Taxis : quelques questions pour dépasser les caricatures

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(Crédits : reuters.com)
Sur quoi va déboucher l'affrontement entre taxis et VTC? ll est certain que la profession de taxi doit se moderniser. Mais aussi que le modèle des VTC soulève de nombreuses questions. Par Pierre Peyrard, directeur général de Taxiloc

 Un peu plus de deux mois ont passé, après la dernière manifestation des chauffeurs de taxi... Un peu plus de deux mois, pendant lesquels certains chauffeurs privés ont stationné dans quelques stations de taxi à Paris impunément pour prendre en charge la clientèle... Un peu plus de deux mois où certains éditeurs d'application ont continué à permettre à leurs chauffeurs affiliés de prendre en charge des clients au mépris de la Loi en toute impunité...
Un peu plus de deux mois où les forces de l'ordre ont sanctionné des chauffeurs de taxi en double file, ne pouvant stationner dans des stations pleines de collègues en attente, "parce qu'ils gênaient la circulation..."
Un peu plus de deux mois pendant lesquels, des chauffeurs VTC clandestins ont conduit les véhicules sous-loués par leurs collègues régulièrement inscrits en Préfecture afin d'optimiser le coût de transport... Un peu plus de deux mois pendant lesquels des entreprises de l'ex-grande remise payant régulièrement leurs charges ont eu de plus en plus de mal à conserver leurs marges... Un peu plus de deux mois pendant lesquels trois cents chauffeurs de taxi parisien ont définitivement arrêté leur métier, ne pouvant plus joindre les deux bouts...

 

Des conflits aussi en Allemagne, Belgique, Espagne....

Un peu plus de deux mois pendant lesquels l'opinion informée par la presse a découvert enfin que les conflits récemment observés en France, étaient reproduits en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Italie (et bientôt en Angleterre : "Class action" des syndicats des "blacks cabs" londonniens le 6 mai prochain)...

Certes, pendant un peu plus de deux mois, le député Thomas Thévenoud nommé médiateur par le précédent Premier Ministre n'a pas ménagé sa peine. Pour en avoir été un témoin direct lors des ateliers "taxis", je peux attester de sa qualité d'écoute, de son ouverture à toutes les contributions, mais aussi de sa volonté à transformer l'existant dans l'intérêt général. Certes, quelques réponses ont été apportées sur le terrain par davantage de contrôles. Mais cela reste insuffisant à la veille du rendu de son rapport tant attendu désormais notamment par les chauffeurs de taxi et leurs représentants.

 Une guerre des prix préjudiciable au client

Car, au risque de paraître décalé, la question du conflit que l'on présente comme opposant les VTC aux taxis, ou encore celui des adeptes de la nouvelle économie à ceux de l'ancienne est mal posée. Cette opposition largement reprise par les media masque les vrais enjeux rencontrés sur le terrain qui concernent l'avenir même des chauffeurs, quelque soit leur statut, et la qualité ainsi que la sécurité offertes qui en découlent.
La vraie question est toute autre, car elle demande d'agir simultanément des deux côtés (taxis et vtc) dans un contexte économique et social complexe :

Il y a d'une part, le sujet de la modernisation du taxi :

- Une profession qui doit se remettre en question, améliorer sa disponibilité par l'adoption notamment des nouvelles technologies, augmenter sa productivité, revoir sa qualité de service en utilisant notamment des moyens de paiement modernes.

Mais il y a surtout d'autre part, un sujet de fond qu'on oublie d'évoquer trop souvent du côté des VTC et de leurs donneurs d'ordre :

- Celui de la couverture du coût de la prestation de transport par les prix pratiqués.

Car lorsque le chauffeur de taxi est soumis à une réglementation avec des tarifs fixés par l'Etat, et un taximètre garant de l'équité de traitement des clients (compensée malheureusement par des comportements parfois indélicats d'une minorité de chauffeurs), le chauffeur VTC ou de l'ex grande remise est de nos jours soumis à la guerre des prix pour l'acquisition des clients que se livrent les éditeurs d'application et autres exploitants de plateformes numériques. La pression des prix à la baisse entraîne non seulement les chauffeurs VTC sous-traités vers la rupture de rentabilité, mais aussi leurs collègues de l'ex-grande remise et les chauffeurs de taxi délaissés peu à peu par des clients attirés par le miroir aux alouettes d'un écran de smartphone...

 

De vrais contrôles?


Atout France, organisme chargé du registre des exploitants de TVC, détient une grande part de responsabilité dans la tension extrême créée sur le marché aujourd'hui :

- A-t-elle contrôlé sérieusement les inscriptions des chauffeurs à son registre ?

- Y-a-t-il eu des contrôles dans certaines entreprises soupçonnées de louer des licences VTC ?

- Et ces chauffeurs inscrits, disposent-ils tous d'une assurance passager transporté ? 

