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OpinionsLe blog du contrarian

Le diktat écologiste

Photo de Antoine Patinet

Jean-Charles Simon

Publié le 04 décembre 2015 à 07:32 - Mis à jour le 04 décembre 2015 à 08:15

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La COP 21 bat son plein… et la grosse caisse est un peu assourdissante. Dramaturgie soigneusement entretenue, avec menaces de fin du monde, pas moins, concert politique et médiatique à l’unisson, sponsors très intéressés en arrière-garde… Et discours dissonant totalement proscrit. Jusqu’à l’éviction préventive d’un malheureux journaliste météo de France 2 qui avait eu le malheur de jouer sa partition ! C’est dire s’il faut faire silence, et si l’on veut étouffer tout débat.

Comme tout projet politique, le discours écologiste a ses propres intérêts et finalités. Il ne saurait résulter d'une seule évidence scientifique, quand bien même il s'appuierait opportunément sur un discours de cette nature. Il ne s'agit pas d'engager ici une énième controverse sur le réchauffement climatique. Il y a bien sûr des théories farfelues proférées par des « climato-sceptiques » (expression au demeurant absurde, personne n'est sceptique sur le climat, mais sur son réchauffement). Et parmi les supporters politiques de ces thèses, on trouve bien, notamment aux Etats-Unis, un ramassis peu recommandable de contestataires de l'évolution des espèces ou des grandes lois de la physique...

Mais il est également déplacé d'être péremptoire en matière de climat. Si une très grande majorité d'experts de cette discipline convergent en effet sur l'essentiel d'un diagnostic - toutefois plus subtil, par essence, que les résumés de rapports du GIEC à destination des décideurs -, il reste de très nombreuses interrogations sur leurs travaux, portées par des scientifiques éminemment respectables. La jeunesse des savoirs impliqués - dont les balbutiements remontent seulement au XIXème siècle - et la complexité considérable des mesures et plus encore des projections futures n'autorisent clairement pas l'arrogance et le ton définitif souvent employé par certains. A l'inverse de l'esprit scientifique, justement, qui doit laisser toute sa place à la critique fondée et à la plus grande humilité. Comme l'écrivait il y a peu  Steven Koonin, scientifique estimé - qui a par ailleurs été en poste dans l'administration Obama, à mille lieues des militants Tea Party - : « climat science is not settled ». Loin s'en faut. Traiter ceux qui portent raisonnablement de telles interrogations de « connards », comme Nathalie Kosciusko-Morizet, voire souhaiter les ficher, comme Corinne Lepage - elle-même affairiste empressée dans de nombreux dossiers environnementaux... - est tout sauf digne d'une démarche scientifique.

Les « réchauffistes », agitateurs depuis les années 70

Cette absence de recul a de nombreuses implications. Car en niant toute erreur possible sur les diagnostics et les projections les plus répandues, ainsi que sur leurs impacts, les « réchauffistes » vendent un projet politique lourd de conséquences. Ils veulent imposer un programme tout ficelé qu'ils n'ont généralement pas réussi à faire prévaloir au cours des décennies précédentes par les élections, et qu'ils entendent désormais matraquer sous couverture d'évidences scientifiques supposées. Les politiques commencent à paniquer, et nombre d'agents économiques abondent, soit par crainte de s'opposer à un discours devenu écrasant, soit par intérêt très direct. Il s'agit en fait, économiquement, de justifier des choix présents dont le coût, bien que potentiellement gigantesque, apparaîtra toujours faible en comparaison du prix actualisé de l'inaction dans ces scénarios dramatisés.

Des tentatives de cette nature existent depuis les années 70, quand on voulait faire peur sur la démographie de la planète, et notamment la capacité de l'agriculture à nourrir la population. Ou quand on projetait le fameux « pic pétrolier » pour le lendemain... avant de devoir piteusement le repousser à plus tard. Une idéologie de la décroissance, et pour le dire clairement, de rejet viscéral de l'économie de marché.  Si l'agitation des peurs n'a pas fonctionné, parce qu'elles étaient à trop courtes échéances et donc trop vite démenties par les progrès de l'innovation et de la productivité, il en va autrement cette fois. La perspective de l'apocalypse climatique à l'horizon 2100 est astucieuse : bien trop lointaine pour risquer de faire douter des projections au fur et à mesure du constat de l'évolution réelle du climat ; trop proche - à portée d'espérance de vie des enfants nés depuis le début du siècle - pour s'en désintéresser et ne rien faire.

Perdre 2% de pouvoir d'achat pour sauver la planète, vraiment ?

Alors que jamais la pauvreté, la faim, de très nombreuses maladies ou l'âge moyen de décès n'ont autant reculé sur la planète qu'au cours des dernières décennies d'économie plus libéralisée et mondialisée que jamais, c'est bien son procès qui est en place. Il faudrait contraindre nos habitudes et nos modes de vie pour laisser place à des comportements vertueux - car c'est de vertu et du bien contre le mal qu'il s'agit souvent dans les discours. Peu importe ce qui en résulte en matière de chômage, de perte de pouvoir d'achat, de conditions de vie dégradées. Un scientifique aussi remarquable que Jean Tirole peut ainsi affirmer que perdre 2% de pouvoir d'achat n'est pas si grave en comparaison de l'enjeu : on en revient au coût actualisé gigantesque d'un futur terrifiant. Mais perdre du pouvoir d'achat aujourd'hui pour ceux qui souffrent déjà de conditions financières difficiles est dramatique, tout de suite ! D'autant que les inégalités en matière d'efforts à consentir sont souvent majeures : le parisien privilégié peut certes se rendre à son travail de cadre en vélo quand le banlieusard ou le rural sont dépendants d'un véhicule dont le coût d'usage est censé devenir prohibitif, et supporteront aussi des coûts plus importants d'isolation ou de chauffage d'une maison qu'un appartement, alors même que leurs revenus sont souvent bien inférieurs à ceux des populations de centre-ville. Et ces exemples peuvent être multipliés (pour être exact, Tirole évoque naturellement ces impacts différenciés).

