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Conseil Economique de l’Arctique : pourquoi la France ne ratera rien

Photo de Antoine Patinet

Mikå Mered

Publié le 17 juillet 2014 à 09:19 - Mis à jour le 17 juillet 2014 à 10:25

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le Conseil Economique se tiendra les 2 et 3 septembre prochains. La France n'a pas été conviée, mais pour Mikå Mered, Directeur exécutif, POLARISK Group, ce n'est pas si grave...

Entre ceux qui veulent sauver l'Arctique, ceux qui veulent en faire un grand terrain de jeu, et ceux qui veulent juste comprendre son impact géopolitique et géoéconomique, un nombre croissant de décideurs économiques s'intéressent de près aux enjeux du premier marché polaire.

Président tournant du Conseil de l'Arctique jusqu'au printemps 2015, le Canada a voulu institutionnaliser cette dynamique en créant le Conseil Economique de l'Arctique (AEC). La ministre chargée des affaires arctiques, Leona Aglukkaq vient d'annoncer la réunion inaugurale des 2 et 3 septembre prochains à Iqaluit. Mais en réalité, quel impact aura ce nouveau Conseil sur le développement du Grand Nord ?

Un énième forum business en Arctique ?

L'Arctique n'est pas un territoire vierge ou non-régulé. Hôte des secondes réserves mondiales de terres rares et première réserve mondiale d'uranium, entre autres, le Grand Nord fournit déjà environ 10% du brut et 25% du gaz mondial. Tous secteurs confondus, ce sont plus de 600 milliards de dollars d'investissements sur 20 ans qui ont été annoncés depuis 2010.

Au-delà des droits nationaux, l'Arctique est régi par plus de 50 accords bilatéraux, dont certains instaurant des zones de libre-échange, de libre circulation des personnes (comme à la frontière russo-norvégienne) des garanties sur les investissements internationaux (CIRDI), ou encore un prochain Code Polaire pour le transport maritime et les croisiéristes, De nombreux forums business, tels que le Arctic Business Network ou l'Arctic Circle, surnommé "Davos de l'Arctique", s'y sont très récemment créés.

Cela dit, même si le canevas régional est déjà prêt pour accueillir entreprises et investisseurs, le gouvernement conservateur canadien se devait de créer sa plateforme de diplomatie économique Arctique afin de justifier sa politique polaire coûteuse au vu des retours sur investissement incertains.

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Indépendant mais pas trop...

Présenté comme indépendant mais néanmoins adossé au Conseil de l'Arctique (le principal organe intergouvernemental regroupant les huit pays arctiques et six associations de peuples autochtones), l'AEC est censé permettre à des décideurs économiques d'engager un dialogue pan-Arctique afin de dégager de nouvelles opportunités business, d'échanger sur leurs savoirs-faire, et de générer un éventail de pratiques exemplaires pour opérer dans le Grand Nord. Il est censé émettre des recommandations aux diplomates du Conseil de l'Arctique. Problème : l'indépendance de l'AEC vis-à-vis du politique n'est en réalité pas si limpide.

Premiers générateurs de défiance : dans le texte fondant l'AEC, signé en Conseil de l'arctique le 27 mars dernier, les diplomates se sont réservés la possibilité d'orienter les travaux de l'AEC vers certains thèmes ou enjeux.

Ensuite, afin de garantir la voix des entrepreneurs autochtones à l'AEC, chacun des 8 pays membres du Conseil de l'Arctique (USA, Canada, Islande, Danemark, Norvège, Suède, Finlande et Russie) devait nommer jusqu'à trois personnalités qualifiées pour représenter leur pays à l'AEC.

Or, au Canada ou au Danemark, la nomination vint du ministère des Affaires Etrangères, tandis qu'aux Etats-Unis, ce sont la chambre de commerce d'Alaska et la Alaska Arctic Policy Commission (regroupant parlementaires et experts) qui remplirent la mission. Certains pays ont désigné des chefs d'entreprise, quand d'autres ont envoyé des dirigeants de lobbies nationaux. Beaucoup d'optimistes ont là déchanté.

La France exclue du Conseil

Troisième écueil, il était acté à sa création qu'un nombre important d'acteurs économiques en Arctique serait de facto exclu de l'AEC. En effet, les pays observateurs du Conseil de l'Arctique, parmi lesquels la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne ou la Chine, qui pourtant étaient effectivement présents lors des négociations, n'ont pas été autorisés à envoyer des représentants à l'AEC. Or, ces pays observateurs sont ceux qui sont les plus à-même d'alimenter la croissance et l'innovation dans la région.

Enfin, aucun financement n'a été arrêté. Reviendra-t-il au pays présidant le Conseil de l'Arctique de financer l'AEC ? Washington, qui prendra la présidence tournante du Conseil de l'Arctique au printemps 2015 pour deux ans, envisage déjà de ne pas poursuivre l'aventure.

Un projet mort-né

Avant même le sommet inaugural, les objectifs de l'AEC sont donc apparus flous et peu, à part des canadiens, se pressent pour en être. Pendant ce temps-là, en France, malgré les nombreuses entreprises présentes en Arctique et le projet de Cluster Polaire Français actuellement en gestation, silence radio... Paradoxalement, c'est en Chine, en Corée du Sud ou en Australie que plusieurs chefs d'entreprise et experts ont déjà manifesté leur mécontentement face à l'exclusivité de l'AEC.

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Dans le texte fondateur, il est dit que l'AEC étudierait peut-être les candidatures spontanées à l'avenir, mais il ne précise pas si ces candidatures seraient encore réservées aux pays membres du Conseil de l'Arctique, ou ouvertes aux pays observateurs ou à tout acteur opérant en Arctique... Pour toutes ces raisons l'AEC a tout l'air du projet mort-né.

Mikå Mered

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