Ce que veut faire le nouveau PDG pour sortir Air France-KLM de son bourbier

 |   |  1276  mots
Jean-Marc Janaillac présentera son projet stratégique le 2 novembre
Jean-Marc Janaillac présentera son projet stratégique le 2 novembre (Crédits : Reuters)
En déplacement en Chine, Jean-Marc Janaillac, le nouveau PDG du groupe français, a dévoilé sa méthode pour permettre à Air France-KLM de retrouver une dynamique.

Un peu plus de deux mois après son arrivée à la tête d'Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac vient de lancer le processus d'élaboration du projet stratégique Trust together qui sera présenté au conseil administration du groupe le 2 novembre prochain. Reprenant un certain nombre d'éléments du plan Perform 2020 de son prédécesseur, Alexandre de Juniac, ce projet va tenter de relancer un groupe à la fois déchiré sur le plan social (même s'il est toujours bénéficiaire), et fragilisé par une compétitivité inférieure à celle de ses concurrents au moment où l'environnement se dégrade du fait du recul continu de la recette unitaire.

Des axes stratégiques à trancher

«Trust together a deux objectifs, a expliqué ce mercredi Jean-Marc Janaillac à Shanghai, en marge de la cérémonie anniversaire des 50 ans de présence d'Air France en Chine. Il définira tout d'abord une vision stratégique et déterminera les objectifs à atteindre pour devenir ce que groupe veut être dans les 10 ans qui viennent. Ce projet va éclaircir un certain nombre de points sur des axes qui doivent être tranchés», a-t-il ajouté en citant le rôle d'Air France et de KLM par rapport au groupe, celui du low-cost moyen-courrier au sein d'Air France-KLM, les moyens à utiliser pour faire du point-à-point et alimenter les hubs, la stratégie à suivre dans le low-cost long-courrier, le cargo, la maintenance, en termes d'alliances sur le long-courrier, ou encore la relation client ...

Comme son son intitulé l'indique, le deuxième objectif de ce plan «est de recréer un climat de confiance». «Au cours des deux dernières années, il y a eu une perte de confiance entre les catégories professionnelles chez Air France, entre certaines catégories et le management et la direction générale, et entre Air France et KLM», a constaté le nouveau PDG.

 "La stratégie n'a pas été perçue comme suffisamment claire"

Le projet stratégique est donc censé apporter des réponses sur tous ces points. S'il rejette l'idée souvent répandue parmi les syndicats d'une absence de stratégie au sein d'Air France au cours des dernières années, le nouveau PDG explique néanmoins que «la majorité de mes interlocuteurs considèrent que la stratégie d'Air France n'a pas était perçue comme suffisamment claire au cours des 10 dernières années.»

Après la grève des pilotes en juin et celle des personnels navigants commerciaux fin juillet, Jean-Marc Janaillac veut que les négociations sociales avec les navigants prennent en compte le contenu de son projet stratégique. Il veut donc prolonger l'accord collectif des personnels navigants commerciaux (PNC), qui court jusqu'au 31 octobre, jusqu'en janvier ou février, le temps de négocier un nouvel accord qui détermine les conditions de travail et de rémunération des PNC. Il souhaite négocier dans le même temps avec les pilotes. Ainsi, la mise en place en juin de mesures d'économies non réalisées par les pilotes entre 2012 et 2014 reste toujours suspendue.

La difficulté de partager le constat

«Il faut définir un schéma dans lequel nous nous mettons d'accord sur la situation actuelle et sur celle que nous voulons atteindre au cours des prochaines années, puis essayer de définir le chemin pour y arriver», a expliqué Jean-Marc Janaillac qui ne se considère pas comme « l'homme providentiel».

Pour autant, si un terrain d'entente peut être trouvé avec les syndicats sur le point d'arrivée, le point de départ promet à nouveau des débats enflammés. Car jusqu'ici, le constat de la situation de la compagnie n'a jamais été partagé entre la direction et les syndicats. Pour plusieurs d'entre eux, les bons résultats d'Air France et d'Air France-KLM aujourd'hui ne nécessitent pas de demander de nouveaux efforts aux salariés qui en ont déjà fournis beaucoup lors du plan Transform entre 2012 et 2014. A leurs yeux, le manque de compétitivité d'Air France provient uniquement du coût du travail élevé en France et d'une taxation du transport aérien plus forte dans l'Hexagone qu'ailleurs en Europe.