- Est-il acceptable qu'un chauffeur de taxi radié de la Préfecture de Police se retrouve inscrit chauffeur VTC ?

- Contrôle-t-on les conditions d'usage des smartphones par les chauffeurs qui prennent des courses transmises par les donneurs d'ordre ? 

- Faudra-t-il encore s'émouvoir à l'avenir d'une nouvelle affaire "Bruno Cholet" pour renforcer les contrôles ? 

- Enfin, y'a-t-il un observatoire sérieux du marché, permettant d'apprécier la régulation entre l'offre et la demande  ?

Car au delà même des questions d'ordre qualitatif et sécuritaire, si trop d'impôts tuent l'impôt, trop de chauffeurs tuent encore plus de chauffeurs quand la demande se raréfie ! Aujourd'hui, n'en déplaise à certains, force est de constater qu'elle n'a pas suivi l'offre. Pire, voici une entreprise de destruction massive : Les "codes promo" distribués sur les réseaux sociaux des uns ont largement contribué à provoquer les dépôts de bilan ou autres arrêts d'activité des autres, artisans chauffeurs de taxi notamment.

 

Transporteur ou commissionnaire de transport ?

Pourtant, les clients doivent savoir qu'il y a une grande différence entre s'en remettre à un transporteur professionnel assumant tous ses coûts de production, et s'en remettre à une plateforme technologique externalisant ces mêmes coûts à des chauffeurs sous-traités, tentés d'adopter des comportements dangereux pour leur sécurité même (conduite inappropriée, amplitude horaires de quinze heures et plus, sous-location du véhicule à un collègue non déclaré etc...) sans même évoquer la question du covoiturage urbain ayant provoqué une polémique récente à Bruxelles !

Une autre question est également posée avec acuité : celle de la modernisation des techniques de contrôle par les forces de l'ordre.

Car il ne peut y avoir de concurrence saine entre chauffeurs et sûre pour les clients, sans contrôles efficaces. Aujourd'hui on ne sait même pas combien il y a de chauffeurs proposant leurs services sur le marché parisien !

Le feu sur le marché du transport de moins de 10 personnes

Il y a le feu sur le marché du transport public de moins de dix personnes en France comme partout désormais en Europe et même ailleurs dans le Monde où une entreprise multinationale dénonçant des situations de monopoles locaux, cherche en fait à imposer le sien.
A Paris, dans les Ministères concernés et à l'Assemblée Nationale, il ne faudra plus attendre un peu plus de deux mois pour agir...

Car pour le moment, comme l'évoquait l'héroïne du roman de l'ex chauffeur de taxi Horace Mc Coy dans l'Amérique des années trente, ce ne sont plus les chevaux qu'on achève : pendant les tests en situation réelle de la "self driving car" de Google, "on achève bien... les chauffeurs".

