OPINION. « Réindustrialiser les villes sous-préfectures est une urgence nationale », par Fabien Verdier, maire de Châteaudun
Fabien Verdier, maire de Châteaudun, président du Grand Châteaudun et de l’association « Mouvement pour le développement des villes sous‑préfectures »
Former les ingénieurs dans les villes sous-préfectures, privilégier les territoires ruraux à l’Île-de-France : Fabien Verdier demande des solutions concrètes.
La majorité du tissu productif français se situe dans les villes de moins de 20.000 habitants et pourtant, les fermetures d’usines s’enchaînent. Fabien Verdier, maire de Châteaudun, président du Grand Châteaudun et de l’association “Mouvement pour le développement des villes sous‑préfectures”, déplore le manque d’engagement de l’État français dans la réindustrialisation des territoires ruraux.
En France, l'emploi industriel se situe d'abord dans les villes sous-préfectures, les villes moyennes, les petites villes et les territoires ruraux. Plus des trois quarts des emplois industriels sont positionnés en dehors des métropoles : c'est notre identité, notre histoire, notre économie ; et l'avenir de nos communes et de nos terroirs.
Pourtant, les fermetures s'enchaînent. Ces derniers mois, Michelin a annoncé la fermeture de ses usines de Cholet et de Vannes, soit 1 254 emplois menacés. ArcelorMittal prévoit plus de 600 suppressions de postes sur sept sites en France. ExxonMobil va supprimer 677 emplois à Gravenchon et dans ses sièges régionaux. Solvay fermera son site historique de Salindres, avec près de 70 postes supprimés. Stellantis a mis fin à 250 contrats intérimaires à Rennes.
L'automobile française et européenne se trouve malheureurement en grande difficulté. Si rien n'est fait, c'est tout un pan de notre histoire, de notre industrie, de nos emplois qui sont très fortement menacés. Au total, ce sont des milliers de familles qui voient leur avenir brisé et nos villes Sous-préfectures laissés exsangues.
« Les projets existent, l'énergie est là »
Et néanmoins, ce ne sont pas les idées qui manquent. Dans nos terroirs, nous savons quoi faire : reconvertir les friches ; moderniser les machines ; innover ; former les ouvriers ; accompagner les PME et ETI familiales qui ne délocalisent pas, etc.
Le programme « Territoires d'industrie » (s'il n'est pas bureaucratique, mais orienté vers l'action et les résultats opérationnels, c'est à dire bâtir des usines et de nouvelles unités de production) peut en apporter la preuve : plus de 3.000 actions sont aujourd'hui référencées, portées par 183 territoires rassemblant environ 630 intercommunalités.
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La moitié concernent directement nos cantons. Les projets existent, l'énergie est là. Mais ce qui manque, ce sont trois axes stratégiques : les terrains disponibles, les moyens à redéployer, la formation post-baccalauréat à promouvoir.
Sans terrain, nous ne pourrons rien faire.
S'agissant du foncier, nous demandons un droit à construire, et donc à nous (re)developer. Sans terrain, nous ne pourrons rien faire. Dans chaque ville sous-préfecture, nous devons — à l'opposé du ZAN (qui consacre le passé, et donc la diminution du champ des possibles, voire sa condamnation, pour nos villes moyennes) — disposer de 100 hectares au service du développement industriel.
Avec cinq usines supplémentaires par ville sous-préfecture (modublable en fonction de la taille de chaque ville et de son bassin de vie), nous reconstituons un tissu industriel, des emplois de qualité, permettant la hausse du revenue médian, la création d'une forte valeur ajoutée (et donc de TVA/recettes récurrentes pour l'État), la restauration de la balance commerciale de la France (99,6 milliards d'euros en 2023 !), la souveraineté de la France, la (ré)irrigation de la Nation par l'industrie au plus près des populations qui en ont le plus besoin, etc.
France 2030, un « scandale d'État » ?
Dans le même temps, l'État a lancé France 2030 : un plan d'investissement de 54 milliards d'euros pour accélérer l'innovation et préparer « l'industrie du futur ». Mais plus de la moitié des financements — environ 52 % à 54 % — se concentrent en Île‑de‑France ! Où sont les résultats ? Or, l'automobile se casse la figure, nous n'avons toujours pas d'avion décarboné, pas de réacteur SMR, etc.