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De même, les pays en développement sont sommés de faire face aux conséquences environnementales de leur forte croissance économique, qui leur permettrait d'envisager un rattrapage des pays les plus développés, alors même que ces derniers leur transfèrent leurs productions les plus polluantes et sont au ralenti... Une chute de croissance et une tertiarisation de l'économie qui a ainsi permis tranquillement à l'Union européenne de respecter ses « engagements » passés avec un système de quotas d'émissions sans effet puisque la production concernée diminuait spontanément, d'où un prix du quota proche de zéro. Bien sûr, on envisage des compensations financières Nord-Sud dans les discussions en cours, mais elles ne remplaceront jamais la possibilité pour les pays en développement de croître avec les armes utilisées jadis par ceux aujourd'hui en désindustrialisation.

L'alibi de la « croissance verte » a bon dos

Inégalités internes, inégalités globales, rationnements en tout genre mais aussi débauches de subventions en faveur des activités dites « propres ». Car plus subtilement que l'antienne gauchiste de la décroissance fleurant bon le Larzac et pouvant continuer d'alimenter les résistances et les inquiétudes, ce projet politique déterminé sait aussi utiliser quand il le faut l'alibi de la « croissance verte ». En fait, un vaste programme d'arrosage aussi peu réfléchi que subtil de tous ceux qui viennent vendre des « solutions » labellisées écologiques. Très habile, car ça profite immédiatement à tout un écosystème - dès lors supporter numéro un des prophéties les plus sombres sur le changement climatique -, dans le bâtiment, dans l'énergie, dans les transports... Outre le fait de transférer leurs coûts et leurs marges aux consommateurs prisonniers de nouvelles normes, ces secteurs se trouvent gavés d'avantages fiscaux divers et variés. C'est-à-dire de ressources prélevées indirectement sur l'ensemble des autres activités économiques, ainsi deux fois mises à contribution. Or, beaucoup d'experts de l'énergie l'évoquent par exemple, ces choix conduisent à des développements hasardeux voire contreproductifs, en soutenant des filières sans avenir, en renchérissant encore plus les prix de production ou même le recours aux énergies les plus polluantes afin de faire face à des pointes d'activité qu'elles seules peuvent gérer.

Pire encore, la logique malthusienne que l'on cherche à imposer à quantité d'activités et de pays semble en partie vouée à l'échec au regard des buts environnementaux poursuivis. C'est d'ailleurs pourquoi il paraît si difficile de parvenir à des engagements nationaux qui, mis bout à bout, conduiraient à une réduction des émissions de gaz à effet de serre suffisante pour infléchir autant que recherché les prévisions des modèles des climatologues. Pénalisations tout de suite, mais garantie qu'elles seront malgré tout insuffisantes pour sauver le monde : rien de mieux pour entretenir le caractère anxiogène du débat.

Sans prêcher l'inaction, au moins deux illogismes interpellent. Il paraît d'abord étonnant qu'un certain nombre de sujets absolument acquis d'un point de vue scientifique, comme par exemple la dangerosité pour la santé de certaines particules ou composants, ne soient pas des priorités plus évidentes. Plutôt que de privilégier des enjeux gigantesques aux causes et effets encore incertains, il est paradoxal que ce qui apporterait un mieux-être rapide aux populations ne soit pas davantage une politique prioritaire.

Soutenir les sauts technologiques... par plus de croissance

Plus encore, si des efforts importants et coûteux à technologies inchangées semblent devoir être insuffisants, alors ce sont bien la recherche fondamentale et les sauts technologiques qu'il faut soutenir. En somme, plutôt que de se méfier du progrès technologique et pour certains de le dénoncer, il faut en cohérence être plus que jamais supporters de ce progrès. Le financer et l'encourager à ses racines scientifiques premières. En restant agnostiques, pour éviter les mauvaises allocations de ressources, tant il paraît difficile aujourd'hui de savoir quelles technologies pourraient être les meilleures, en matière d'émissions nouvelles comme de captage des stocks émis. C'est bien d'innovations majeures, sur lesquelles nous aurions tort d'être pessimistes, que viendront les bouleversements les plus extraordinaires en matière énergétique. Donc les solutions à des problèmes encore incertains et imprécis. Et pas du rationnement de principe. Pour financer ces investissements en R&D, il faut ainsi encore plus de croissance, de gains de productivité et de portes ouvertes à de nouveaux modèles économiques qui naîtront, comme toute vague d'innovation, d'un environnement particulièrement propice à la transformation des découvertes scientifiques en progrès technologiques. Augmenter les prélèvements obligatoires sur les facteurs de production serait ainsi une folie et un contresens dans une telle période, seuls des transferts d'assiette étant au plus concevables, et en se méfiant des distorsions indésirables qu'ils peuvent créer y compris au nom des meilleures intentions.

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Au lieu de stigmatiser un modèle économique et ses valeurs, comme le font tant de porte-drapeaux de l'écologie punitive, il est temps de réaliser qu'il n'a pas d'alternative viable pour l'humanité, qu'il lui profite largement quand il n'est pas défiguré, et qu'il est la seule voie pour surmonter les défis, y compris environnementaux, de notre développement.

Jean-Charles Simon

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