Compétitivité

Si Jean-Marc Janaillac reconnaît «clairement» qu'Air France paierait moins de taxes et de charges sociales si elle était implantée aux Pays-Bas ou en Allemagne, il estime néanmoins que l'écart de compétitivité d'Air France avec ses concurrents s'explique aussi par des « facteurs de coûts et de productivité dans certaines fonctions » de l'entreprise.

L'équation économique et financière d'Air France et d'Air France-KLM, elle, reste inchangée malgré le retour dans le vert en 2015 de la compagnie française après 2,5 milliards d'euros de pertes cumulées au cours des six années précédentes). Si Air France va mieux, la compagnie sera à nouveau fragilisée en cas de remontée du prix du baril. Par ailleurs, malgré son désendettement de plus de deux milliards d'euros depuis 2012, la pression de la dette ne laisse pas beaucoup de marges de manœuvres pour financer un plan offensif marqué par une croissance de l'offre comme le souhaite Jean-Marc Janaillac.

 «Il va falloir investir des milliards de dollars pour financer des achats d'avions au cours des trois prochaines années. Aujourd'hui, avec nos ressources, nous ne pouvons pas le faire. Je ne suis pas certain en effet que ce soit partagé par tout le monde.»

Situation dégradée

Les décisions à prendre interviennent dans un contexte difficile.

«Le premier trimestre avait été extrêmement positif avec une baisse de la recette unitaire très inférieure à celle du coût unitaire, laquelle n'était pas uniquement la conséquence de la baisse du prix du pétrole. Depuis, il n'y a pas eu beaucoup d'évolution sur les coûts tandis que la baisse de la recette unitaire s'est accélérée au deuxième trimestre et va sans doute s'accélérer à nouveau au troisième trimestre», a indiqué Jean-Marc Janaillac.

Ceci en raison de la faible croissance économique au niveau mondial, d'une surcapacité très importante, notamment sur l'Atlantique Nord et l'Asie et d'une moindre attractivité de la France à cause des attentats. Conséquence : «Air France dégagera une marge opérationnelle positive en 2016, mais nous ne serons pas sur notre budget», a fait valoir le PDG d'Air France, Frédéric Gagey.

Changer d'approche

Il faudra donc aller vite mais les marges de manœuvres sont réduites. Pour un analyste, l'annonce de mesures offensives pourraient, peut-être, entraîner les syndicats. «Lancer une low-cost long-courrier permettrait par exemple de montrer aux salariés qu'Air France prend des risques et qu'elle n'est plus suiviste. Utiliser davantage les données des clients pour générer de nouvelles recettes peut par ailleurs montrer que la direction ne sera pas uniquement focalisée sur les coûts contrairement à ce qu'elle a pu montrer jusqu'ici.»

Justement, Jean-Marc Janaillac veut investir sur ce point. «Nous devons faire un pas en avant supplémentaire par rapport à nos concurrents dans le domaine de la gestion de la relation client (CRM). Nous disposons d'un grand nombre de données sur nos clients et en faisant des efforts et des investissements supplémentaires, nous devons être capable de proposer une offre de services personnalisés (que personne ne fait aujourd'hui) à laquelle les clients n'avaient pas forcément pensé.»

On n'en est pas là. Pour l'heure, les syndicats qui seront associés à la réflexion sur les grands sujets stratégiques à trancher, seront auditionnés d'ici à novembre par le Boston Consulting Group (BCG).

