Un air de déjà vu

La chronique quotidienne de la Tribune inspirée par l'actualité. Aujourd'hui, le Royaume-Uni perd son "trésor national", sa note AAA, Berlusconi pourrait être un faiseur de roi en Italie, et Guillaume Pepy rempile pour un quinquennat à la Sncf, pour lancer la réforme du ferroviaire français, et réduire sa dette de 32 milliards d'euros.

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L'ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi. Copyright Reuters
L'ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi. Copyright Reuters

Le Royaume-Uni a donc à son tour perdu la meilleure note pour sa dette souveraine, le fameux AAA. C'est l'agence Moody's qui a rétrogradé le pays à « Aa1 », soit une note de « haute qualité » contre « Première qualité » précédemment. Cela n'a pas eu un véritable impact sur le marché obligataire, ce dernier ayant intégré depuis quelques temps le fait que le Royaume-Uni  avait des perspectives de croissance faible dans les prochaines années, ce qui devrait en conséquence peser sur les finances publiques, selon l'argumentation même de l'agence de notation. Et puis les deux autres grandes agences, Standard & Poor's et Fitch, avaient déjà placé depuis un certain temps le pays sous perspective négative.

"Trésor national"

Toutefois, il suffit de se rappeler ce qui s'est passé en 2011 pour la France. Nicolas Sarkozy, à l'époque président, avait imprudemment dramatisé une telle dégradation avant qu'elle n'intervienne. C'était une « trésor national », selon le mot d'un de ses « visiteurs du soir » à l'Elysée, Alain Minc.

Depuis, la France continue à vivre, elle emprunte même à des taux peu élevés, mais sa situation économique continue à se dégrader comme vient de le confirmer les projections de la Commission européenne sur la croisssance, quasi un sur-place cette année, et un déficit public prévu largement supérieur à l'objectif. Donc au moins sur ces cas-là, les agences de notation tant décriées ont vu juste.

"La faute à l'Europe"

C'est la même situation aujourd'hui de l'autre côté du channel. L'orgueil patriotique en a pris un coup, mais ce n'est pas la fin du monde. Certes, politiquement, le Premier ministre David Cameron voit son étoile pâlir davantage. Son argumentation en faveur de son programme de rigueur pour défendre le triple A ne tient plus, et marteler l'air de « c'est la faute à l'Europe » va devenir un disque rayé. Si le Royaume Uni ne devrait pas connaître de véritable problème pour emprunter sur les marchés financiers, malgré une dette qui va augmenter, jusqu'à atteindre un pic en 2016, à 96% du PIB selon Moody's, en revanche son exécutif n'a toujours pas trouvé le chemin vers la reprise économique, malgré une dépréciation de la livre et une politique monétaire aux taux bas.

Et même si l'opposition travailliste réclame des mesures de relance à la Keynes, le chancelier de l'Echiquier, Georg Osborne, s'est montré clair comme le cristal ce week-end : le cap de la rigueur sera maintenu. Bref, le Royaume-Uni suit le même chemin que la France.

Rouleau compresseur médiatique

On saura ce lundi où en est l' Italie. Ce qui est sûr c'est qu'il faudra compter à nouveau avec Silvio Berlusconi. La probable dispersion des voix entre plusieurs candidats, en particulier le comique Beppe Grillo, pourrait bien bénéficier au « Cavaliere » en le rendant incontournable pour former une coalition gouvernementale.

Mario Monti, le candidat de l'Europe et des marchés, ne jouit pas d'un grand crédit auprès de ses compatriotes. Silvio Berlusconi, il faut le rappeler, possède une large partie des médias, ce qui lui assure un soutien non négligeable, en particulier durant une campagne où la présentation du programme politique relève davantage du rouleau-compresseur médiatique où « le vrai n'est qu'un moment du faux » que du débat argumenté « citoyen », comme on dit dans nos contrées.

Surveillé comme le lait sur le feu

Au final, quelque soit la coalition qui sortira des urnes, elle n'aura de toutes façons pas plus de choix que les exécutifs britannique et français en ce moment. Surveillé comme le lait sur le feu par les marchés financiers, qui ont déjà exigé l'année dernière des taux élevés pour prêter à la péninsule, le nouveau gouvernement ne pourra que s'atteler à la réduction des déficits publics, notamment en baissant les dépenses de l'Etat, pour essayer de retrouver de la croissance économique. Bref, tout cela est du déjà vu.

Celui que l'on va revoir à la tête de la Sncf, c'est Guillaume Pepy. Récemment épinglé par la cour des Comptes pour ses fastes onéreux en matière de communication, le président sortant de la monopolistique compagnie de transports nationale peut toutefois se targuer de présenter des comptes dans le vert. En 2012, le chiffre d'affaires a progressé de 3%, le bénéficie a triplé, et la dette a été réduite d'un milliard d'euros. Ce qui par les temps qui courent n'est pas courant dans cette catégorie des grandes entreprises publiques.

Desservir au mieux les banlieusards

La semaine dernière, Guillaume Pepy, qui aura connu depuis son entrée à la SNCF en 1988, toute la phase de modernisation, avec ses nombreux couacs, mettait davantage l'accent sur la nécessité de desservir au mieux les banlieusards que sur le TGV, qui, si l'on ose dire, roule tout seul.

C'est d'ailleurs pour réformer l'ensemble du ferroviaire français, en unifiant les trains et les rails - le Réseau ferré de France -, que l'Etat a justifié le nouveau mandat de Guillaume Pépy. La mission qu'il lui est confiée est d'améliorer la rentabilité non seulement de la SNCF mais de l'ensemble du ferroviaire français. L'objectif du prochain quinquennat du président sortant est notamment de réduire la dette totale de l'ensemble du ferroviaire français qui s'élève à 32 milliards d'euros. Dans ce cas aussi, il faut se désendetter, pour être notamment dans une meilleure position avant la libéralisation du marché ferroviaire français prévue en 2019 et voulue par Bruxelles

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