Pour certains, il s'agit d'un scandale d'État. Rappelons, que malgré les effets de siège, l'Ile-de-France ne représente 12 millions d'habitants, soit environ 18 % de la population française (de nos 68 millions d'habitants). Il faut arrêter de vendre des technologies « bullshits » pour consultats parisiens. Dans notre pays, on soutient ceux qui en ont le moins besoin ; et beaucoup trop peu ceux qui en ont le plus besoin.
Le Secrétaire Général Pour l'Investissement (SGPI et Bruno Bonnell) ont bloqué 30 millions d'euros dédiés à la formation dans nos villes sous-préfectures et moyennes. Les maires dans le monde rural sont le moins accompagnés, car une majorité de l'argent va en direction de l'Ile-de-France. Trop souvent, l'argent public soutient par ailleurs des startups qui finissent parfois vendues à des fonds étrangers, pendant que nos usines attendent de quoi repartir.
Près de 300 emplois à la Direction Générale des Entreprises (DGE) ont été enlevés proches de nous, pour être repositionnés en administration centrale. Certains effectuent des visites d'usines en visio.
Plutôt que de positionner un responsable chargé de la réindustrialisation en préfecture de région (à Toulouse, à Bordeaux, à Nantes...), positionnons un de manière volontariste un sous-préfet adjoint, chargé de la réindustrialisation dans chaque ville sous-préfecture (à Senlis, à Saverne, à Langon, à Saint-Amand-Montrond, etc.). Il faut en être en ultra-proximité avec les industriels et les chefs d'entreprise, afin de les aider et les accompagner au mieux.
Nos solutions
Nos propositions consistent à soutenir directement via des outils au service du développement de ces villes ou de leurs intercommunalités : fonds pour les friches industrielles ; fonds de soutien à l'investissement industriel dans nos villes ; moderniser urgemment le parc machines (levier de compétitivité et d'innovations) ; retirer les appels à projets ou appels à manifestations d'intérêts depuis Paris qui créent des primes aux grands, et des handicaps pour les petits ; etc.
Avec les élus locaux, nous demandons du concret et le développement de nos villes sous-préfectures, condition indispensable du rétablissement de la République. Il s'agit de nous donner les moyens d'agir là où se trouvent les emplois et le savoir‑faire ancestral : dans nos villes sous-préfectures, nos villes moyennes, nos petites villes et nos territoires ruraux, où se concentrent l'histoire industrielle de la France (de Saint-Claude à Vierzon).
Pour chaque usine qui ferme, c'est une ville qui se vide.
Nous avons le droit (voire le devoir) de nous réindustrialiser. Que le nouveau gouvernement en fasse une priorité nationale : soutenir les TPE/PME et les ETI ; financer la modernisation des ateliers ; accélérer la reconversion des friches et la formation (au service du fort développement des compétences), partout où l'industrie vit déjà, et doit très fortement revivre. Trois quarts du tissu productif français se situe dans les villes de moins de 20.000 habitants. Il faut aider les TPE dans nos terroirs, car eux ne partent pas.
Former dans nos villes
Enfin, des formations d'ingénieurs, Bac+5, d'excellence (et de proximité) doivent voir le jour dans nos villes sous-préfectures (à Lunéville, à Rochefort, à Céret, à Lesparre-Médoc, à Neufchâteau, etc.). Sinon, point de croissance endogène dans nos terroirs. Sinon, nous n'avons pas d'avenir dans une économie de la connaissance mondialisée. « Small is beautiful ».
La formation, le capital humain, la capacité à innover constituent des conditions essentielles pour l'avenir de notre industrie, dans nos villes moyennes, et pour la France. Sinon, de la même manière que nous rencontrons très fortement du renoncement aux soins, nous avons comme handicap majeur « un renoncement aux études » pour nos jeunes et leur avenir (par habitus social, par coûts, par l'éloignement, par la dislocation de la cellule familiale, etc.)
Parce que chaque usine qui ferme, c'est une ville qui se vide. Parce que chaque usine constitue un espace social et politique d'avenir. Parce la France doit être une Nation industrielle. Parce que l'intérêt supérieur de la Nation le commande. Parce que l'intérêt général est profondément en jeu. Sauver l'industrie d'aujourd'hui, c'est la seule façon de bâtir celle de demain. Et donc de conserver le rêve prométhéen, qui consiste à faire société, si cher à l'Occident.
Fabien Verdier, maire de Châteaudun, président du Grand Châteaudun et de l’association « Mouvement pour le développement des villes sous‑préfectures »