Gaspillage alimentaire : le sans emballage est utopique, mais battons-nous pour l’accès à de meilleures alternatives !

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Daphna Nissenbaum fondatrice de l’entreprise TIPA.
Daphna Nissenbaum fondatrice de l’entreprise TIPA. (Crédits : DR)
Le gaspillage alimentaire est un désastre. Chaque année, 10 millions de tonnes de produits alimentaires sont gaspillés en France selon une étude de l’ADEME. Chaque Français jetterait ainsi en moyenne 30 kg de nourriture par an, dont 7 kg de produits encore emballés. Et même si 96% des grandes et moyennes surfaces collaborent avec des associations, seulement 47% d’entre elles sont effectivement collectées quotidiennement. La mauvaise nouvelle est donc que les efforts à fournir sont immenses et que notre capacité à nous nourrir demain est en cause si nous ne prenons pas plus soin de nos terres. La bonne nouvelle est que des réponses existent. Par Daphna Nissenbaum fondatrice de l’entreprise TIPA.

Il est prouvé que l'emballage plastique (conventionnel ou pas) joue un rôle important dans la durée de conservation des aliments ; ce qui participe à réduire le gaspillage alimentaire lié aux aliments contaminés ou abîmés le long de la chaîne de distribution. Cela réduit du même coup les énormes externalités négatives associées au gaspillage alimentaire (l'utilisation des terres, l'eau, les émissions de CO2 et les aspects socio-économiques variés). Cependant, si l'on considère l'ensemble du cycle de vie et l'impact écologique, les inconvénients des emballages plastiques conventionnels l'emportent souvent sur les avantages associés au système actuel d'emballage plastique souple à usage unique.

Ces derniers sont rarement séparés et collectés, et même lorsqu'ils le sont, ils ne peuvent être réutilisés et recyclés efficacement pour atteindre la même qualité et la même intégrité que le matériau d'origine. Avec pour conséquence des fuites de substances nocives et de micro-plastiques dans notre eau, nos sols et milieux marins. Des solutions existent pourtant, comme les emballages compostables qui offrent les mêmes qualités de protection que les emballages conventionnels, tout en limitant les externalités négatives associées. Ils sont conçus pour avoir le même impact en fin de vie que les aliments qu'ils protègent : ils se dégradent et se compostent de la même manière que les restes et sous produits (pépins, épluchures, parties non utilisées, etc.).

Les États doivent mettre en place les infrastructures idoines

Le scepticisme est encore de rigueur chez de nombreux acteurs du marché alors que des labels reconnus existent et des tests grandeur nature sont régulièrement réalisés avec succès. La composition, notamment concernant les additifs, mais aussi les critères de sécurité alimentaire, sont pourtant plus stricts que pour les plastiques conventionnels, également en contact avec les aliments. Autres arguments souvent opposés aux emballages compostables par les industriels : ils ne se dégradent pas assez vite et nous ne pouvons pas trier ce type d'emballages. En réalité, il est maintenant possible de les identifier, tout comme il est possible de séparer les autres types d'emballages (les polymères qui les composent étant différents). Il existe aussi des normes claires en matière de compostabilité (norme EN 13432) qui garantissent que les produits labélisés compostables ont une durée de compostage définie.

En ce qui concerne la durée de dégradation, la R&D s'améliore de jour en jour, faisant émerger des solutions qui pourraient disparaître dans quelques semaines, et plus généralement, une fois les infrastructures mises à l'échelle et le débit constant et régulier, la période « tampon » ne sera plus un problème. (La question de savoir ce que l'on fait de ce compost trouve une réponse plus bas). En attendant, le défi réel et urgent pour les gouvernements est de veiller à ce que des infrastructures soient disponibles pour que le flux de déchets compostables soit efficace et qu'elles bénéficient du même soutien que la politique de recyclage actuelle (tout n'étant pas recyclable). Les choses changent, mais pas assez vite. Si Paris adopte peu à peu la collecte des biodéchets (dans l'objectif de la généraliser avant l'obligation européenne fixée à 2025), d'autres villes pionnières comme Lorient l'ont mise en œuvre depuis longtemps (2003) avec d'excellents résultats : 8.150 tonnes collectées par an, soit 40 kg/an/habitant.

