Stratégie de vaccination : la DGS explique son plan

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Conférence de Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, le 7 décembre 2021.
Conférence de Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, le 7 décembre 2021. (Crédits : Reuters)
ENTRETIEN. La Direction générale de la Santé (DGS) répond aux questions de "La Tribune" sur la mise en œuvre et le pilotage du programme de vaccination des Français contre le coronavirus, à l'aube du lancement de cette opération d'une ampleur inédite en France. Un exposé nécessaire alors que beaucoup de questions notamment d'ordre logistiques se posent sur les vaccins concernés, leurs lieux de production, les conditions d'acheminement, la chaîne du froid, la hiérarchisation des publics bénéficiaires...

DOSSIER - La course aux vaccins

LA TRIBUNE - Quels vaccins seront utilisés en France, d'où viennent-ils et où sont-ils produits ?

DIRECTION GÉNÉRALE DE LA SANTÉ - La France utilisera les vaccins ayant fait l'objet d'accords de pré-achats au niveau de la Commission européenne dès lors qu'ils bénéficieront d'une autorisation de mise sur le marché.

Sur les six vaccins précommandés, quatre seront en partie produits en France, que ce soient les trois vaccins à ARN messager (BionTech-Pfizer, chez Delpharm en Eure-et-Loir ; Moderna chez Recipharm en Indre-et-Loire ; CureVac à Pau et dans l'Eure, ou le vaccin développé par Sanofi. Les autres vaccins seront développés sur le sol européen (Belgique, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne notamment).

En tant que hub routier et aéroportuaire, la Belgique, où se trouve le laboratoire Pfizer qui produit les premiers vaccins, sera-t-elle le principal centre névralgique européen tout au long de cette campagne de fabrication et d'acheminement de vaccins?

L'usine de production du vaccin de Pfizer/BioNTech se trouve à Puurs en Belgique. Compte tenu de la position géographique de la Belgique, elle sera le centre névralgique de la production et de l'acheminement de ce vaccin. Cependant, dès le printemps 2021, d'autres usines de production devraient venir s'ajouter à celle de Puurs. En outre, lorsque d'autres vaccins arriveront sur le marché de nouveaux lieux de production s'ajouteront.

Pouvez-vous détailler l'ensemble de la chaîne logistique entre les lieux de production et les pharmacies/médecins/hôpitaux.

Les vaccins de Pfizer sont à ce stade conditionnés en Belgique, sachant qu'un relais français pourrait intervenir au printemps.

Les doses sont acheminées par Pfizer et stockées au sein d'environ 6 plateformes logistiques et d'une centaine d'établissements de santé (un établissement par département). Au niveau de ces plates-formes et de ces établissements se trouvent des congélateurs maintenant à une température de -80°C les doses de vaccin.

Comme l'a rappelé le ministre Olivier Véran, deux circuits complémentaires seront mis en place pour plus de sécurité :

  • un circuit principal de distribution qui s'appuie sur les acteurs qui acheminent habituellement les médicaments, y compris les vaccins, vers les EHPAD ;
  • un second circuit qui s'appuiera sur une centaine d'établissements hospitaliers, notamment pour approvisionner les établissements pour personnes âgées qui sont adossés à ces hôpitaux.

Lors de cette première étape de la campagne, les relais locaux sont les officines et les pharmacies des établissements de santé (PUI). Dans les phases suivantes, le recours aux pharmacies d'officine sera encore développé.

Tous ces sites, plateformes et établissements de santé, existent, et emploient déjà des personnels qui travaillent pour la logistique santé. Elles fonctionneront à 90% comme elles le font au quotidien, avec toutefois une exigence supplémentaire de traitement d'un vaccin stocké à -80°C, ce qui est inhabituel.

Sur la question de la chaîne de commandement : qui a la responsabilité de cette organisation? Qui fait le choix des transitaires, qui pilote la chaîne multimodale et veille à l'optimisation des flux ? Qui va acheminer les vaccins dans les DOM TOM (compagnies aériennes, l'armée...?)?

L'organisation est sous la responsabilité du ministère de la Santé, qui s'appuie en particulier sur Santé Publique France, l'agence compétente en matière de logistique.

Les vaccins seront acheminés dans les DROM-COM par voie aérienne. Plusieurs flux sont prévus : par des vols militaires (qui ont d'ailleurs déjà préalablement permis la livraison des congélateurs), mais également par des compagnies aériennes et des transitaires. Presque toutes les compagnies françaises transporteront à un moment ou à un autre des vaccins ou des équipements pour vacciner.

Comment la sécurité de la marchandise (contre le vol, le terrorisme, la météo...) est-elle assurée tout au long de la chaîne de distribution?

