IAG (British Airways) prêt à racheter la low-cost Norwegian : Air France sous pression

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Le groupe anglo-espagnol IAG a indiqué, ce jeudi, envisager une possible offre de rachat de la compagnie aérienne à bas coûts norvégienne, troisième low-cost en Europe.
Le groupe anglo-espagnol IAG a indiqué, ce jeudi, envisager une possible offre de rachat de la compagnie aérienne à bas coûts norvégienne, troisième low-cost en Europe. (Crédits : DR)
IAG, maison-mère de British Airways, Iberia, Aer Lingus, Vueling et de la marque low-cost long-courrier Level, a indiqué ce jeudi envisager une possible offre de rachat de la compagnie aérienne à bas coûts norvégienne.

Coup de tonnerre dans le ciel européen. Pendant qu'Air France s'enlise dans une grève qui va lui coûter très cher, son rival britannique IAG, maison-mère de British Airways, Iberia, Aer Lingus, Vueling et de la marque low-cost long-courrier Level, prépare avec beaucoup d'opportunisme un coup magistral sur le plan stratégique.

Le groupe anglo-espagnol, a indiqué ce jeudi envisager une possible offre de rachat de la compagnie aérienne à bas coûts norvégienne, troisième low-cost en Europe derrière Ryanair et Easyjet avec 144 avions et première low-cost long-courrier européenne. IAG a par ailleurs précisé avoir déjà acquis sur le marché 4,61% du capital de Norwegian. Le groupe a été obligé de sortir du bois après des révélations de presse dévoilant se projet.

Le cours de Bourse de Norwegian a bondi avant d'être suspendu

"L'investissement minoritaire est destiné à constituer une position afin d'entamer des discussions avec Norwegian, parmi lesquelles la possibilité d'une offre pour Norwegian", a expliqué IAG, en précisant que de telles discussions n'ont pas encore lieu et qu'aucune décision n'a été prise sur une offre.

Dans un communiqué distinct, Norwegian a dit avoir découvert jeudi non seulement l'intérêt de IAG, mais aussi sa prise de participation. Ces informations ont fait s'envoler le titre de Norwegian à la Bourse d'Oslo, qui a par la suite été suspendu. À la suspension à 09H36 GMT, il bondissait de 18,29% à 212 couronnes norvégiennes, ce qui valorisait la compagnie plus de 8 milliards de couronnes (850 millions d'euros).

Norwegian conforterait le poids de British Airways sur l'Atlantique Nord

S'il passait réellement à l'offensive, le groupe IAG ferait preuve d'opportunisme. La compagnie norvégienne n'est, en effet, pas au mieux actuellement. Le transporteur norvégien a perdu près de 300 millions de couronnes (près de 31 millions d'euros) l'an dernier après un bénéfice net de 1,14 milliard en 2016. En raison de sa croissance considérable, la compagnie est confrontée à des coûts de développement très élevés, alors que sa facture carburant a grimpé. La direction a averti que sa perte se creuserait au premier trimestre en raison du prix du carburant et de l'euro. Elle a récemment annoncé une augmentation de capital afin de lever 1,3 milliard de couronnes d'argent frais. Cette année, Norwegian doit recevoir 24 B737-800 ou MAX et 11 B787. Ses capacités vont augmenter de 40%.

« Sur le plan stratégique, cette opération est impressionnante, notamment sur le long-courrier. Spécialisée sur la desserte des États-Unis, Norwegian renforcerait les positions déjà très fortes de British Airways sur l'Amérique du Nord », explique Yan Derocles, analyste chez Oddo BHF.

Ayant obtenu le feu vert pour exploiter 153 routes intérieures et internationales en Argentine, Norwegian apporterait également un potentiel de croissance en Amérique du Sud, déjà bien couvert par Iberia.

IAG atteindrait immédiatement dans le low-cost long-courrier la taille qu'il comptait atteindre au bout de nombreuses années avec Level (30 avions). Aujourd'hui composée de 22 B787, la flotte de Norwegian doit en effet grimper à 32 appareils en fin d'année, avant l'arrivée des A321LR à partir de 2019. IAG, dont le directeur général Willie Walsh est convaincu du développement du low-cost long-courrier, prendrait ainsi un coup d'avance sur Lufthansa dont Eurowings ne compte qu'une grosse dizaine d'avions, et sur Air France-KLM qui hésite à se lancer sur ce marché.