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/09/2016 à 11:39 :
Il veux pas encore s'augmenter son salaire ....???
a écrit le 13/09/2016 à 5:00 :
L'approche de Janaillac est bonne quand il s'agit de créer un climat de confiance. AF n'a pas d'autres choix de reposer sur ses salariés pour innover et grandir. La question est de savoir s'il est lui-même capable d'imposer un modèle encourageant l'innovation et l'excellence dans la relation-client..et pas seulement de la valeur aux actionnaires (sinon AF va encore se retrouver dans la situation où elle est aujourd'hui). Peu d'entreprises traditionnelles savent le faire. IAG, LH ou Ryanair brillent par leur manque d'innovation, alors que Norwegian met l'accent sur l'innovation...même si elle pourrait aller beaucoup plus loin.
a écrit le 12/09/2016 à 14:04 :
Pour une Fusion : Air France S.N.C.F. On s'en fout !!! de ces deux Grevistes olympiques, pourris-gatés.A.F n'a plus les moyens de renouveler sa flotte, qu'elle la prolonge de 25 ans, on s'en fout. Trop risqué d'acheter des Billets de greve. Certains avion de l'armée de l'air ont 60 ans.A.F ET S.N.C.F feront ainsi leurs grèves ensemble.
a écrit le 12/09/2016 à 1:19 :
il faut espérer que le PDG d'AF saura sensibiliser les syndicats sur la nécessité d'accepter des efforts et des compromis... Autant dire que ce n'est pas gagné, tant leur dogmatisme semble profondément ancré. La PanAm a disparu, et Air France pourrait également bientôt disparaitre, et qui paiera l'ardoise ?
Tout se passe comme si les syndicaliste AF se croyaient encore au milieu du 20ème siècle, mais nous sommes en 2016 !
Vivre avec son temps ou disparaître, telle est l'alternative qui se pose.
a écrit le 09/09/2016 à 12:54 :
AhAh.. une Low Cost long courrier... Et même on l'appelerait Aeromaritime... Merci aux incapables qui ont dirigé AF depuis 1990
Réponse de le 12/09/2016 à 1:26 :
ah bon... pour vous, une low cost long courrier n'est pas réaliste ? Norvegian est une utopie ? Air asia aussi ?
Ouvrez donc les yeux !!
a écrit le 08/09/2016 à 17:52 :
Heureuseusement que son expérience à la SNCM l'a vacciné des syndicats.. ceux ci ont quand même réussi à couler la boite : espérons qu'ils n'y arriveront pas pour AF !!!
Ceci dit, les faits sont tétus :
- le carburant est au plus bas, et le prix du kérosène ne peut QUE remonter.
- le groupe est dans le vert, mais "limite", et en plus, des investissements lourds sont à prévoir : les comptes replongeront vite dans le rouge !!!
Que les syndicats expliquent que les charges et fiscalités sont plus lourdes que dans le reste de l'Europe, c'est très bien, personne ne le conteste ... mais qui décident des taux de charges, si ce n'est les partenaires sociaux... donc les syndicats eux-mêmes ? Ils sont quand même sacrément schyzophrènes !
Persopnnellement, je milite pour qu'un taux de charge social patronal et un taux d'IS pour toutes les sociétés européennes soient appliqué : que les syndicats fassent de même ! Que les candidats à la présidentielle fassent de même ...
Mais attention : les européens ne s'aligneront pas sur les taux français !! ce sera plutôt vers la moyenne des taux européens actuels que l'on pourra tendre !! ça, ça serait une forte évolution positive de l'Europe !
Réponse de le 08/09/2016 à 21:04 :
Vous avez raison de préciser que les syndicats ont leur part de responsabilité dans le niveau des charges sociales et surtout d'imputer ces charges sur les entreprises. Il faut les imputer sur la consommation d'énergie. Et dans ce cas, tout le monde est contre.
Réponse de le 10/09/2016 à 11:05 :
Merci pour ce post plein de lucidité.
a écrit le 08/09/2016 à 17:01 :
Cette 1ère présentation du projet Trust together n'est pas très claire :
- Faut-il trancher sur certains des axes stratégiques ? Dans ce cas JM Janaillac admet l'absence ou le manque de stratégie tout en disant qu'il rejette cette idée répandue parmi les syndicats.
