Sommet européen  : une fumée blanche, mais âcre

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Alexis Tsipras, Premier ministre de la Grèce.
Alexis Tsipras, Premier ministre de la Grèce. (Crédits : Reuters)
L'accord entre la Grèce et ses créanciers signe l'échec de la stratégie d'Alexis Tsipras. Il permet à l'Allemagne de renforcer son statut de leader européen, et à la France de gagner du temps.

La Grèce reste dans la zone euro. C'est le principal enseignement de l'accord trouvé par les chefs d'Etat de la zone euro la nuit dernière. Il restera à en voir l'application, le diable se trouvant dans les détails. En attendant, si la fumée blanche tant espérée réjouit nombre d'Européens, elle a cependant un goût âcre.

Tabou brisé

Pour la première fois, le tabou de la sortie d'un membre de la zone euro a été brisé. Surtout, l'Allemagne, par la voix de Wolfgang Schaüble, son ministre des Finances, soutenue par plusieurs pays du nord et de l'est de l'Europe, n'a jamais aussi clairement affirmé sa vision : la réussite de la construction européenne implique le respect des règles sous peine d'être expulsé du cercle.

On peut ne pas partager la vision « ordolibérale » de Wolfgang Schaüble mais c'est celle qui désormais domine au sein de la zone euro. Pour ses défenseurs, elle serait le meilleur garant pour le Vieux Continent pour affronter l'implacable compétition imposée par la mondialisation.

Menace à peine voilée à l'égard de la France

Et si la Grèce reste dans le cercle, la menace est à peine voilée à l'égard de l'Italie et de la France, régulièrement critiquées pour leur incapacité à tenir leurs budgets et à mettre en application les réformes structurelles exigées par Bruxelles.

On est donc bien loin de l'image radieuse et béate d'une Union européenne stable et solidaire. La crise est passée par là. Celle de 2007, et celle de 2010. L'UE est désormais une association de pays membres où chacun agit en adoptant une approche propre en termes de coûts et bénéfices, en essayant de tirer le meilleur aux dépens des autres. Rien de nouveau, c'était déjà la position de l'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher : « I want my money back . » Mais le Royaume-Uni n'était pas et n'est toujours pas dans la zone euro.

Un jeu dur

Un jeu dur, mais désormais clair, dans lequel l'Allemagne a imposé sa logique.  Dans ces conditions, les rapports de forces sont exacerbés, et ceux qui sont en position de faiblesse en paient un prix élevé.

Alexis Tsipras est donc le grand perdant de ce week-end. Lui qui s'est fait élire pour mettre fin à l'austérité est revenu ce lundi avec un accord qui met davantage son pays sous tutelle, avec un programme de réformes et de mesures encore plus sévère que celui qu'il a refusé de signer auparavant. Mais avec un système bancaire exsangue, et une partie de la population qui sombre encore davantage dans la pauvreté, il n'avait pas véritablement le choix.

Syriza risque de se diviser

Ce choix, il aurait pourtant pu l'avoir, s'il avait eu dans sa manche le joker d'une sortie de la Grèce de la zone euro, comme le préconisait son ex-ministre des Finances, Yanis Varoufakis, et le soutenait une partie du peuple grec en votant « non » au référendum. Mais on ne brise pas un tabou si facilement, et il aurait fallu s'y préparer. La position d'Alexis Tsipras apparaît désormais des plus fragiles, entre son parti qui risque de se diviser, et une opposition qui a l'occasion, avec le soutien de Bruxelles et de Berlin, de revenir dans le jeu.

La peur de la hausse des taux français

Quant à François Hollande, il peut se targuer d'avoir été la cheville ouvrière de l'accord en prétendant rapprocher les positions de l'Allemagne et de la Grèce, ou plutôt en faisant accepter les positions de la première par la seconde.  Mais au delà du succès politique, cet accord a une vertu plus « concrète » pour le président de la république : elle épargne à la France quelques turbulences sur les marchés financiers que n'auraient pas manquer d'entraîner un « grexit » et qui se serait traduit immanquablement par une hausse des taux d'emprunt (et son fameux « spread » avec le taux allemand) pour la France.

Surtout, dans une zone euro plus « intégrée », Paris aurait, à coup sûr, dû encore accélérer le rythme des « réformes » pour mériter sa place dans un club de plus en plus « exclusif. » Dans un contexte économique toujours difficile, la France avait absolument besoin que la Grèce reste dans la zone euro, même à un prix élevé.  Finalement, cet accord s'inscrit dans la philosophie des accords précédents : gagner du temps...

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Commentaires
a écrit le 21/07/2015 à 11:29 :
La réputation de la Grèce a été ternie pour longtemps par leur pseudo-démocratie d'élus incompétents et corrompus.
La honte ne tue pas mais l'amour propre des citoyens grecs en a pris un coup.
L'histoire s'en souviendra.
D'autre pays ferait bien d'y réfléchir...
a écrit le 21/07/2015 à 11:19 :
Vivre à crédit à des limites: aucun de nos parlementaires actuels n'a dû voté un budget à l'équilibre.
Depuis plus de 40 annèes consécutives nos dettes s'accumulent grâce à nos braves élus nationaux irresponsables de leurs décisions.
Plus dure sera la chute !
a écrit le 15/07/2015 à 12:50 :
Il n'était aucunement possible que la Grèce sorte de l'euro car elle n'en n'a pas les moyens,de même d'ailleurs que de nombreux pays. Cet argument n'a été utilisé que pour permettre d'explorer le problème en l'opposant à ceux qui seuls y croient encore les peuples et éventuellement quelques journalistes. Il n'y a aucun accord de pris sauf sur des préalables. Une mise sous assistance totale se prépare. Une mesure qui elle aussi sera partagée par de nombreux pays. Une certaine résultante de l'idéologie européïste apparaît ainsi. Je ne sais pas s'il faut parler de fumée blanche, plutôt de fumée noire et grasse.
a écrit le 14/07/2015 à 16:52 :
il faut un effet massif, dévastateur de sortie de pays de l'Union européenne pour contrer les plans us de poursuite de domination de cette Europe afin de briser le glacis géopolitique us.
a écrit le 14/07/2015 à 11:37 :
Je le répète si les pays du Nord et l'Allemagne sont de valeur ordo libérale , nous n'avons qu'a les laisser seuls diriger cette Europe et ils se vendront leurs produits a eux memes, on verra qui demandera graçe les premiers. On ne veux pas vivre sous euro deuchmark, cette Europe on en veut plus......Faisons si nous avons des"rouffles" la politique de la chaise vide !!!!!!
Réponse de le 15/07/2015 à 8:06 :
Autrement dit faisons comme les grecs. Lisez le très bon commentaire ci dessous. Avec ou sans euros sans réforme pour équilibrer notre budget on sombrera.
a écrit le 14/07/2015 à 11:09 :
La Grèce a bénéficié de l’effacement de 50% de sa dette privée généreusement et de deux plans d’aide mais qui n’ont pas initié l’émergence économique dans ce pays pour cause la dérive de sa gouvernance :népotisme, clientélisme ,corruption, économie de rente, par le manque de volonté de la classe politique y compris gvt actuel enfin l’autosatisfaction des grecs de leur modèle socio-économique et de consommation sur la base : pas de réformes structurelles et demandes aux contribuables des pays européens de plus en plus d’aide qui ne font qu’accentuer plus la dette aussi bien des grecs que des états donateurs et sans aboutir à construire des institutions politique, économique et sociale crédibles qui affichent rapidement et surement leur alignement sur celles des pays de l’UE et en particulier sur les critères d’appartenance au groupe de l’Euro. Le gvt à tendance extrême gauche a fait preuve d’une perception « infantile » du rapport de force entre la Grèce et ses créanciers et l’Euro groupe en optant pour le modifier par des bulletins de vote par référendum décidé sans même consulter ses partenaires et au moment où on s’attendait à un 3ème accord d’aide à la Grèce. L’attitude du gvt s’est accompagnée d’un débit d’anathèmes et slogans virulents contre en particulier un pays à la 1iere économie de l’UE et pivot de l’Euro et comble avec de l’ingratitude à l’égard du 1ier fourvoyer de fonds de la Grèce. La ligne suivie fut le contraire attendue par le gvt : 1/ Perte de crédibilité, de confiance auprès de ses partenaires et pour la 1iere fois est brandi le Grec exit. Le chef du gvt grec devra donc faire son « chemin de croix » pour les restaurer ; 2/ Le chef du gvt s’est retrouvé associant des contraires : Avoir refusé des demandes « light » et se retrouver avec des plus durs sous la supervision de l’UE des actions à entreprendre pratiquement c’est l’exercice de la tutelle suite laxisme et atermoiement des gvts grecs y compris l’actuel même celles que tout gvt entame pour améliorer et crédibiliser son action : justice fiscale et collecte efficace des impôts ; Instaurer un institut crédible des statistiques, mettre fin à des situations de rente aussi aux rémunérations généreuses sans raison dans la fonction publiques enfin engager l’émergence d’un secteur productif et d’export conséquents et non se contenter seulement du tertiaire en particulier le tourisme.
a écrit le 14/07/2015 à 10:36 :
3ieme plan soit.... mais avec la politique anti inflationniste de la BCE, je ne vois pas de porte de sortie de crise pour la Grèce, et d'autres pays dont la France !
a écrit le 14/07/2015 à 10:32 :
Extrait de l'article: " la réussite de la construction européenne implique le respect des règles sous peine d'être expulsé du cercle."
100% d'accord, que cette phrase vienne de Merkel ou de n'importe qui.
a écrit le 14/07/2015 à 9:24 :
une habitude bien française, notre flambeur national a capitulé devant Merkel. Mais s'il remonte dans les sondages tout va bien pour lui, le reste rien à cirer.
a écrit le 14/07/2015 à 8:00 :
La Grèce devrait nous faire comprendre que l'économie doit tenir compte du travail, du capital ET de l'énergie. On oublie l'énergie. Personne n'en parle, sauf Poutine. Les Grecs doivent prévoir le financement des retraites par une taxe sur l'énergie; nous aussi. Et éventuellement une TVA sociale sur les produits agricoles.
a écrit le 14/07/2015 à 7:07 :
"" l'Italie et de la France, régulièrement critiquées pour leur incapacité à tenir leurs budgets et à mettre en application les réformes structurelles exigées par Bruxelles.""

Mais ces fameuses réformes, ce serait lesquelles?
Réponse de le 14/07/2015 à 10:35 :
Celles qui permettent aux seuls talents d exister .
a écrit le 13/07/2015 à 23:48 :
Mieux vaut etre libre et pauvre qu'ESCLAVE
Réponse de le 14/07/2015 à 1:02 :
Tout à fait.
Aujourd'hui le parlement set sous tutelle étrangère.
A qui le prochain tour.
a écrit le 13/07/2015 à 23:48 :
sür que le Crédit Agricole va racheter Emporiki !
a écrit le 13/07/2015 à 22:53 :
Le "rêve européen" en quelques points: 1) domination économique et politique de l'Allemagne 2) pilotage à distance par les USA 3) libéralisme et austérité monétaire 4) destruction économique des pays qui se refusent au point 3

Et notre Président se prend pour un héros lui qui réédite l'exploit de Munich de 1938, et la soumission de la France... Car il manque le point 5 : établissement d'une propagande à visée religieuse sur "l'Europe", et les hérétiques seront excommuniés, Amen camarades
Réponse de le 13/07/2015 à 23:41 :
Même avec une France hors de l'UE et de la zone Euro, son économie serait détruite comme elle l'est à l'heure actuelle en raison de la mondialisation parce que nous nous obstinons depuis 40 ans d'une part à tout réglementer par égalitarisme et d'autre part au déséquilibre budgétaire. Ainsi, nos produits ne sont pas compétitifs face à l'Europe, aux USA et à l'Asie et nos jeunes pourtant très bien formés ne trouve pour 25% d'entre eux pas de travail! A trop vouloir être égalitaire une société en devient inégalitaire. Je le répète, l'Euro n'en est nullement la cause.
a écrit le 13/07/2015 à 21:40 :
Le concept de "menacer la France d'être exclue du club" est un fantasme. Les Allemands sont certes dominateurs, mais ne sont pas idiots au point de saper un des outils majeurs de leur domination: l'Euro ! Si la France sort, l'Euro explose. Cette situation serait probablement plus dommageable à l'Allemagne qu'à la France.

-L'Allemagne retrouverait un Mark plus fort que l'Euro, rendant ses produits plus chers pour le reste du monde. Il en résulterait une baisse des exportations, hors l'Allemagne a construit toute son économie sur son commerce extérieur. Les salaires sont bas en Allemagne, et la demande intérieure aurait donc bien du mal à compenser.

-L'inconvénient majeur pour la France serait une hausse des taux auxquels elle emprunte sur les marchés. En contrepartie elle retrouverait une monnaie dont la force correspond à son économie, et aussi toute son autonomie budgétaire, monétaire et politique. Avant l'Euro, la France était plus industrialisée et exportatrice. Il n'y a pas de raisons objectives que ça ne redevienne pas le cas en cas de retour au Franc.

Tout ceci n'est évidemment que pure vue de l'esprit, car comme je le disais l'Allemagne se gardera bien d'arriver à ces extrémités avec la France. Il est bien plus profitable pour elle d'imposer sa politique aux autres. En force pour ceux qui "ne comptent pas" (Grèce, Chypre, Portugal s'ils leur vient l'idée de se rebeller etc), en douceur pour "ceux qui comptent" (Italie, France).
Réponse de le 13/07/2015 à 23:28 :
Vue de l'esprit, parce qu'actuellement aucun des acteurs n'y a réellement intérêt, mais les circonstances qui nous gouvernent ne sont pas figées. La croissance de la Chine ralentit fortement ce qui devrait impacter l'économie Allemande, le QE va commencer a porter ses effets dans l'economie réelle, l'inflation va repartir. Qui sait ce que tout cela produira dans quelques années.
a écrit le 13/07/2015 à 21:35 :
Vous dites que Mr Tsipras a perdu parce qu'il ne s'est pas préparé au Grexit. Mr Jules, comment se prépare-t-on au Brexit ? Merci de votre réponse.
Réponse de le 14/07/2015 à 1:42 :
La Grande-Bretagne ne va certainement pas sortir de la zone euro puisqu'elle n'en fait pas partie. Quitter l'UE est une question juridiquement et politiquement complètement différente (et certainement moins problématique, surtout si effectué de façon concertée).
a écrit le 13/07/2015 à 21:15 :
Tout à coup, il semble à tous les commentateurs que Mr Tsipras aurait dû se préparer au Grexit et à le mettre en oeuvre : il aurait alors gagné la partie contre Schauble, sachant que ce dernier a feint de vouloir le Grexit alors qu'il ne le voulait pas en réalité...
Je pense que maintenant c'est au tour de la France de se préparer au Frexit car pour les Allemands la France n'a rien à faire dans la zone euro du fait de son indiscipline... La France a une dette de 100% de son PIB. Quand elle atteindra 130% l'Allemagne va convoquer un Eurogroup et va faire campagne pour le Frexit. Si j'ai bien compris les dernières explication des journalistes de la Tribune, le Tsipras français aura intérêt à s'être préparé au Frexit car pour gagner la partie contre les allemands il faut que cela se termine par un Frexit, sinon on a perdu...
Réponse de le 13/07/2015 à 23:33 :
Schauble voulait le Grexit. Le fait qu'il est été jusqu'a proposer un Grexit temporaire de 5 ans au risque de passer pour un fou, montre a quel point le Grexit était nécessaire pour lui. Tout le monde pense que Schauble a vaincu Tsipras hier soir, mais je suis persuadé que l'histoire jugera le contraire.
a écrit le 13/07/2015 à 21:02 :
La seule chose que sachent faire nos gouvernant français depuis 40 ans ! Laisser la patate chaude au suivant en faisant l autruche ! Nos gouvernant devraient être jugé pour haute trahison ! Tout comme Roland Dumas qui écrit dans son livre qu en tant que président du CC il avoue ne pas avoir fait son travail ! Le soit disant dernier rempart de la démocratie ! Un véritable scandale !😡

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