Janaillac prend les rênes d'Air France-KLM avec une grève sur le dos

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Jean-Marc Janaillac a officiellement pris ses fonctions de Pdg d'Air France-KLM lundi 4 juillet.
Jean-Marc Janaillac a officiellement pris ses fonctions de Pdg d'Air France-KLM lundi 4 juillet. (Crédits : Reuters)
Jean-Marc Janaillac a pris ses fonctions ce lundi. Après avoir négocié une trêve de 4 mois avec les pilotes, il est confronté à une menace de grève de 7 jours du 27 juillet au 2 août des hôtesses et stewards. Certains syndicats refusent la proposition d'accord de la direction.

Choisi début mai par le conseil d'administration d'Air France-KLM pour succéder à Alexandre de Juniac à la tête d'Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac a pris officiellement ses fonctions ce lundi 4 juillet. S'il a pris contact avec une partie des équipes, il est néanmoins dans le bain depuis quelques semaines déjà. Outre sa participation au conseil d'administration du groupe sur la stratégie, il est notamment intervenu dès le 21 juin pour éviter une deuxième grève des pilotes d'Air France en juin en proposant aux syndicats une trêve de 4 mois en contrepartie de la suspension de certaines mesures d'économies concernant les pilotes mises en place le 1er juin par le Pdg d'Air France, Frédéric Gagey.

Grève de 7 jours des PNC

Le ciel n'en est pas moins dégagé. Ceux qui pensaient que Jean-Marc Janaillac prendrait ses fonctions avec ce dossier déminé se sont trompés. Certains syndicats d'hôtesses et de stewards de la compagnie française menacent toujours de faire grève pendant 7 jours (reconductible) du 27 juillet au 2 août pour peser sur la renégociation de l'accord collectif PNC qui s'achève fin octobre.

Deux des trois syndicats représentatifs des personnels navigants commerciaux (PNC), le SNPNC et l'UNSA (l'UNAC n'a pas fait connaître sa position) refusent de signer l'accord de la direction proposé vendredi, lequel semblait pourtant favorable puisqu'il n'entraînait aucun gain de compétitivité pour l'entreprise par rapport au plan précédent.

Divergences sur la durée de l'accord

Alors qu'Air France affiche une compétitivité inférieure à celle de ses concurrents, la direction a en effet abandonné ses objectifs de hausse de 17% de la productivité des PNC envisagée l'an dernier. Elle propose aujourd'hui de reconduire dans sa quasi totalité l'accord actuel jusqu'à mars 2018. Conscientes que la « reconduction de l'accord constitue une grosse concession » selon les propos d'un syndicaliste, les organisations professionnelles refusent en revanche la durée de l'accord et demandent une reconduction de 5 ans de l'accord actuel, soit jusqu'à fin octobre... 2021.

"La durée de l'accord proposée par la direction prouve que ses intentions sont les mêmes. Elle ne fait que repousser le tas de sable. Les PNC font des efforts de productivité depuis 10 ans. Nous ne sommes plus prêts à faire des sacrifices", a expliqué ce lundi à La Tribune Christelle Auster, secrétaire générale adjointe du SNPNC, en rappelant qu'historiquement, à l'exception du plan Transform (2012-2014) les accords étaient signés pour une durée de 5 ans.

Ecart de compétitivité

Dans la mesure où la direction explique déjà que le contrat des PNC d'Air France est le plus avantageux du monde, il est peu probable que la revendication des syndicats soit entendue. Ni même celle d'une durée de 3 ans, comme l'espèrent secrètement les syndicats. La compagnie ne veut pas en effet se lier les mains pendant une période aussi longue alors qu'elle risque, vu les tensions sur les recettes unitaires et l'écart de compétitivité qui la sépare de ses concurrents, de se retrouver à nouveau en difficulté en cas de remontée demain du prix du baril. Déjà au deuxième trimestre, les cours ont progressé de 25% et les perspectives pour les prochaines semaines sont moins bonnes que celles de l'an dernier.