Autre point positif. Avec cette éventuelle acquisition, IAG prendrait le contrôle d'une compagnie qui a déjà financé les frais de marketing pour se positionner sur le marché américain, et qui dispose d'une belle base de données de clients. Enfin, la flotte de B787 est aujourd'hui rodée. Quant à Level, IAG pourrait très bien la positionner sur d'autres axes, comme l'Asie.

Moins de synergies sur le moyen-courrier

Pour Yan Derocles, « les synergies sur le moyen-courrier sont moins évidentes entre Vueling, la compagnie low-cost de IAG qui exploite des Airbus et Norwegian qui opère des Boeing B737 ».

Pour autant, même si IAG a les moyens, l'opération sera coûteuse. Au-delà de la valeur en Bourse, IAG reprendrait également la dette (environ 2 milliards de dollars), et des investissements colossaux au cours des prochaines années pour financer les livraisons d'avions. En 2019, ils s'élèveront par exemple à 2,6 milliards de dollars.

Si IAG mettait la main sur Norwegian, IAG mettrait une sacrée pression sur ses concurrents, et notamment Air France-KLM qui reste pour l'heure à l'écart de la consolidation européenne, même si le groupe français va entrer au capital de Virgin Atlantic. Après la reprise d'Air Berlin en novembre par Lufthansa et Easyjet, Alitalia est amené à être reprise, probablement par morceaux. Lufthansa, Easyjet et la low-cost hongroise Wizzair serait sur les rangs selon l'agence Reuters.

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a écrit le 15/04/2018 à 1:51 :
IAG a compris que le seul moyen de se développer est de racheter ses rivales comme Vueling, Aer Lingus et peut-être Norwegian. Seul hic est l'équipe dirigeante de IAG qui, obsédée par les profits et les dividendes, ne cesse de descendre en gamme ses compagnies, que ce soit pour BA, Iberia ou Vueling. En termes de service à la clientèle, il font maintenant aussi bien (ou pire) que Ryanair.

J'espère que Norwegian ne se laissera pas racheter et trouvera des investisseurs sicnèrement intéressés à son développement à long terme. Ce serait dommage de voir cette compagnie qui a tant bousculé le marché pour devenir une compagnie ordinaire.
a écrit le 14/04/2018 à 19:29 :
je note que la dette du groupe Norwegian est de 2 milliards d’euro, pour un bénéfice net de 1.3 milliards en 2016 : en moins de 2 ans, Norwegian est donc capable de rembourser 100% de sa dette !
Je note également qu’en 2017, c’est dans l’investissement que Norwegian a placé son argent !
Enfin, je note que IAG continue de se développer…
Il serait bon pour AirFrance-KLM que le SNPL médite ces informations, et se pose la question de la situation de leur employeur en comparaison !!!
AF est-elle vraiment en mesure de placer son argent dans des augmentations de salaires (qui plus est dans des hausses de salaire pérennes alors que les recettes nécessaires ne le sont pas !)

Avant, il y avait les compagnies traditionnelles d’un côté et les compagnies low cost de l’autre.
Progressivement se constituent des groupes hybrides possédant des compagnies dans les deux types.
Ainsi LuftHansa possèdent des traditionnelles (Lufthansa, Swiss, Austria) et des Lowcosts (Eurowings, les activités AirBerlin, voire Brussels...)
Idem pour IAG (British Airways, Iberia, Aer lingus dans le 1e groupe et Level, Vueling et bientôt Norwegian dans le second)
... AirFrance-KLM reste encore en course pour l'instant dans le traditionnel, mais pêche dans le Lowcost avec Transavia et Joon ridiculement petits pour l'instant.
Ceci dit Easyjet, Ryanair et Wizz (pour ne citer que les principaux) n'ont aucune activité Long Courrier...
Un rapprochement AF-KLM avec l'une des 3 ci-dessus ferait sens, pas forcément en terme de capital d'ailleurs. Je me demande si un dépeçage d'Alitalia ne serait pas l'occasion pour AF-KLM et un partenaire (Wizz ou Easyjet) pour se retrouver avec un intérêt réciproque. Ceci nécessitant peut-être un appui capitalistique de Delta et/ou des partenaires chinois...
Réponse de le 15/04/2018 à 14:05 :
Selon les normes comptables internationales en vigueur, les coûts des contrats de location d'avions sur sept ans doivent être inclus dans la dette globale d'une entreprise.

Dans le cas d'Air France-KLM, qui loue 40 % de ses avions, cela fait passer sa dette de 4 milliards d'euros (2016) à 11 milliards d'euros (2017).

