Comment faire de l'aérien un "business" pérenne ?

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(Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Les compagnies aériennes européennes demandent aux différentes parties prenantes une baisse des charges et des conditions de concurrence équitable avec certains pays. Mais, elles ne peuvent faire l'impasse à de baisses significatives de coûts pour améliorer leur compétitivité. "Comment rentabiliser le transport aérien de manière pérenne" sera l'un des débats du Paris Air Forum (organisé par La Tribune) qui se tiendra le 21 juin auquel participeront Frédéric Gagey, PDG d'Air France, Marc Rochet, président du directoire d'Air Caraïbes et président de French Blue, et Erick Derivry, président du SNPL ALPA.

Comment faire pour qu'une compagnie aérienne européenne soit rentable de manière pérenne ? Qu'elle puisse non seulement croiser le fer avec des concurrents toujours plus nombreux et toujours plus solides, et encaisser, sans se mettre en danger, des chocs externes aussi violents que des actes terroristes, des crises sanitaires ou une nouvelle flambée du prix du pétrole ? Qu'elle puisse résister aux déséquilibres de compétitivité qu'entrainent les différences salariales et fiscales entre les pays, ainsi que les aides publiques de certains Etats? Autrement dit comment faire pour que les compagnies européennes ne soient pas mortelles?

La question vaut certes pour tous les secteurs d'activité, mais elle prend une acuité particulière dans le transport aérien, l'un des secteurs les plus concurrentiels de la planète qui, pris dans sa globalité, a toujours détruit de la valeur à l'exception de 2015. Et notamment en Europe, où les compagnies sont en pleine restructuration, en France en particulier, où elles sont très fragiles.

Profits

Certes, aujourd'hui, avec la chute du prix du baril, les compagnies qui avaient dû se dimensionner pour vivre avec un baril à plus de 100 dollars, affichent des rentabilités record. Mais cette accalmie ne fait que repousser la problématique. Etre rentable de manière pérenne pose la question de la compétitivité des compagnies aériennes et par conséquent celle du rôle des différentes parties prenantes (Etats, aéroports, navigation aériennes) pour baisser les charges du secteur mais aussi négocier les conditions de concurrence dites équitables avec certains pays tiers. Mais, elle pose aussi inévitablement la question de compétitivité intrinsèque des compagnies qui ont la main sur un grand nombre de leviers comme l'innovation, la flotte, les coûts du personnel...

Baisse des coûts

Avec la tendance à la baisse structurelle des prix des billets, une baisse des coûts significative est indispensable. Toutes les compagnies les plus rentables disposent d'une structure de coûts légère et d'une productivité du personnel élevée que permettent leurs accords d'entreprise. Soit parce qu'elles les ont remis à plat, soit, dans le cas des low-cost, leur jeunesse leur a permis de partir d'une feuille blanche et d'éviter d'appliquer des règles d'un autre âge inadaptées au monde d'aujourd'hui.

Chapitre XI

Repartir à zéro est quasi impossible pour une compagnie historique. Aux Etats-Unis, c'est l'efficacité du chapitre XI sur la loi américaine sur les faillites qui l'a rendu possible. Quasiment toutes les compagnies s'y sont placées entre 2002 et 2013. Elles sont aujourd'hui les plus rentables du monde et les salariés sont régulièrement augmentés. En Europe, un régime aussi favorable pour redécoller n'existe pas.

Surtout, le retour aux bénéfices des compagnies rend de facto impossible tout placement en redressement judiciaire. Aussi, est-il extrêmement difficile d'obtenir en Europe les mêmes restructurations, sauf à gagner son bras de fer social avec les syndicats. Pour l'heure, IAG y est parvenu avec ses filiales Iberia et British Airways. Lufthansa aussi avec Swiss et Austrian. Mais Air France-KLM s'y est cassé les dents avec Air France.

Austrian, Iberia, quand les restructurations d'hier permettent la croissance d'aujourd'hui

Repartir d'une feuille blanche

De nouveaux montages sont en train d'éclore au sein de certaines compagnies classiques européennes avec la création d'une filiale présentée comme low-cost partant d'une feuille sur le plan social. C'est ce que fait Lufthansa avec Eurowings, mais aussi le groupe Dubreuil avec French Blue, sa nouvelle compagnie à côté d'Air Caraïbes. Reste à voir si elles resteront des cas isolés ou si elles feront des émules, notamment chez les compagnies où toute réforme interne semble impossible.

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Commentaires
a écrit le 13/06/2016 à 19:43 :
Air France KLM se serait cassé les dents a essayer de restructurer Air France? L année dernière le groupe a posté près de 700 millions d Euros de profits, les résultats du premier trimestre 2016 laisse présager un exercice encore meilleur cette année. Le personnel a accepté la suppression de deux semaines de congés payés en sus d une décennie de quasi stagnation des salaires, et ce sans le moindre mouvement social. Ne devrions-nous pas plutôt saluer cette performance et pointer le principal problème: l exercice du droit de grève par une extrême minorité du personnel afin de maximiser ses gains au détriment de tous? Est-il éthique de faire grève au motif de vouloir gagner plus d argent lorsque l on fait déjà partie de la catégorie de personnel la mieux rémunérée? Le droit de grève ne devrait il pas être réformé afin d éviter ce genre de dérive?
a écrit le 13/06/2016 à 10:24 :
se placer sous le chapitre XI de la loi sur les faillites à permis aux compagnies américaines de devenir les plus rentables et les plus compétitives au monde : il faut donc créer l'équivalent chez nous ! Puisqu'on sait que c'est la solution...
Par contre, pour le bien des entreprises francaises, il ne faut surtout pas de statut spécifique au secteur aerien !
La question se pose avec plus d'acuité pour ce secteur : c'est surtout que cela est plus visible... quid des secteurs de l'automobile ? du tourisme ? de l'energie? de l'armement ? de l'acier ? de l'hotellerie ? de la construction navale ? de la pharmacie ? etc... tous ces secteurs affrontent une concurrence mondiale : simplement leurs salariés n'ont-ils pas la capacité de prendre en otage tout le pays !!?!
C'est donc bien la compétitivité de l'ensemble de l'économie francaise qu'il faut revoir et faire progresser...

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