Foires aux vins : 10 astuces pour bien choisir ses bouteilles
Anne-Charlotte De Langhe

Des supermarchés aux cavistes en ligne, de multiples enseignes organisent jusqu’au mois prochain leur traditionnelle foire d’automne.
LTD/Iannis G /REA
Anne-Charlotte De Langhe

Des supermarchés aux cavistes en ligne, de multiples enseignes organisent jusqu’au mois prochain leur traditionnelle foire d’automne.
LTD/Iannis G /REA
Rendez-vous incontournables de la rentrée, les foires aux vins viennent de débuter un peu partout en France, attirant amateurs avertis comme néophytes intranquilles. Apanage historique de la grande distribution, cet événement commercial - durant parfois jusqu'à fin octobre - s'est depuis étendu aux cavistes et aux sites de vente de vins en ligne.
Minutieusement sélectionnés par les acheteurs et sommeliers de chaque enseigne, les vins proposés ont coutume de faire la part belle aux bordeaux et bourgogne, mais d'autres appellations et dénominations gagnent du terrain sur les linéaires. Pour rafraîchir la mémoire des uns et guider les pas des autres dans ces allées où s'alignent des centaines de références, La Tribune Dimanche s'est tournée vers quelques-uns des meilleurs spécialistes du secteur*
Génération après génération, l'espace de stockage dont disposent les amateurs de vin s'est considérablement réduit. Aussi vaut-il mieux, en préambule, faire le point sur son taux de remplissage et évaluer ses besoins blancs ou rouges ? Tranquille ou effervescent ? En cas de place réduite, on axera ses achats sur des « vins plaisirs », à consommer dans les six mois ; à l'inverse, si l'on peut se permettre d'entreposer un plus grand nombre de bouteilles, rien ne vous empêche de miser sur des vins de longue garde.
Avant de s'élancer entre les caisses et les linéaires, un petit calcul s'impose : combien de bouteilles consommez-vous annuellement ? De fait, si votre objectif est bel et bien d'acheter en plus grande quantité tout en faisant de bonnes affaires, votre volume d'achat doit correspondre à 30 % de ce que vous débouchez en l'espace de douze mois. Un conseil qui permet par ailleurs de rester dans les clous vis-à-vis du budget que l'on s'est éventuellement fixé.
Se plonger dans les différents catalogues et les éplucher minutieusement avant de franchir la porte de telle ou telle enseigne est tout sauf du temps perdu. Promotions, remises immédiates dès 3 bouteilles achetées, ristourne au carton, calendrier de promotions flash au fil des jours... : les foires aux vins jouent sur tous les tableaux. Attention : si certaines offres sont effectivement alléchantes, il se peut que le prix attractif de certains vins corresponde à une mise en marché exceptionnellement réservée à la foire aux vins et non à un rabais effectif par rapport au prix habituel.
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Désolée pour celles et ceux qui pensaient en avoir fini avec les devoirs de vacances, mais le grand saut dans les foires aux vins de la rentrée ne s'improvise pas. Les acheteurs les mieux préparés - foi de cavistes et de sommeliers ! - sont ceux ayant pris le temps de se renseigner non seulement sur les références proposées, mais également sur les terroirs, les domaines et leur réputation. Côté vins italiens, par exemple, presque impossible de se tromper en misant sur un Brunello di Montalcino, un Barolo ou un Amarone della Valpolicella, équivalents de grands crus classés français. D'illustres inconnus en flacons peuvent toutefois sortir du lot une fois sur les étagères, réservant aux curieux de gouleyantes surprises.
À savoir : « Qu'est-ce qui me plaît dans ce vin ? » plutôt que « Est-ce que je le trouve bon ou mauvais ? ». La différence est ténue mais le distinguo en vaut la quille. Savoir identifier ce qui nous séduit dans la typicité de chaque vin aide à faire les bons choix et à s'orienter d'emblée vers les terroirs qui procurent habituellement le plus de plaisir. L'élégance et les arômes fruités du pinot noir en Bourgogne, la légèreté du gamay en Beaujolais, la puissance épicée de la syrah de la Vallée-du-Rhône ou la rondeur du viognier dans le Languedoc ? Sur la base de ces quelques caractéristiques, s'y retrouver au milieu de centaines de références est aussitôt plus aisé.
