Taux bas, poids de la dette et entreprises "zombies" : la BRI met en garde

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L'endettement des pays émergents a doublé entre 2007 et fin 2016 pour atteindre 11.700 milliards de dollars.
L'endettement des pays émergents a doublé entre 2007 et fin 2016 pour atteindre 11.700 milliards de dollars. (Crédits : TOBY MELVILLE)
Après la crise financière de 2008, "le désendettement n'a pas vraiment eu lieu", souligne le rapport trimestriel de la Banque des règlements internationaux. Profitant des taux bas, entreprises et États ont largement emprunté sur les marchés, avec le risque de ne plus pouvoir couvrir les intérêts de leur dette en cas de remontée des taux, souligne celle qui est considérée comme la banque centrale des banques centrales

Le "piège de la dette" est-il en train de se refermer sur les entreprises ? Il est déjà trop tard pour certaines, a alerté dimanche la Banque des règlements internationaux (BRI), estimant que la hausse du pourcentage d'entreprises ne pouvant plus en couvrir le service "n'est pas de bon augure", à l'occasion de la publication du rapport trimestriel de cette institution, considérée comme la banque centrale des banques centrales.

Après la crise financière de 2008, "le désendettement n'a pas vraiment eu lieu", a affirmé Claudio Borio, le chef du département monétaire et économique de la BRI, Dans un contexte de "facteurs favorables" qui incitent les marchés à la prise de risque, la BRI constate que "les niveaux de la dette mondiale en proportion du PIB ont continué d'augmenter", avec une dette publique qui a pris le relais là où la dette privée avait diminué.

Crainte sur une remontée trop brutale des taux

L'endettement des pays émergents a doublé entre 2007 et fin 2016 pour atteindre 11.700 milliards de dollars. Sur la période, cet endettement est passé d'un ratio de 41% du produit intérieur brut (PIB) à 51%. Le rapport de la BRI contient également une étude disant que l'endettement mondial était peut-être sous-évalué de quelque 13.000 milliards de dollars parce que les pratiques comptables traditionnelles ne prennent pas en compte les produits dérivés sur le marché des changes utilisés en guise de couverture pour le commerce international et les obligations en devises étrangères.

Des entreprises lourdement endettées, qui bénéficient actuellement de taux bas pour se financer sur les marchés, pourraient ainsi se retrouver en difficulté si les banques centrales décidaient de resserrer leur politique monétaire. L'endettement collectif des entreprises américaines est bien plus élevé qu'avant la crise financière de 2007-2009 et une chute des primes demandée par les investisseurs pour des prêts plus risqués a dopé la vente d'obligations dites à contrats allégés, qui offrent des rendements élevés.

Les indicateurs avancés signalent des difficultés, notamment parce que les ratios du service de la dette "ne sont faibles que parce que les taux d'intérêt ont fortement baissé", explique-t-il et de souligner l'existence "une forme de circularité risquant d'aboutir à un piège de la dette".

"Dans ce contexte, l'augmentation du pourcentage d'entreprises dont les bénéfices ne peuvent couvrir le service de la dette (ndlr: les entreprises dites "zombies") n'est pas de bon augure", a-t-il assuré.

L'inflation modérée, question à "1.000 milliards de dollars"

La BRI s'interroge sur la possibilité d'une nouvelle crise en cas de remontée significative des taux. L'institution prône le retour progressif à des taux plus élevés alors que les banques centrales hésitent à donner un tour de vis monétaire en raison du bas niveau de l'inflation. "On a l'impression d'être dans 'En attendant Godot'", note Claudio Borio.

Quant à l'inflation, le responsable de la BRI se pose "une question à 1.000 milliards de dollars" en se demandant pourquoi "reste-t-elle résolument si faible, alors que les économies approchent ou dépassent les estimations de plein emploi et les banques centrales déploient des efforts sans précédent pour la soutenir?"

"Il est préoccupant que personne n'en connaisse véritablement la réponse", admet Claudio Borio, qui a vu que les craintes d'un "resserrement concomitant des politiques monétaires" se sont éloignées en juin, les salaires n'ayant pas augmenté et l'inflation "s'étant même plutôt affaiblie".