De quoi rendre très difficile et coûteux l'accès au crédit pour AF-KLM et contribuer à plomber son cours en Bourse.
a écrit le 14/04/2018 à 9:06 :
Néo-libéralisme stupide. A quoi bon se développer à tout va comme Norwegian pour ne pas gagner un euro de bénéfice et être obligé de se vendre ?!
a écrit le 13/04/2018 à 18:53 :
Le coup d'après c'est la reprise très partielle par British ou la Luft de ce qui restera de rentable dans le groupe AF/KLM (KLM bien sûr) et le "reste" connaîtra le sort de SwisAir/Sabena/Italia bientôt......etc......Les Anglais ou Allemands n'ont plus beaucoup à attendre........les seigneurs pilotes AF travaillent plus pour leurs futurs patrons que pour l'outil de travail et le pavillon dont ils se fichent comme de leur première casquette. Pour confirmer cette analyse il n'est qu'à voir la débacle pour les réservations actuelles et pour cet été....une petite hausse du kérozène et la perte 2018 sera le coup de grâce....ENFIN.
a écrit le 13/04/2018 à 13:40 :
Quoi vous voudriez dire que les britanniques ne sont pas en train de mourir de faim et de chasser les rats pour se nourrir avec une salade de pissenlits !?

Maintenant que le RU commence à se débarrasser discrètement du fléau financier il va pouvoir enfin de nouveau investir. Encore une bonne nouvelle pour les anglais qui chaque jour doivent être confortés d'être partie du consortium financier européen.

Vite un frexit.

Pendant que l'industrie et le commerce génèrent de l'économie, de la prospérité et de la croissance la finance les pille, il va bien falloir mettre un terme à cette dérive oligarchique un jour ou l'autre hein, merci.
a écrit le 13/04/2018 à 7:18 :
les directeurs de tous poils d’Air France, anciens fonctionnaires ou politiciens recyclés, pensent dans leurs bureaux
a écrit le 13/04/2018 à 6:12 :
Dommage ! Rend cette image encore plus ternie de la France à l'étranger ! Air France, ancien fleuron et aujourd'hui synonyme de grèves à répétition, de stagnation et d'enlisements qui perd en compétition sur tout les fronts!!! En espérant qu'elle n'aura pas la même destinée que la compagnie Pan Am...???
a écrit le 13/04/2018 à 2:14 :
Ne vous faites pas de soucis pour Air France, en cas de problème, comme toujours, ce sera l'état, donc le contribuable qui résoudra le problème. Pourquoi les pilotes et les PNC se gêneraient-ils ? Air France ne devrait pas être considérée comme une vache sacrée parce que son nom comporte le mot France ; si la compagnie part en vrille, laissons là, d'autres la remplaceront.
Réponse de le 13/04/2018 à 11:18 :
Arrivera un jour où Fitch, S and P, Moody's commenceront à gratter tout le hors bilan de l'Etat (retraites des cheminots, sncf , areva , cades etc..)
Le jour où le QE de dragui qui ne sera plus en poste en 2019, s'arrêtera, les taux s'envoleront, et on ne pourra pas ponctionner ad vitam les salariés et les retraités pour renflouer une boîte en faillite.

On est au bout, comme en Grèce, on a du bol qu'on soit les numéros deux et qu'on ne nous dise rien sur les déficits, mais notre destinée , vue la future crise, est plus la Grèce que l'Allemagne.
Réponse de le 13/04/2018 à 20:24 :
@ pm

C'est désolant et triste à dire et à écrire mais vous avez parfaitement raison. Et de toute mon expérience pour sauver des entreprises, je ne vois vraiment rien qui me sort de mon chapeau de faux magicien pour réussir à concocter un quelconque plan de restructuration ou de sauvetage.

Je l'ai déjà dit sous un autre pseudonyme, vaut mieux liquider et investir ailleurs où les chances de survie, et de croissance, sont meilleures.