Les forces de sécurité intérieure travaillent conjointement avec les acteurs de la santé (Agences régionales de santé, établissements, prestataires, transporteurs, pharmacies, etc.) à la sécurisation de la chaîne logistique dans le cadre de la mise en place de la campagne de vaccination contre la COVID-19.

La sécurisation des approvisionnements nécessite la prise en compte des différents risques (actes de délinquance ou de malveillance, attaques cyber, actions de militants anti-vaccins, etc.) et la mobilisation de tous les acteurs de la chaîne « santé » et de la chaîne « sécurité ».

Sous l'autorité des préfets, les forces de sécurité intérieure veilleront notamment à la sûreté des lieux de stockage et la sécurisation de la logistique et des transports les plus sensibles. Une gradation des dispositifs sera mise en place, de la vigilance particulière à la sécurité renforcée, selon la nature des transports et des risques associés.

Comment le vaccin est-il maintenu à la bonne température pendant sa fabrication et tout au long de la chaîne logistique jusqu'aux utilisateurs finaux ? Quels sont les vaccins les plus contraignants à ce titre ?

Les vaccins Pfizer/BioNTech sont envoyés dans des colis adaptés, appelés « Thermal Shipper » : ce sont des colis isothermes remplis de carboglace (dioxyde de carbone congelé), qui garantissent une température entre -76 et -80°C. De plus, une sonde mesure régulièrement la température effective dans l'alvéole où sont positionnés les flacons de vaccin. Ces données remontent dans le système d'information du laboratoire.

Les Ehpad et personnels soignants sont les premiers à être vaccinés. Quelles seront les prochaines catégories de population choisies, et quelles sont les contraintes de ces choix en termes de gestion de stocks et de flux? Comment se présente la planification, le calendrier, de cette campagne de vaccination?

La HAS (Haute Autorité de Santé) a établi un ordre de priorisation des personnes à vacciner :

En janvier/février, 1 million de personnes environ se verront offrir la possibilité d'être vaccinées lors de la première étape, à savoir les personnes âgées en EHPAD et les professionnels en établissements accueillant des personnes âgées et présentant un risque accru de forme grave ou de décès.

Puis, selon le calendrier effectif des autorisations de mise sur le marché et de livraisons des vaccins suivants, de Moderna et AstraZeneca, nous pourrons passer à la vaccination des publics prioritaires suivants, tels que définis par la HAS.

Les autorités sanitaires, avec la mise en place de l'étape 2, élargiront progressivement le spectre des personnes pouvant se faire vacciner aux plus de 75 ans, puis aux personnes âgées entre 65 et 74 ans et enfin les professionnels de santé et du médico-social âgés de 50 ans et plus et/ou présentant des comorbidités.

Une stratégie de vaccination élargie devrait ensuite commencer à partir du deuxième trimestre prochain, quand nous disposerons notamment du vaccin produit par Astra-Zeneca:

  • Personnes âgées de 50 à 64 ans;
  • Professionnels des secteurs essentiels au fonctionnement du pays en période épidémique (sécurité, éducation, alimentaire);
  • Personnes vulnérables et précaires et des professionnels qui les prennent en charge ;
  • Personnes vivant dans des hébergements confinés ou des lieux clos;
  • Reste de la population majeure.

Les contraintes sont celles liées pour le moment à la seule disponibilité du vaccin de PfizerBioNtech dont le mode de conservation (-80°C), le mode de transport (12h maximum) et d'utilisation (dans les 5 jours une fois décongelé) représentent des éléments majeurs à prendre en compte dans le déploiement de l'étape 2.

Combien va coûter cette campagne de vaccination : coût du vaccin, plateformes logistiques, matériels de transport, chaîne du froid, sécurité, supply chain numérique, personnels impliqués, pas seulement de santé, mais aussi les chauffeurs, pilotes, manutentionnaires...?

Le travail d'évaluation du coût du financement de la campagne vaccinale dans toutes ses dimensions est en cours. Nous ne sommes donc pas en mesure à ce stade de vous donner des chiffres consolidés.

Propos recueillis par Jérôme Cristiani

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Commentaires
a écrit le 01/01/2021 à 11:05 :
Il faut virer cet épouvantail!
Use jusqu’à la corde, il est le représentant de l incurie des services de santé français. Quand est-ce que la santé sera réorganisée en France pour devenir efficace? L’ hôpital comme la clinique sont sous performant, un personnel pléthorique mais jamais sur les bonnes activités. Du secrétariat partout, mais pas de soignants. Ça va finir par se voir !
a écrit le 30/12/2020 à 11:18 :
Voici ce qui se passera en 2021 en ce qui concerne la pandémie :
Les médias et les organisations élitistes continueront à gonfler les chiffres de l’infection pour effrayer le public, même si le taux de mortalité est si bas qu’il rend le taux d’infection insignifiant.