Qu'ils aient trait au mode d'agriculture (HVE, Terra Vitis), à l'élaboration du vin (AB, Demeter...) ou au profil du vigneron (indépendant, propriétaire, récoltant...), les différents logos présents sur l'étiquette des bouteilles placées en rayons sont de précieux indicateurs pour qui fait rouler son chariot entre les allées. De fait, ces critères traduisent généralement l'importance du travail mené à la vigne et garantissent l'absence d'utilisation de produits chimiques. La qualité du produit fini ne peut donc être que le plus pur reflet de la main de l'homme ; une garantie chère à ceux qui pensent « bio et bon ».
Un réflexe qui - à condition de connaître un tantinet ses goûts (et dégoûts) - permet d'écarter les vins dont on sait déjà qu'ils seront sources de déception. Les foires aux vins n'ont heureusement pas d'yeux que pour le 2024 et, çà et là, il est encore possible de s'aventurer un peu plus loin dans le passé. Le 2021 en blanc reste mémorable pour son acidité et son côté ciselé ; le 2022 en rouge se montre généreux, concentré et frais à la fois, là où le 2023 mise tout sur l'équilibre. De quoi opérer un tri autrement qu'au feeling ou au look de l'étiquette.
Ne pas confondre vitesse et précipitation dès le lancement des foires aux vins. Si l'on avance à tâtons, commencer par acheter quelques bouteilles à l'unité, se donner le temps de les déguster chez soi, et revenir une ou deux semaines plus tard pour faire main basse sur ses vrais coups de cœur, à prix réduit et en plus grande quantité. Avis aux anxieux : les stocks sont prévus en conséquence ! De même, ne pas hésiter à s'inscrire aux soirées dégustations auxquelles certaines enseignes convient leurs clients. Durant toute la durée de sa foire aux vins, le réseau Intercaves organise par exemple des dégustations pour chacun des 37 vins de sa sélection. Avant que de s'engager sur un lot de bouteilles, l'amateur sait donc où il met le nez... et ses deniers.
Qui ne s'est jamais retrouvé les bras ballants et le regard perdu face au rayon vins d'un supermarché ? Un phénomène qui s'amplifie lors des fameuses « FAV », le moindre vendeur en tablier se retrouvant assailli par une clientèle assoiffée de bons plans. Dans cet univers où la prescription est essentielle, ne pas perdre de vue que de nombreuses caves - hors grande distribution - confient à leurs sommeliers la délicate mission d'aiguiller les âmes esseulées. L'Enoteca d'Eataly Marais, temple de la gastronomie italienne à Paris, regroupe ainsi 1.800 vins différents : une diversité record, en termes de gammes comme de prix, qui nécessite un accompagnement ad hoc.
Le flair et l'instinct ont leurs limites : une étagère aux trois quarts dépouillée de ses bouteilles ne signifie pas forcément que le vin vous plaira. Cela peut avant tout être le signe que quelques clients fidèles à un domaine se sont rués dessus. Dès lors, autant se montrer téméraire et opter pour des exclusivités, voire des raretés. Chez Monoprix, l'équipe achats - exclusivement féminine - compte notamment mettre en avant ses 12 coups de cœur absolus (sur quelque 300 références proposées), dont un AOP Bordeaux 100 % muscadet à 6,50 euros faisant déjà figure de délicieux ovnis.
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* Virginie Morvan (directrice des achats, Lavinia), Rémi Segui (directeur de la Cave des Galeries Lafayette & de l'Entrepôt des Grands Vins, Duclot), Yannick Branchereau et Audrey Rion (directeur général et directrice des achats, Intercaves), Teodoro Ventura (responsable Enoteca Eataly) et Mathilda Gleise (manager vins & champagnes, Monoprix).
Anne-Charlotte De Langhe