Je sais, je suis rabat-joie... mais vaut mieux être lucide et réaliste dans ce dossier lourd et fastidieux où les épisodes, année après année, avec ses faux rebondissements finissent tous par se ressembler et où on connait le dénouement final, coup après coup... et tout le monde s'endort.
a écrit le 12/04/2018 à 19:00 :
AF était dans la course avec la fusion avec KLM. AUjourd'hui, on a l'impression que l'initiative est vraiment chez LuFt et IAG qui ne cessent de croitre et d'étendre leurs réseaux.
Réponse de le 12/04/2018 à 20:40 :
Et le maillon faible dans la dites alliance (on dit ''alliance'' que pour la forme) entre Air France et KLM c'est... devinez qui ? Et oui..., Air France comme toujours... le poids lourd qui a de la difficulté à sortir de son lit le matin... que l'on doit ouvrir le toit et prendre la grue hydraulique pour essayer de le sortir du plumard... mais quelle honte nationale, une baudruche d'un autre temps, d'une autre époque.
Réponse de le 13/04/2018 à 8:21 :
C'est un peu vite oublier que AF a sauvé KLM il y a quelques années... en la rachetant et que du coup le terme "alliance" avait été utilisé pour désamorcer les craintes... néerlandaises ! Et que malgré les difficultés actuelles d'AF, KLM ne pourrait profiter seule des économies d'échelle que l'ensemble AF-KLM lui permettent, qui, additionnées à son modèle social favorable (législation, fiscalité), font d'elle le bon élève actuellement au sein du groupe AF-KLM. C'est aussi oublier qu'AF va prendre plus de 30% de Virgin Atlantique, là aussi pour conforter son avance sur l'Atlantique Nord aux côtés de Delta (co-entreprise sur l'Atlantique Nord). Et enfin c'est aussi oublier que la compagnie nationale met en place des alliances en Inde (Jet Airways) et en Chine (avec les compagnies membres de Skyteam), là où IAG est totalement absent centré qu'il est sur l'Atlantique. Bref... avec KLM puissante sur l'Afrique de l'Est et AF sur l'Afrique de l'Ouest, le maillage d'AF-KLM ne semble pas si faible que ça, sans nécessairement passer par des opérations capitalistiques hasardeuses (Norwegian perd de l'argent et est endettée).
Réponse de le 13/04/2018 à 13:05 :
@ @ugo Précision pas inutile: AF a "racheté" KLM... avec l'argent de KLM ! Et cette "alliance" avait pour but d'éviter que LES 2 compagnies disparaissent. Il n'empêche que dans le holding, KLM va toujours mieux qu'Air France... Et que si KLM avait sa liberté et taillait la route, l'avenir d'Air France se compterait... en mois. Tant que les employés n'auront pas compris que l'important c'est la dette; et que les prochaines années ne seront pas aussi favorables, il n'y aura pas grand chose à espérer. Surtout pour eux.
Réponse de le 13/04/2018 à 19:39 :
@ celui qui m'a répondu (@ Ugo)

Je sais que ma boutade n'était pas nécessairement très pro Air France, mais néanmoins, sur le fond, AF est une entreprise qui n'a pas les moyens et ni les ressources pour se renouveler et être compétitive.

Le marché d'Air France ce n'est ni la Russie, la Chine, l'Amérique du Nord ou le Japon... ce sont pour l'essentiel des vols européens ou vers les pays du Maghreb. Air France pour être, un tant soit peu compétitive, doit monter en gamme et baisser le prix de ses billets... ce qui n'est pas du tout une réalité envisageable.

Air France est encore en déficit de 1,5-2,5 milliards d'euros (et il faut voir quel est le niveau de magouille et de maquillage comptable qu'il y a dans ces chiffres)... et immanquablement dès qu'elle réussit à prendre quelques bouffées d'air... ce sont les dépenses d'opération qui augmentent. Et, faut-il encore le rappeler, la conjoncture économique actuelle ne peut pas durer.

Alors, qui voudrait acheter Air France ou même y investir, avec le cancer incurable qui la ronge ? C'est exactement le même scénario pour nombre d'entreprises qui, si on enlève la ''participation'' de l'État, feraient faillites demain matin.

La concurrence est tellement vive et radicale dans l'aérien qu'il faut avoir les reins très solides financièrement, une clientèle très fidèle, une gestion très serrée des coûts d'opération et des lignes de transport très lucratives.
a écrit le 12/04/2018 à 18:53 :
Logique. Avec son business plan qui ne tiendrait pas... la distance, ce n'est pas idiot de bouffer cet acteur. Ses commandes d'avions neufs pouvant parfaitement être redistribuées au profit d'autres plus lointaines faites par d'autres parties du holding. Par ailleurs, l'UK sortant de l'UE, qui viendra leur chercher des noises pour abus de position dominante sur L'Amérique du Sud ? Risque qu'Air France n'a pas pu prendre à l'époque. Bon commentaire sur la situation d'Air France; qui peut rappeler celle d'Iberia, avant l'acquisition par... IAG.

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