 milliards d'euros de pertes cumulées au cours des six années précédentes). Si Air France va mieux, la compagnie sera à nouveau fragilisée en cas de remontée du prix du baril. Par ailleurs, malgré son désendettement de plus de deux milliards d'euros depuis 2012, la pression de la dette ne laisse pas beaucoup de marges de manœuvres pour financer un plan offensif marqué par une croissance de l'offre comme le souhaite Jean-Marc Janaillac.
Les décisions à prendre interviennent dans un contexte difficile.
Ceci en raison de la faible croissance économique au niveau mondial, d'une surcapacité très importante, notamment sur l'Atlantique Nord et l'Asie et d'une moindre attractivité de la France à cause des attentats. Conséquence : «Air France dégagera une marge opérationnelle positive en 2016, mais nous ne serons pas sur notre budget», a fait valoir le PDG d'Air France, Frédéric Gagey.
Il faudra donc aller vite mais les marges de manœuvres sont réduites. Pour un analyste, l'annonce de mesures offensives pourraient, peut-être, entraîner les syndicats. «Lancer une low-cost long-courrier permettrait par exemple de montrer aux salariés qu'Air France prend des risques et qu'elle n'est plus suiviste. Utiliser davantage les données des clients pour générer de nouvelles recettes peut par ailleurs montrer que la direction ne sera pas uniquement focalisée sur les coûts contrairement à ce qu'elle a pu montrer jusqu'ici.»
Justement, Jean-Marc Janaillac veut investir sur ce point. «Nous devons faire un pas en avant supplémentaire par rapport à nos concurrents dans le domaine de la gestion de la relation client (CRM). Nous disposons d'un grand nombre de données sur nos clients et en faisant des efforts et des investissements supplémentaires, nous devons être capable de proposer une offre de services personnalisés (que personne ne fait aujourd'hui) à laquelle les clients n'avaient pas forcément pensé.»
À lire également
On n'en est pas là. Pour l'heure, les syndicats qui seront associés à la réflexion sur les grands sujets stratégiques à trancher, seront auditionnés d'ici à novembre par le Boston Consulting Group (BCG).
Fabrice Gliszczynski, à Shanghai
Souveraineté alimentaire et sanitaire : l'État va entrer au capital de l'industriel Eurolysine, menacé par la concurrence chinoise
Engie va supprimer environ 1 000 postes dans ses fonctions support d’ici à 2028
Nucléaire : le Blayais finalise son dossier pour accueillir les réacteurs nouvelle génération
Industrie, mobilités, logements, géothermie : la nouvelle offensive verte de l’Occitanie