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Commentaires
a écrit le 24/04/2014 à 11:18 :
Pathetique de comparer les VTC a un criminel meutrier.
a écrit le 24/04/2014 à 5:34 :
Adoptée le 15 novembre 2006, la directive européenne sur les services oblige les Etats de l'Union à ouvrir largement les vannes de la concurrence dans les professions réglementées. La liberté d'établissement et de prestation de services est désormais la norme, les contraintes doivent être dûment justifiées. Tous les pays ont dû transposer cette directive et alléger leurs réglementations. Tous, sauf la France !
La France doit se conformer aux règles communautaires et mettre fin au scandaleux numérus clausus des taxi, pharmaciens, notaires, et autres métiers protégés !
Réponse de le 24/04/2014 à 9:11 :
La France va bientôt sortir de l'UE, pourquoi voulez vous que cela soit transposer?
a écrit le 23/04/2014 à 22:48 :
A Paris une société (G7) n'est elle pas propriétaire de 75% des plaques de taxi ?? Il est temps d'imaginer une autorisation administrative d'exercer liée à la personne, non transmissible ??!! Ca reglera une partie du problème...
Réponse de le 22/05/2014 à 20:17 :
Il faudra vérifier ses dires avant d'écrire n'importe quoi !!!!!
La G7 est une centrale de réservation elle ne détient pas du tout le nombre de licence que vous avancez !!! Je suis artisan taxi et affilie à la G7. J'ai acheté ma licence.
a écrit le 23/04/2014 à 20:36 :
Perso j'utilise les 2.
Vtc pour aller en soirée. Propre, prix forfaité et en heure de pointe.
Taxi en sortant de soirée. Si c galère , hop 1 coup de vtc.
Tout au détriment du métro qui pue et qui est sale.
C tout. Voila ma vision de ces 2 modes.
a écrit le 23/04/2014 à 18:30 :
Tant que les taxis ne comprendront pas qu'il faut travailler à course fixe (ou au forfait) la profession sera en difficulté. On ne sait jamais le prix que l'on va payer pour aller d'un point à un autre contrairement à tous autres moyens de transport (bus train avion etc.. ou le prix du transport est connu à l'avance
Taxis inspirez vous des 'premières classe' avec bien sur des tarifs adaptés
Réponse de le 23/04/2014 à 20:47 :
Les taxis ne fixent pas leurs prix, c'est le taximètre, avec des tarifs fixés par la préfecture !
Réponse de le 23/04/2014 à 22:44 :
Alors, peut être faudrait-il autoriser la course au forfait déterminé avant la prise en charge, le taximètre n'étant alors qu'indicatif et un plafond à ne pas dépassé : le client serait rassuré ! Perso, à l'étranger, je préfère NETTEMENT négocier un forfait en espérant ne pas trop me tromper, plutôt qu'un taximètre aléatoire et parfois plein de mauvaises surprises !!! JE comprend aussi que des étrangers aient la même réaction en France !!!
a écrit le 23/04/2014 à 16:07 :
les taxis choisissent leurs clients le soir et surtout après minuit( refusent certaines destinations à Paris et proche banlieu parce que non lucrative). certains insultants...Des frais de 5euro si on resserve pour une prise en charge durant les horaires de pointe + Ils sont dans les bistrots dans les heures de pointes et laissent les clients attendent...Voila le vrai taxi parisien. Ils gagnent bien leurs vie et ils se plaignent beaucoup...Je travaille dans un bureau et avec un bac + 5 et je gagne un peu plus qu'eux..Alors qu'ils arrêtent de pleurnicher....Les métiers protégés sont une source d'inégalité...Pour mon travail, j'ai réservé plusieurs fois des taxis et certains arrivent avec 15 euro au compteur...et la réponse, cela fait 5min que je vous attends...Cet article m’énerve parce qu'il met d'un côté les gentils taxis et le reste est méchant...Autre point, je trouve que la minorité dont vous parlez fait beaucoup de monde...j'utiliserai le mot, majorité à votre place..
Réponse de le 23/04/2014 à 21:50 :
J aimerais être a votre place avec un bac +5 dans un bureau avec 1500€
De salaire ça me suffirait
Réponse de le 24/04/2014 à 6:42 :
Reprenez donc vos études, et vous y arriverez aussi .
a écrit le 23/04/2014 à 15:51 :
"Car pour le moment, comme l'évoquait l'héroïne du roman de l'ex chauffeur de taxi Horace Mc Coy dans l'Amérique des années trente, ce ne sont plus les chevaux qu'on achève : pendant les tests en situation réelle de la "self driving car" de Google, "on achève bien... les chauffeurs".

Les taxis n'ont pas été "achevés" ils se sont suicidés. Dans une ville comme Paris, il est impossible de trouver un taxi les vendredi ou samedi soir : files d'attente interminables dans les stations, un taxi toutes les 10 minutes.... Je suis resté coincé sur les Champs 1 heure et demie dans une station taxi un dimanche à 2H00 du matin puis découragé, je suis rentré à pied... Je dispose par ailleurs grâce à mon travail d'un abonnement à une société de taxi (G7). Il est impossible de faire une réservation aux heures de pointe (7/8h00 du matin pour aller prendre un avion est une heure de pointe!). Bref, l'offre de taxi à Paris ne parvient pas à satisfaire la demande. La nature ayant horreur du vide, il ne faut pas s'étonner que les entreprises clientes abandonnent les taxis pour se tourner vers les VTC qui leur font les yeux doux, ont une offre tarifaire et qualitative bien mieux-disante. Mon entreprise a fait le switch et ne l'a jamais regretté. Pas de voitures qui puent la cigarette froide, pas de chauffeurs qui roulent fenêtres ouvertes en se fichant du confort des passagers, pas de radios débiles à fond la caisse, pas d'itinéraires farfelus car la course n'est pas payée au kilomètre, disponibilité 24heures sur 24, etc. Bref, les taxis non concurrencés ont pris de bien mauvaises habitudes. S'ils veulent survivre à la concurrence, le changement, c'est maintenant !
a écrit le 23/04/2014 à 15:44 :
A t-on dit à ce monsieur combien les taxis depuis 2 mois, pus, sont sales, en retard, chers, pas aimables, mal habilés, discourtois. A t-on dit à ce monsieur, que les VTC sont propres, sentent bon, offrent des boissons, la possibilité de recharger son téléphone, aimable, sans musique et aux tarifs plus que corrects ? A t-on prévenu ce monsieur de Taxiloc qu'il est has been dans ses remarques et vision du marche ?
Réponse de le 23/04/2014 à 22:07 :
Une belle et grande généralité dans toute ça splendeur ! Merci... Vous à t'on prévenu que les club affaires disposent de ces service et encore plus....
Réponse de le 24/04/2014 à 7:51 :
vous a t-on prévenu que ce service n'est pas au niveau des VTC mais au niveau de prix astronomiques ?

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