Travailleurs européens, circulez !

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(Crédits : Reuters)
La mobilité, talon d'Achille de l'Europe, pourrait pourtant résoudre en partie le problème du chômage dans la zone euro. Quelques pistes pour la développer. Par François Béharel, PDG de Randstad France.

La troisième conférence sociale du quinquennat marque une nouveauté. Pour la première fois, l'Europe est au menu des discussions. Charge aux acteurs du dialogue social de trouver des solutions pour, entre autres, favoriser la mobilité de la main d'œuvre entre pays de l'Union européenne (UE). Choix judicieux : la mobilité est précisément l'un des talons d'Achille de l'Europe.


Circulation des travailleurs 

Sur les 500 millions d'habitants que comptent les 28 pays de l'UE, seuls 6,6 millions travaillent dans un autre Etat membre que le leur. Soit 3 % de la population active. Une telle proportion est mince au regard des possibilités qu'offre le marché intérieur. Elle signale surtout le caractère inachevé de la construction européenne. Tandis que les capitaux, les marchandises et les services s'échangent abondamment en Europe, la libre circulation des travailleurs - pourtant l'une des quatre libertés fondamentales de l'UE - reste elle limitée.

Certes, cette situation n'est pas inédite : dès 1992, la Commission européenne tirait la sonnette d'alarme sur la faible mobilité de la main d'œuvre en Europe. Dans le contexte actuel, elle est toutefois néfaste.

 

Tirer parti de la mobilité

La crise, en effet, a mis au jour puis aggravé des divergences profondes entre les pays de l'Union. En particulier au sein de la zone euro. Ces destins opposés se lisent d'ailleurs dans les chiffres du chômage. En 2007, l'écart entre le taux de chômage le plus faible et le plus élevé en Europe atteignait 7,6 points. En 2013, il a été multiplié par trois, pour s'établir à 22 points. Derrière ces chiffres se cache le quotidien de 26 millions d'Européens sans emploi.

Or, dans l'éventail des solutions à apporter à ces concitoyens, pour la plupart victimes de la crise, la mobilité tient rarement le haut du pavé. C'est une erreur. Car si l'Europe en tirait le meilleur parti, elle disposerait d'un levier puissant pour amortir les chocs auxquels font face les marchés du travail européens au gré des crises. La mobilité agirait tel un instrument de régulation. Comment ? En se redéployant sur les marchés les plus porteurs, la main d'œuvre européenne trouverait à maximiser son potentiel, au bénéfice de l'ensemble des parties prenantes.

Des chômeurs retrouveraient par exemple un emploi, des salariés sous-employés ou surqualifiés se verraient proposer un travail à la hauteur de leurs attentes, des employeurs s'attacheraient les compétences recherchées, etc. Dit autrement, les mobilités géographiques et / ou professionnelles à l'échelle européenne contribueraient à résoudre les déséquilibres structurels qui entravent le bon fonctionnement des marchés du travail.


Des freins à lever

Bien que modestement, les flux de main d'œuvre qui irriguent aujourd'hui l'Europe participent de ce rééquilibrage. Ils concernent au premier chef l'Espagne et l'Allemagne, suivant en cela la fracture nord / sud qui divise le continent en matière d'emploi. Bien sûr, ces transferts ne peuvent à eux seuls faire reculer le chômage espagnol et résorber dans le même temps les pénuries de main d'œuvre qualifiée qui sévissent outre-Rhin. On objectera en outre que de nombreuses barrières, linguistiques et culturelles notamment, se dressent devant les candidats à l'émigration.

Reste que, à l'heure où la reprise tarde à se manifester, l'Europe doit se donner les moyens de réussir. Cela suppose de lever plusieurs freins. Salaire minimum, cotisations sociales, assurance - chômage... Les points d'interrogation concernant une expérience professionnelle à l'étranger sont nombreux. Il faut les sécuriser. Plusieurs chemins sont possibles.


La solution fédérale 

La voie d'une Europe fédérale, compétente en matière sociale et de politique de l'emploi, serait la plus directe vers un marché du travail européen dépourvu d'obstacles à la mobilité. Elle est aussi la moins probable. Non seulement, les Etats n'ont pas la volonté politique de déléguer à Bruxelles de telles prérogatives, mais les bases d'un compromis semblent hors de portée dans l'immédiat. Où placer, en effet, le curseur de l'harmonisation ?

A défaut d'un grand saut fédéraliste, l'Europe sociale peut cependant encore prendre forme. Quelques bases, certes insuffisantes, ont été jetées. Une carte professionnelle européenne est ainsi en passe de voir le jour, afin de faciliter la reconnaissance des qualifications.


Une Europe sociale

Il pourrait en être de même à propos d'une future assurance-chômage, commune aux pays de la zone euro, actuellement en discussion à Bruxelles. Cette assurance-chômage devrait idéalement être couplée à un contrat de travail européen, ainsi que l'avait envisagé le Conseil d'analyse économique (CAE) en 2013.

Dans la même logique, Eures, le réseau européen des services publics de l'emploi, devrait évoluer pour devenir la plateforme européenne de l'emploi, qui regrouperait non seulement les offres de l'ensemble des Etats membres, mais aussi les informations relatives aux pénuries de main d'œuvre. Avec, en ligne de mire, un meilleur appariement de l'offre et la demande.

Alors, en attendant de pouvoir pleinement bénéficier du potentiel de la mobilité, de quelle alternative disposent les Européens à la recherche d'un emploi ? Là aussi, l'Europe nous montre la voie. La France, par exemple, serait bien inspirée de copier les recettes qui font le succès des pays nordiques, de l'Allemagne et de l'Autriche, entre autres. Et pour une fois, le dénominateur commun est tout trouvé : par-delà leurs différences, ces pays ont tous un marché du travail flexible.

 

 

 

François Béharel, président du Groupe Randstad France. François Béharel est membre du conseil d'administration de Randstad Holding et, à ce titre, également en charge de l'Espagne, du Portugal, de la Belgique, du Luxembourg et l'Amérique Latine.

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Commentaires
a écrit le 03/07/2014 à 12:23 :
Oui il y a une grosse demande en Grece et en Espagne!

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