"Cloud de confiance" : cuisine et dépendance
Arno Pons (*)

Photo d'illustration
Arno Pons dr
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Les annonces gouvernementales en début d'année sur le « Cloud souverain » semblaient pourtant frappées du bon sens, et ont été d'ailleurs globalement bien accueillies. À un détail près peut-être, mais pas des moindres : la question des licences aux GAFAM. Beaucoup en effet considèrent que c'était ouvrir la porte en grand aux Big techs dont ils étaient supposés nous protéger. Les fervents défenseurs de notre indépendance technologique, économique et géopolitique, dont notre think-tank Digital New Deal fait partie, sont en droit de s'interroger. Pour y répondre, posons-nous les bonnes questions, et tentons d'y répondre le plus franchement possible :
La question est donc : comment pouvons-nous atteindre ce niveau ?
Tout d'abord en structurant une offre à la bonne échelle, c'est-à-dire européenne. GAIA-X est là précisément pour pousser le marché à se structurer en faisant le pari de la coopération.
Ensuite en facilitant le multi-cloud. En utilisant les capacités techniques des acteurs dominants à des fins de transferts de technologie vers des solutions européennes, le multi-cloud est de fait la seule opportunité commerciale concrète pour pénétrer le marché et ensuite y faire sa place. Les licences américaines — à l'instar d'un Microsoft territorialisé pour Bleu — sont donc un choix pragmatique pour accompagner cette nécessaire transition pour nos acteurs et espérer gagner des parts de marché.
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C'est une vision assez Gaullienne finalement, selon laquelle l'alliance n'empêche pas l'autonomie. En matière technologique comme en matière militaire, nous devons viser la souveraineté politique tout en s'inscrivant dans une logique de coopération opérationnelle. La France doit porter ce combat pour l'Europe, elle qui défend le principe d'autonomie stratégique depuis des décennies face à ses amis allemands qui jusqu'ici se contentaient très bien de la protection américaine. Mais la décennie précédente a été jalonnée d'événements (Snowden, Cloud Act,...), qui par accumulation, ont jeté la lumière sur un impensé européen, recouvrant une dépendance généralisée non seulement aux géants du numérique, mais aussi au droit des puissances étrangères, fussent-elles alliées.
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L'enjeu est donc de faire notre « petite cuisine » en rationalisant notre dépendance le temps d'être véritablement autonomes et compétitifs. Gageons toutefois que l'État français, et demain l'Union européenne, appliqueront une politique d'achat suffisamment volontariste pour accompagner la montée en puissance de nos acteurs, et que ce choix ne reste qu'un « mal nécessaire » pour amorcer une véritable stratégie économique long-termiste. La récente circulaire de Nadi Bou Hanna de la Direction Interministérielle du Numérique (DINUM) interdisant aux agents publics d'utiliser Microsoft365 vient accréditer ce scenario optimiste. Gageons que ce ne soit qu'un début...
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(*) Arno Pons, délégué général du think-tank Digital New Deal, co-auteur du livre blanc "Cloud de confiance, un enjeu d'autonomie stratégique pour l'Europe"
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