Covid-19 : virage sur l'aile pour Bruxelles qui va mettre fin aux "vols fantômes"

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(Crédits : Philippe Garcia Aéroport Toulouse-Blagnac)
Souhaitant initialement mesurer l'impact de la crise du coronavirus sur le trafic aérien avant de répondre aux demandes des compagnies aériennes de suspendre les règles d'utilisation des créneaux de décollage et d'atterrissage qui les poussent à voler avec peu de passagers, la Commission européenne a annoncé qu'elle allait légiférer en ce sens.

Les demandes des compagnies aériennes ont été entendues. La Commission européenne va suspendre les règles d'utilisation des créneaux horaires de décollage et d'atterrissage sur les aéroports congestionnés, qui obligent les compagnies aériennes à utiliser leurs créneaux à hauteur de 80% au minimum au cours d'une saison sous peine de les perdre la saison suivante. Cette règle du "droit du grand-père", également appelée règle du "use-it-or-lose-it", pousse les compagnies à voler à vide pour ne pas perdre cet actif précieux. Une modification du règlement sur les créneaux sera proposée prochainement au Parlement européen et devra être approuvée par ce dernier et le Conseil européen.

Moratoire jusqu'à fin juin?

« Afin de contribuer à réduire les effets de l'épidémie, la Commission européenne va proposer une législation ciblée pour lever temporairement l'obligation pour les compagnies aériennes d'utilisation des créneaux horaires en vertu du droit de l'UE », a indiqué la Commission.


« Cette mesure temporaire permettra aux compagnies aériennes d'adapter leur capacité, compte tenu de la baisse de la demande provoquée par l'épidémie. En l'absence d'une telle mesure, les compagnies aériennes devraient continuer à assurer les vols, même presque à vide, afin de conserver leurs créneaux horaires actuels dans les aéroports de l'UE. Cela aurait des conséquences négatives tant sur le plan économique que sur le plan environnemental. Compte tenu de l'urgence, la Commission présentera en temps utile une proposition législative et invite le Parlement européen et le Conseil à adopter rapidement cette mesure dans le cadre de la procédure de codécision », a déclaré Adina Vălean, commissaire aux transports.

Ce lundi, l'EUACA, l'Association des gestionnaires européens des créneaux aéroportuaires, a suggéré un moratoire de la règle du "use-it-or-lose-it" jusqu'à fin juin avec la possibilité de la prolonger si la crise perdurait.

Virage à 180°

La décision de l'UE constitue un virage à 180° par rapport au discours tenu jusque-là par la Commission. Dans nos colonnes en effet, Filip Cornelis, directeur Aviation à la DG Move, responsable de la politique de l'Union européenne pour la mobilité et les transports, indiquait vouloir attendre de connaître l'impact réel du Covid-19 sur le trafic pour prendre la décision.

"Les compagnies aériennes nous sollicitent surtout pour la saison d'été [fin mars-fin octobre, Ndlr]. Nous avons déjà pris de telles mesures dans le passé. Mais il faut reconnaître que le processus est compliqué car il nécessite l'accord du Parlement européen. Pour suspendre la règle des 80-20, l'impact pour les compagnies aériennes doit être important, or, aujourd'hui, il est impossible de dire quelle sera son ampleur au cours de la saison été. Peut-être sera-t-il important, peut-être pas, peut-être n'y en aura-t-il pas, personne ne sait. Nous allons donc demander aux compagnies aériennes de nous fournir des chiffres sur les réservations, les annulations déjà faites et planifiées, afin d'avoir une meilleure visibilité de l'impact réel », avait-il indiqué.

Lire ici : Covid-19 : suspendre le "droit du grand-père" des compagnies aériennes ? Pas si simple, dit l'UE

Mais, depuis, la crise s'est amplifiée. Elle touche tous les marchés. Et les mesures de baisse de capacités prises par les compagnies aériennes dans toutes les régions du monde sont sans précédent. En outre, la médiatisation des vols à vide et l'incompréhension légitime qu'elle a suscitée a également poussé Bruxelles à accélérer son calendrier.

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Commentaires
a écrit le 11/03/2020 à 10:12 :
Tiens, ils ont lu ma contribution du 9 mars, à Bruxelles 😜
a écrit le 11/03/2020 à 8:55 :
"de suspendre les règles d'utilisation des créneaux de décollage et d'atterrissage qui les poussent à voler avec peu de passagers"

Merci infiniment, je ne comprenais pas où ils voulaient en venir je ne pensais pas que l'UE poussait aussi le secteur aéronautique à polluer pour rien sachant que déjà elle subventionne le gaspillage massif de l'eau via l'agro-industrie et ça ne doit pas être les seuls dysfonctionnements.

La vache... -_-
a écrit le 10/03/2020 à 22:21 :
C'est presque l'effet du flygskam, honte de prendre l'avion, ils volent mais avec presque personne dedans (le bilan passager CO2 kilomètre devient désastreux, pire quand y a pas de passager du tout (du fret quand même ??)).
Étrange règle (ça me fait penser aux crédits de recherche, l'argent disponible une année, pas totalement dépensé le 31 décembre, ça sera moins pour l'année suivante, mais surtout pas moyen de répartir une grosse dépense sur plusieurs années).
Clause du grand père, yield managment, c'est alambiqué les règles de l'aviation.
a écrit le 10/03/2020 à 21:07 :
On voit là toute la lourdeur administrative et la dangerosité des institutions européennes.
1 mois pour évoquer le sujet et réfléchit désormais à jusqu’à quand l’étendre, faudra t’il 6 mois pour appliquer la décision ? Imaginez un sujet encore plus majeur que des simples vols ?

Une efficacité serait :
1. Faire une déclaration que le temps que le texte soit légalement adopté de stopper ces vols fantômes, qu’une rétroactivité serait appliqué à partir d’aujourd’hui.
2. De statuer dès maintenant sur une date Minimale quitte à prendre le temps de l’étendre par la suite.

Cette Europe me rend fou.
a écrit le 10/03/2020 à 20:35 :
On voit là toute la lourdeur administrative et la dangerosité des institutions européennes.
1 mois pour évoquer le sujet et réfléchit désormais à jusqu’à quand l’étendre, faudra t’il 6 mois pour appliquer la décision ? Imaginez un sujet encore plus majeur que des simples vols ?

Une efficacité serait :
1. Faire une déclaration que le temps que le texte soit légalement adopté de stopper ces vols fantômes, qu’une rétroactivité serait appliqué à partir d’aujourd’hui.
2. De statuer dès maintenant sur une date Minimale quitte à prendre le temps de l’étendre par la suite.

Cette Europe me rend fou.

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