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 20/09/2017 à 14:15 :
Les analystes se posent des questions en observant la situation par comparaison avec les idéologies économiques dépassées.
Forcement ils comprennent pas !
Faudrait arrêter de croire à des modèles de type keynésien ou autres qui ne valent plus rien de nos jours !
a écrit le 19/09/2017 à 9:59 :
L’image de « en attendant Godot » n’est déjà plus la bonne. Ce n’est pas de l’attente, mais de la paralysie.
Avec une dette de 13 000 milliards de dollars au moindre point de hausse obligataire….
Le dosage va être extrêmement fin et un peu de régulation et de reprise en main du système financier ne ferait pas de mal.
a écrit le 18/09/2017 à 15:01 :
Ce qui est préoccupant est que la BRI n'ose pas donné son analyse sur le sujet.

Il y a une bonne inflation, celle de l'augmentation des prix des produits qui permet l'augmentation des marges des entreprises.

Il y a une mauvaise inflation, celle qui provient de l'augmentation des salaires qui rognent les marges des entreprises.

La mondialisation est la cause d'un immense transfert de revenus salariés entre les pays socialement avancés et les pays à bas coût salariaux, écologiques et sociaux.

L'inflation qui importe à la BCE et à la FED est l'inflation des pays développés des zones dollars et euros. Ce sont dans ces zones que l'on constate l'appauvrissement accéléré des classes moyennes dû à la fois aux délocalisations, transferts de savoir-faire et de technologies et de salaires quoiqu'en disent les idéologues libéraux.
a écrit le 18/09/2017 à 13:33 :
Situation de pleins emplois !!!!!!De quels emplois s'agit il ?D'emplois à 80 % précaires donc avec des revenus trés faibles ,juste pour remplir un caddy de base ,sans rien de plus et c'est pas ça qui va soutenir la croissance !Cette institution n'a meme pas conscien ce de ça ,c'est lamentable ..........
a écrit le 18/09/2017 à 12:19 :
"Il est préoccupant que personne n'en connaisse véritablement la réponse"
C’est vrai que c’est très préoccupant. D’autant que la question se posait déjà en 2008. Le même cycle : taux bas / endettement / remonté des taux / crise / taux plus bas / endettement / …

Je pense que la BRI a quand même une vague idée du pourquoi. Mais que la réponse induirait une telle rupture dans le consensus, une remise en cause du modèle monétaire actuel, et la fin d’un système qui maintient nos économies occidentales à flot, qu’elle préfère ne pas mettre les mots sur la réponse. On préfère ne pas voir.

Probablement, il faudrait chercher du côté de ce qui grossit le plus, de manière concomitante au phénomène, pour trouver la réponse : les produits financiers et dérivés, les réserves de cash des multinationales… On y stockerait l’inflation ? Impossible.
a écrit le 18/09/2017 à 11:44 :
"Il est préoccupant que personne n'en connaisse véritablement la réponse","

On connait parfaitement la réponse mais comme les responsables sont les possédants on fait semblant de ne pas la connaitre pour ne surtout pas déplaire aux destructeurs de notre monde.

La politique de l'offre est d'une stupidité sans nom puisque du coup avec les PME vont spéculer en bourse afin de faire faire de l'argent à leur argent, comme je le dis souvent les patrons de PME ayant hérité écoutent massivement leurs comptables qui eux mêmes répètent inlassablement en boucle la messe néolibérale.

La technocratie européenne gangrène l'économie, mais comme c'est le fameux TINA, on déroule le dogme aussi inefficace soit il.

Notre économie s'effondre du fait de l'idéologie des possédants imposée comme vérité absolue alors qu'anéantissant en réalité notre économie. Interdisez les paradis fiscaux et le lendemain la planète se retrouve avec une croissance de 10 %.

Il n'y a pas d'alternatives il faut reprendre des mains de l'oligarchie la gouvernance de notre économie. C'est comme si on laissant un 44 armé dans les mains d'enfants de trois ans.

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