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Nucléaire : It's the economy, stupid !

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 02 juillet 2018 à 04:40 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:47

L'epr de flamanville attendu a pleine puissance en novembre 2019

L'epr de flamanville attendu a pleine puissance en novembre 2019

Benoit Tessier

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Le nucléaire est-il vraiment « un atout qu'il faut préserver » et « une filière indispensable pour l'économie », comme l'a affirmé le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire ? Ou bien, emmène-t-il « la France et EDF dans une dérive », comme l'a dénoncé le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot ? Par Philippe Mabille, directeur de la Rédaction de "La Tribune".

Sept ans après la catastrophe de Fukushima, sept ans après qu'Angela Merkel a décidé d'en finir en 2022 avec le nucléaire en Allemagne, l'industrie de l'atome peine à repartir de l'avant. La « renaissance nucléaire » n'a pas eu lieu et, malgré la mise en service en ce mois de juin de l'EPR chinois de Taishan, un vrai succès pour la filière française (par ailleurs toujours en difficulté en Finlande et à Flamanville), le secteur s'interroge sur son avenir.

Le changement de paradigme ne vient pas tant des interrogations, permanentes, sur la sûreté, mais de l'économie. C'est un fait désormais avéré, le nucléaire, dont les coûts réels (notamment le retraitement des déchets et le démantèlement), mal anticipés, ne sont pas suffisamment provisionnés, n'est plus aussi compétitif face aux énergies renouvelables, dont la facture ne cesse de diminuer grâce aux progrès technologiques. Bref, le nucléaire est-il vraiment « un atout qu'il faut préserver » et « une filière indispensable pour l'économie », comme l'a affirmé à la 3e World Nuclear Exhibition le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire ? Ou bien, emmène-t-il « la France et EDF dans une dérive », comme l'a dénoncé le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot ?

Si le juge de paix est le contribuable, n'oublions pas que ce dernier vient de remettre 10 milliards d'euros au pot pour sauver Areva et recapitaliser EDF. Il est donc légitime de s'interroger sur la facture finale dans les comptes de la nation.

Fixer le cap pour le nouveau mix énergétique de la France

En annonçant le report sine die de la date de 2025 fixée par la loi de transition énergétique de 2014 pour ramener de 75% à 50% la part du nucléaire dans notre production d'énergie, Nicolas Hulot s'est attiré les foudres des écologistes. C'est désormais à Emmanuel Macron de s'exposer alors que s'achève la consultation publique sur la nouvelle programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), dont le verdict devrait être connu à la mi-juillet. Cette PPE doit fixer le cap pour le nouveau mix énergétique de la France dans la prochaine décennie.

Selon Bruno Le Maire, il est « vain » d'opposer énergie nucléaire et énergies renouvelables. Selon lui, « c'est parce que nous avons une énergie nucléaire solide, compétitive, performante, avec des technologies et des savoir-faire exceptionnels, que nous avons toutes les capacités pour développer les énergies renouvelables ». C'est l'approche réaliste, qui veut que la décroissance programmée du nucléaire soit parallèle à la croissance des EnR. À défaut, l'indépendance énergétique du pays serait menacée, mais aussi le respect des engagements climatiques de la France. Si la réduction de la part du nucléaire est trop rapide, le gouvernement craint, sur la base de scenarii établis par le réseau de transport d'électricité RTE, de devoir accroître les moyens de production thermique et donc les émissions de gaz à effet de serre, à l'image de l'Energiewende en Allemagne qui a relancé les centrales au charbon.

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Seuil de 50% de nucléaire, le grand flou

La programmation pluriannuelle de l'énergie semble donc dans une sorte d'impasse, ou plus exactement un grand flou où personne n'est capable de dire à quel horizon raisonnable pourrait être atteint le seuil de 50% de nucléaire. Cela reste un objectif politique, mais il est peu volontariste tant les conséquences sociales et financières font peur politiquement. On le voit bien avec le feuilleton de la fermeture de la centrale de Fessenheim : son destin est lié à la mise en service de l'EPR de Flamanville, qui risque de prendre encore un gros retard à cause de problèmes de qualité des soudures. Car il ne suffit pas de dire que l'on va fermer certains réacteurs : il faut dire lesquels et comment. Pour tenir l'objectif des 50 %, il faudrait fermer entre 17 et 20 réacteurs sur 58, estime la Cour des comptes. Mais ce sera à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de proposer les sites. La revue est en cours mais le verdict ne sera connu qu'en 2021.

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EDF est donc à la croisée des chemins. S'il y a encore un avenir pour le nucléaire dans le monde, le défi est celui du maintien des savoir-faire de la filière française. Et, pour cela, il faut construire de nouvelles centrales. Autorisera-t-on en France EDF à construire de nouveaux réacteurs après Flamanville ? Pour l'instant, il n'y a pas de fissure dans le consensus politique en faveur du nucléaire en France. Mais les temps pourraient changer lorsque les consommateurs verront enfler leur facture d'électricité. Selon certains observateurs, l'heure de vérité approche, où il faudra séparer l'entreprise en deux : « sanctuariser » le nucléaire pour gérer dans le temps sa décroissance, et coter la partie d'EDF qui va investir dans les énergies nouvelles, en transférant les personnels sous statut, pour lui permettre de jouer une partie égale avec ses grands compétiteurs comme Total et Engie, qui sont en train d'accélérer. « Le sujet n'est pas à l'ordre du jour », a assuré Martin Vial, le directeur qui, à Bercy, gère les participations de l'État. Mais comme chacun sait, c'est à l'Élysée que ce genre de choses est mis « à l'ordre du jour ». Après celui de la SNCF, Macron osera-t-il ouvrir ce chantier ?

Philippe Mabille

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