Il y aura alors une forte poussée pour exiger des passeports médicaux prouvant qu’une personne n’est pas infectée pour entrer dans un lieu public.
Cela signifie qu’il faudra se soumettre à une recherche de contacts 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 ou se faire administrer un nouveau vaccin chaque fois qu’on vous le demandera. Fondamentalement, votre vie sera sous le contrôle total des gouvernements des États ou du gouvernement fédéral si vous voulez avoir un semblant de retour à votre vie normale.

Si ce processus ne fonctionne pas et n’intimide pas suffisamment les gens pour qu’ils s’y plient, les gouvernements chercheront à offrir des chèques de relance ou une forme de revenu de base universel, mais uniquement pour les personnes qui acceptent de se soumettre à la recherche des cas-contacts via leur téléphone portable et de se faire vacciner.

De nouvelles mutations du COVID-19 seront désormais trouvées chaque année, ce qui signifie que le public devra constamment se faire vacciner et que la tyrannie médicale ne disparaîtra jamais à moins que les gens n’adoptent une position agressive.
A vous de choisir votre futur.
Réponse de le 31/12/2020 à 1:34 :
Sauf si les Français décident de tirer le câble qui les relit à cette société : internet et le smartphone.
a écrit le 30/12/2020 à 11:11 :
Ce monsieur Salomon quelque soit ses compétences n'est pas du tout crédible et le PB de la santé en France est surtout celui de sa bureaucratie.
a écrit le 30/12/2020 à 9:59 :
La France s'organise... administrativement, bureaucratiquement...en retard d'une guerre comme trop souvent !
a écrit le 30/12/2020 à 9:01 :
La vaccination ne vous concerne pas ? Vous n'avez pas envie de vous faire vaccinner ? Un sujet qui vous ennuie profondément même dont vous n'avez rien à faire parce que vous voyez arriver bien plus grave ? Et bien on va quand même vous en parler !

Beaucoup;, énormément même, sans arrêt... Pitié arrêtez !

Aliénant, heureusement que les gens sont moins idiots que ne le pense la classe dirigeante, c'est l'avantage que celle-ci soit tombée au plus basn iveau intellectuelle, elle parle toute seule en ce moment hein, et ce n'est pas énervant c'est inquiétant vu qu'ils nous ont mit un comptable à la barre au lieu de nous y mettre enfin un capitaine.

Quelle imposture notre société quand même hein.
a écrit le 30/12/2020 à 7:45 :
J'ai la faiblesse de croire que les couacs, approximations, mensonges de l'Etat, en premier lieu ceux de son chef et sa cour de séides, ne sont pas uniquement le fruit du hasard ni de l'incompétence. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la gale ... ou qu'il est incompétent. Ce mouvement de décrédibilisation est entamé depuis longtemps, Macron est là pour apporter la touche finale. Entamé sur le long terme, et jamais interrompu par un gouvernement, tout laisse à penser que cela participe d'un plan beaucoup plus global, et dont l'enjeu est capital.
Réponse de le 30/12/2020 à 8:30 :
Non seulement les entreprises françaises sont paralysées par le carcan administratif, mais les services public eux-même se retrouvent empêtrés dans ce filet qui détruit notre productivité. Après le pays des lumières, le pays des illuminés...
a écrit le 30/12/2020 à 6:52 :
la honte du monde
nos ministres et haute autorité ont peur , la trouille la lâcheté de se faire vacciné
la morale le mensonge quotidien dont nous bassine chaque jour
pas de problème mais dire les memes donnes que santé publique france en est une autre depuis le debut jamais les chiffres publier par les autorité ont correspondu avec celle de l'agence
et voila la vaccination qui prend le meme depart que les masques et tout cela
pour une reforme de l'état que le president ne veut pas réaliser
et qui se tient a sa reforme des retraites a ce jour et demain inutile
sans reforme profonde le l'etat
a écrit le 30/12/2020 à 4:32 :
Paradoxe supreme pour un etat plus centralisateur "tu meurs", d'avoir une organisation aussi foutraque. Comme en 40, et autres dates magnifiques du "savoir faire" francais.
Rien ne changera jamais, au pays de Descartes.....
a écrit le 29/12/2020 à 22:18 :
Que l'on réfléchisse à la logistique, rien de plus normal. Il faut effectivement acheter quelques congélateurs (coût 15 à 20 000 euros pièce), et transporter les vaccins dans de la neige carbonique (fournie par Pfizer)... Cela paraît moins compliqué que d'aller sur la Lune!

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