Un air de déjà vu
Robert Jules
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Le Royaume-Uni a donc à son tour perdu la meilleure note pour sa dette souveraine, le fameux AAA. C'est l'agence Moody's qui a rétrogradé le pays à « Aa1 », soit une note de « haute qualité » contre « Première qualité » précédemment. Cela n'a pas eu un véritable impact sur le marché obligataire, ce dernier ayant intégré depuis quelques temps le fait que le Royaume-Uni avait des perspectives de croissance faible dans les prochaines années, ce qui devrait en conséquence peser sur les finances publiques, selon l'argumentation même de l'agence de notation. Et puis les deux autres grandes agences, Standard & Poor's et Fitch, avaient déjà placé depuis un certain temps le pays sous perspective négative.
"Trésor national"
Toutefois, il suffit de se rappeler ce qui s'est passé en 2011 pour la France. Nicolas Sarkozy, à l'époque président, avait imprudemment dramatisé une telle dégradation avant qu'elle n'intervienne. C'était une « trésor national », selon le mot d'un de ses « visiteurs du soir » à l'Elysée, Alain Minc.
Depuis, la France continue à vivre, elle emprunte même à des taux peu élevés, mais sa situation économique continue à se dégrader comme vient de le confirmer les projections de la Commission européenne sur la croisssance, quasi un sur-place cette année, et un déficit public prévu largement supérieur à l'objectif. Donc au moins sur ces cas-là, les agences de notation tant décriées ont vu juste.
"La faute à l'Europe"
C'est la même situation aujourd'hui de l'autre côté du channel. L'orgueil patriotique en a pris un coup, mais ce n'est pas la fin du monde. Certes, politiquement, le Premier ministre David Cameron voit son étoile pâlir davantage. Son argumentation en faveur de son programme de rigueur pour défendre le triple A ne tient plus, et marteler l'air de « c'est la faute à l'Europe » va devenir un disque rayé. Si le Royaume Uni ne devrait pas connaître de véritable problème pour emprunter sur les marchés financiers, malgré une dette qui va augmenter, jusqu'à atteindre un pic en 2016, à 96% du PIB selon Moody's, en revanche son exécutif n'a toujours pas trouvé le chemin vers la reprise économique, malgré une dépréciation de la livre et une politique monétaire aux taux bas.
Robert Jules