Si grève il y a pendant l'une des périodes les plus chargées de l'année reste à savoir si elle sera suivie par les hôtesses et stewards. Certains prédisent déjà un flop. Non seulement parce que l'accord comporte des avancées mais aussi parce qu'une telle grève bouleverserait les plannings des PNC et par conséquent les congés du mois août pour ceux qui ont prévu d'en prendre.

Le jeu du chat et de la souris avec les pilotes

Le refus des pilotes de solder le mesures du plan Transform puis celui, au printemps, de signer un accord sur de nouvelles mesures d'économies, n'est pas étranger à la position des syndicats PNC. Ces derniers attendent que les pilotes bougent tandis que les pilotes attendent de voir comment seront traités les PNC. Ce jeu du chat et de la souris peut durer encore longtemps. Difficile en effet imaginer aujourd'hui une issue favorable au bras de fer entre la direction et les syndicats de pilote d'Air France. Formulées lors de leur grève en juin, leurs revendications semblent impossibles à satisfaire.

Lire ici : Les revendications des pilotes se chiffrent en milliards

Les enjeux d'Air France n'ont pas disparu avec l'arrivée d'un nouveau Pdg à Air France-KLM. La compagnie ne sera en mesure de croître comme le demandent les syndicats que si sa base de coûts intrinsèque de la compagnie diminue. Le niveau des taxes sur le transport aérien français et des redevances aéroportuaires n'explique pas à lui seul l'écart de compétitivité avec les grands concurrents européens d'Air France.

Le défi de Jean-Marc Janaillac s'apparente à une mission impossible puisqu'il doit élaborer un projet socialement acceptable et économiquement viable pour Air France tout en mettant fin au clivage entre la compagnie française et KLM, où l'on ne cache plus son agacement face à la situation à Air France.

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a écrit le 06/07/2016 à 9:59 :
Bah AF-KLM préfère developer KLM (parce que les impôts sont trop chers en France) et ce malgré l'accord qui garanti que l'argent soit proportionnellement investit dans AF.
a écrit le 04/07/2016 à 16:59 :
Pour relancer l'UE, le gouvernement devrait proposer un statut de S.A. européenne, qui appliquerait des règles uniques pour tous les états de l'UE :
- un taux d'impôt sur les sociétés, basé sur la moyenne européenne;
- un taux de cotisations patronales unique : seul le taux salariale resterait à l'initiative des états;
Les compagnies seraient ainsi sur un pied d'égalité. De plus, l'UE serait en mesure d'exiger une équivalence pour autoriser la desserte des aéroports européens !
Ceci dit, les PNT et PNC ne seront plus en situation de prétendre travailler plus et etre moins bien traités...
a écrit le 04/07/2016 à 15:41 :
Promis la prochaine fois ce sera l'A380 qui fera un passage sur le dos !!
a écrit le 04/07/2016 à 15:23 :
Les syndicats Français commencent par une grève pour peser sur les négociations, donc ... avant même de négocier ! C'est pathétique!
La direction leur propose de ne rien changer, le temps que le nouveau PDG examine le dossier et les revendications, et ils crient à la dégradation de leurs conditions de travail !
La seule solution pour AF-KLM : développer les filiales libres de ces syndicats rétrogrades, (ie Transavia et KLM) et laisser crever les branches pourries !
Réponse de le 04/07/2016 à 22:53 :
Oh oui... bon courage...
Réponse de le 05/07/2016 à 1:59 :
oui
Réponse de le 05/07/2016 à 21:48 :
Développer les filiales libres de syndicat. AF avait une filiale libre de tout ca CITYJET, elle a préférée s'en débarrasser, alors qu'ils couraient 30% moins cher que Hop, et flexible comme le veut AF et pourtant. Bref parfois on se demande ce que souhaite vraiment AF. Ils payent l'achat du silence social des années précédentes. Bon courage à MR Janaillac.

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