La gratuité des transports, miracle ou mirage ?
Nicolas Prissette
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La ligne 1 du tramway de Montpellier.
© Henri Comte/Epicureans
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La ligne 1 du tramway de Montpellier.
© Henri Comte/Epicureans
Cette année, le père Noël passe un peu plus tôt à Montpellier. Le 21 décembre, à 19 heures, l'agglomération prévoit un immense cadeau pour ses habitants : les transports publics deviennent gratuits. Une promesse de campagne du maire socialiste Michaël Delafosse, qui ajoutera ainsi le nom de sa ville à la quarantaine de collectivités françaises accordant déjà un accès libre aux bus et tramways. La cité languedocienne - un demi-million d'âmes avec sa banlieue - deviendra donc la plus grande ville d'Europe à offrir ce service public, devant Tallinn, la capitale de l'Estonie.
Une bénédiction pour les voyageurs ? Un pari politique et financier colossal, surtout. Jusqu'à une période récente, la gratuité semblait un petit plaisir réservé aux villes moyennes, où le réseau est géographiquement limité. Se passer des ventes de tickets et de cartes d'abonnement y est supportable : ces recettes couvrent environ 11 % de la facture des transports dans les communes de moins de 100 000 habitants, selon un rapport du Sénat de 2019. Leur disparition peut être absorbée en piochant dans d'autres budgets ou en augmentant la taxe spécifique sur les entreprises, jusqu'à un plafond.
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Depuis que Colomiers (Haute-Garonne) a entamé dès 1971 le bal de la gratuité en France, l'idée a donc séduit des maires désireux de simplifier la vie de leurs administrés et de leurs agents municipaux. Dans la période récente, elle s'est transformée en promesse de campagne sociale et écologique, cette fois-ci dans des agglomérations peuplées. À Dunkerque, Patrice Vergriete (ex-PS) remporte la mairie en 2014 en brandissant l'étendard de la gratuité, avec une mise en œuvre en 2018. Devenu ministre délégué au Logement l'été dernier, il savoure depuis son bureau parisien ce qu'il vit encore comme un état de grâce, sondages à l'appui. « Nous avons augmenté la fréquentation de 125 % en cinq ans, un record du monde ! C'est la mesure la plus connue et la plus appréciée de toute l'histoire de la ville. » Pour la financer, il a jeté au panier le projet d'Arena de son prédécesseur. Un geste populaire et « vert » qui dissuaderait de prendre sa voiture ? Pas si simple... Certes, les études ont montré une hausse de la fréquentation des transports en commun dans les agglomérations concernées, mais aussi un impact limité sur la circulation automobile. La faute aux habitudes, à l'éloignement du lieu de travail ou à l'inexistence d'une desserte... « Le report modal de la voiture vers les transports publics n'est que de 1 à 2 % ; en revanche, il est de 2 à 4 % des piétons et de 5 à 7 % des cyclistes », souligne l'urbaniste Frédéric Héran, cité dans le rapport du Sénat.
Nicolas Prissette