- Dans quel sens va être articulé le projet : on rétablit la confiance et on construit ensemble une stratégie ? Ou on présente une stratégie tout en essayant de rétablir la confiance ?
- Compte tenu des enjeux concurrentiels, les pistes présentées par JM Janaillac comme les innovations marketing semblent "un peu" minces. On peut douter que celles ci puissent convaincre les salariés que l'entreprise n'est pas uniquement focalisée sur les coûts.
- Du côté du low cost, quand on voit les conflits sociaux générés par le court courrier transavia , on se demande comment un projet sur le long courrier pourra rétablir la confiance des salariés.
Réponse de le 08/09/2016 à 18:36 :
Vous voulez séparer "Stratégie" et "confiance" : la stratégie ne peut attendre. Comment peut-on imaginer rétablir la confiance (et comment?) sans avancer sur la stratégie, et ce; tout en se basant sur la réalité, c'est à dire une compétitivité très faible vis-à-vis des concurrents !!
Quand au moyen courrier, je vous rappelle que Ryanair existe, Vueling aussi, Easyjet aussi, etc !!! La question n'est donc plus : "faut-il développer des lignes low-costs pour préserver voire développer des parts de marché ?" mais plutôt "faut-il maintenir des liaisons Hop à plein tarif où les intégrer dans Transavia ?"
A cette dernière question, je donnerais un élément de réponse, par cette question : un navigant (PNT ou PNC) est-il mieux payé sur un appareil de 50 ou 70 sièges chez Hop, que sur un Boeing chez Transavia ?
a écrit le 08/09/2016 à 14:09 :
le seul pb de d'AF s'appelle Francois Hollande (connu comme "Hollande le salafiste")
Réponse de le 08/09/2016 à 15:16 :
je ne vois pas le rapport!
Réponse de le 08/09/2016 à 21:16 :
Je ne vois pas le rapport non plus ! Le plus grand problème d'Air France (et de la France), ce sont ses syndicats !
Réponse de le 09/09/2016 à 10:42 :
Le rapport réside peut-être dans la fusion de deux mots (rat et porc) pour qualifier Normal 1er :-)
a écrit le 08/09/2016 à 13:44 :
Il s'agit bien d'un problème lié à la compétitivité. Relisez ce paragraphe. Il concerne aussi la SNCF, Alstom, toute l'activité industrielle. Quand le comprendrons nous?
a écrit le 08/09/2016 à 13:41 :
L'Etat a une grande part de responsabilité : les charges sociales et les avantages sociaux sont beaucoup trop élevés, et ne permettent pas à la Compagnie de se mesurer à des concurrents plus agressifs.
Réponse de le 08/09/2016 à 17:32 :
Sans les charges sociales les ex-pilotes d'AF ne peuvent pas benificier le compensation maxi à €6750,00/moins de la caisse chomage, après leurs licenciements.
Réponse de le 08/09/2016 à 18:39 :
Ce n'est pas un problème propre aux compagnies aériennes, mais un problème de compétitivité des entreprises françaises dans leur ensemble...
Mais si les syndicats soulignent ce problème de charges pour se défausser sur l'Etat et refuser tout effort des salariés, ils devraient se souvenir que les niveaux de charges sont déterminer par ... les partenaires sociaux !! (donc par eux-mêmes !)
a écrit le 08/09/2016 à 13:29 :
Le problème de tous ces énarques, c'est qu'ils ont l'impression d'avoir la science infuse et qu'en réalité, ils ne connaissent rien aux choses de la vie oridinaire. Air France-KLM va donc se retrouver avec un "monsieur je sais tout" qui va se planter comme les autres :-)
a écrit le 08/09/2016 à 13:29 :
Encore une fois , les seuls gagnants sont les cabinets de consultants . Il serait intéressant de décompter combien AF a ainsi dépensé depuis les années 90 avec Attali et Blanc jusqu'à nos jours 2017 . Et de comparer celà à ce qu'ils ont fait gagner à AF
Les splendides bénéfices du début des années 90 venaient presqu'uniquement des couvertures pétroles qui ont après 2008 provoqué d'aussi splendides pertes .

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :