La force de l’engagement est de ne pas se compter en euros, mais en heureux

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Pour le homo oeconomicus que nous sommes, se figurer un service rendu gratuitement tient de l'impossible.
Pour le homo oeconomicus que nous sommes, se figurer un service rendu gratuitement tient de l'impossible. (Crédits : Photo by Christian Dubovan on Unsplash)
OPINION. Dans un monde où tout a un prix, la gratuité sème le doute, voire la méfiance. Pourtant, marginaliser ce qui n’a pas de prix, comme l’engagement, représente un danger. Une dose de gratuité et d’altruisme doivent revenir au coeur de nos rapports les uns aux autres. Par Charlie Tronche, directeur des partenariats chez HelloAsso*.

"Qu'est-ce que je vous dois ?" La question est banale, et conclut de nombreux échanges que nous avons les uns avec les autres. Pourtant, dans certains contextes, elle peut paraître tout à fait hors de propos comme cela est le cas... à l'hôpital pour citer un exemple d'actualité ! A première vue, ne pas débourser le moindre centime pour un service de soin est un non-sens. Après tout, une bonne santé est une préoccupation toute personnelle. Comment justifier de ne pas avoir à en assumer le coût de manière directe dès lors qu'elle nécessite le service d'autres personnes ? Pour le homo oeconomicus que nous sommes, se figurer un service rendu gratuitement tient de l'impossible. La gratuité sème le doute, voire la méfiance : dans ce monde, tout doit avoir un prix. Un doute qui n'épargne pas non plus le monde associatif face à la possibilité offerte de disposer gratuitement d'outils leur permettant d'améliorer la gestion quotidienne de leur fonds. Et comment leur reprocher ce doute et cette suspicion ? Après tout, ils sont aujourd'hui légitimes pour deux raisons.

22 millions de Français concernés par l'expérience bénévole

D'abord parce que le prisme culturel et économique qui est le nôtre fait du prix le
maître étalon de toute chose. Le risque d'une telle approche est toutefois de dévaloriser ce qui a un coût mais qui n'a pas de contrepartie, par exemple la philanthropie. Le don de temps ou de compétence à des projets collectifs sans contrepartie, en un mot l'expérience bénévole, concerne pourtant 22 millions de personnes en France. Le don financier sans contrepartie, en un mot la générosité, s'élève quant à lui chaque année à 7,5 milliards d'euros au profit des associations, dont plus de la moitié émane des particuliers. Quel est donc l'avenir de la philanthropie lorsque rendre un service désintéressé est un comportement qui s'éloigne de la norme ?

D'autre part, si la gratuité est de plus en plus envisagée comme contre-nature, les
géants de la tech en ont une responsabilité inquiétante. Ils la vident de son sens. Les
grandes plateformes que sont par exemple Facebook et Google proposent des services
qui nous facilitent le quotidien et en apparence gratuits. En apparence seulement. En
effet, en les utilisant nous consentons à leur transmettre des informations sur nos vies,
goûts, intérêts ou opinions qu'ils se chargent de commercialiser à des régies
publicitaires avec la promesse d'une réclame parfaitement ciblée. En ceci, ils
transforment purement et simplement Internet en la plus vaste expérience marchande
jamais connue ! Bien loin des valeurs de mise en commun, de liberté et partage de
l'information qui ont pourtant été à l'origine du développement du web.

Pas de gratuité sans engagement

Autant de facteurs qui ne font que souligner une réalité : il ne peut exister aujourd'hui
de gratuité sans engagement ! Si l'accès au soin pour le plus grand nombre reste
possible, c'est parce que nous décidons collectivement d'en assumer la charge via
l'impôt. Si la plupart des associations continuent d'exister, c'est parce qu'elles
bénéficient de soutiens financiers et humains donnés sans contrepartie.
Reste que cet engagement est menacé par le dogme actuel. Une menace que nous pouvons enrayer à condition de ne pas laisser pas l'homo oeconomicus qui est en nous prendre toutes nos décisions selon le ratio coût/avantage. Faisons plutôt confiance à l'homo philanthropus pour qu'il guide nos comportements selon le calcul altruisme/impact. Au bénéfice de tous, l'individu comme du groupe...

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*HelloAsso: solution de paiement alternative et gratuite pour les associations.

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Commentaires
a écrit le 16/12/2019 à 12:48 :
"la gratuité sème le doute, voire la méfiance" ma sœur a vu ça en faisant des activités bénévoles pour les personnes âgées (Alsace), la cheffe devant cheffer ne comprends pas que des gens agissent sans salaire et surtout (!!) de ne pas avoir de prise hiérarchique sur leur activité, des trublions en quelque sorte. Pas de budget donc pas d'animation mais si c'est gratuit c'est louche voire incompréhensible.
Comme tout augmente, en 2020, mes indemnités de syndic bénévole vont doubler, il faut ce qu'il faut :-), 0 * 2 = 0. :-)
a écrit le 16/12/2019 à 10:08 :
Avec le dumping fiscal et social imposés par les mégas riches via leurs politiciens, ne vous en faites pas bientôt nous nous ferons tous exploiter bénévolement et nous n'en sommes pas si loin que ça regardez, c'est déjà notre état surendetté à cause des riches qui nous donnent l’aumône à la place des riches. Bref on se donne nous mêmes l'aumône.
Réponse de le 17/12/2019 à 9:04 :
@ multipseudos:

" « notre état surendetté à cause des riches qui nous donnent l’aumône à la place des riches"

TU m'obliges à me citer quand même, et donc tu n'as pas compris cette phrase c'est ça ? Et au lieu de venir me demander de l'expliquer, parce que cela soulignerait ton puissant complexe, tu préfère l'interpréter et donc exposer que tu ne l'as comprends pas...

JE te signale te laissant donc une chance de te rattraper hein...

ET si tu préfères que l'on parle de Nietzsche c'est avec plaisir !

"TU veux te décupler ? Tu veux te centupler ? Cherches des zéros" Nietzsche

TU veux que je te l'explique celle-là aussi ?

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