Une solution pour lutter contre la diminutions des espaces agricoles arables

D'autres exemples : les politiques de compostage menées à Milan ou en Catalogne montrent qu'une fois que les gens sont mobilisés sur le processus de compostage et que des infrastructures sont correctement déployées, l'adoption et le changement des habitudes vont vite. En Catalogne, le compost issu de la collecte (qui comprend les emballages compostés) est réutilisé et certifié comme adapté pour l'agriculture biologique. L'une des principales barrières à la gestion responsable des déchets organiques est que trop souvent les aliments sont jetés avec leur emballage, à cause d'un manque de sensibilisation ou de ressources (pensez à votre supermarché le plus proche : séparent-ils vraiment tous les aliments avariés du plastique qui les entoure ?). En découle l'un des deux processus de gaspillage : la matière organique est jetée en décharge/incinérée avec les emballages, ou l'emballage plastique finit dans le flux des déchets organiques, les contaminant et les rendant inadéquate à l'utilisation agricole. Dans les deux cas, des ressources organiques précieuses sont perdues.

Les produits compostables aident à simplifier et à résoudre ce processus, car ils peuvent être jetés avec la matière organique et compostés avec elle. Pourquoi cela devrait-il être l'une de nos priorités ? Parce qu'avec les modes de production alimentaire et de consommation actuelles, nous perdons du terrain chaque année. Littéralement. Selon l'Inra, la France a vu ses espaces agricoles arables diminuer de 25% en 50 ans, et 20% des sols français sont menacés d'érosion. L'un des moyens les plus efficaces pour relever ce défi et reconstruire nos sols est de restituer les nutriments perdus des sols à partir des matières organiques sous-utilisées - dont le compost se compose. Bien sûr, lorsqu'il n'est pas indispensable, le recours à l'emballage à usage unique doit être évité, mais dans la réalité, nous n'atteindrons jamais un système sans emballage et une certaine quantité de déchets alimentaires reste inévitable. Par conséquent nous devons veiller à ce que les aliments qui ne peuvent pas ou n'ont pas été consommés ne se transforment jamais en déchets, mais plutôt en une ressource précieuse comme du compost, des minéraux ou une matière première organique pour de futurs produits.

Selon Drawdown (une proposition globale visant à inverser le réchauffement climatique), la réduction des déchets alimentaires et le compostage figurent d'ailleurs en haut de la liste des solutions qui doivent être soutenues et mises en œuvre afin d'apporter de sérieuses améliorations environnementales et sociales positives. Mais sans investissements sérieux dans la collecte et la gestion des biodéchets et des produits compostables, la sensibilisation des consommateurs sur ces sujets et un consensus international sur les labels/la désignation des emballages légitimes, les gouvernements et les grandes entreprises empêchent ce changement - vital - à grande échelle.

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a écrit le 27/06/2019 à 5:05 :
Il faut que les francais soient enfin responssables et consomment des insectes. La viande doit etre reservée seulement pour l'elysee, matignon et bercy.

Nos jeunes doivent se battre pour cela.
a écrit le 26/06/2019 à 9:48 :
Si votre produit ressemble trop a du plastique les gens ne le mettront pas au compost mais c'est vrai que c'est du non plastique qui ne restera pas dans la nature.
Coté emballages alimentaires, les verres a usage unique et les conserves métalliques doivent être archi énergivore a produire et a recycler, surement un cout élevé et une pollution indirecte
a écrit le 26/06/2019 à 8:55 :
Merci beaucoup, il serait temps que les politiques anti-gaspillages ne se résument pas à augmenter le tarif de nos poubelles et nous faire travailler plus en même temps !

Pas facile de s'attaquer à la marge bénéficiaire de l'actionnaire qui est en train d'éradiquer l'humanité au sein d'oligarchies dégénérés par leur cupidité.
a écrit le 26/06/2019 à 5:17 :
Problème bien français.
Chez nos voisins allemands tout se vend a l'unité...chez nous le Lot est devenu la règle. Il suffit de deloter systématiquement quand on essaie de forcer la vente.
a écrit le 25/06/2019 à 23:24 :
Bien sûr qu'il faut réduire les emballages... les avions aussi, les voitures, les camions, les bateaux, en fait tout ce qui utilise les sous produits issus du pétrole.
Vu que l'économie est fondée sur ce produit, on ne réduira qu'à la marge. Le seul espoir, l'épuisement rapide du pétrole....et du charbon.
Et comme c'est pas pour demain, ça va chauffer de plus en plus dur.
Dans un tel contexte, c'est à chacun trouver ses propres solutions pour vivre le mieux possible, et c'est encore plus vrai dans l'environnement individualiste de ce début de siècle.
a écrit le 25/06/2019 à 20:10 :
moi j'ai une solution qui marche a 100%
il suffit d'organiser la penurie, comme dans tout pays socialiste qui se respecte
plus rien ne serait ni jete ni gaspille
les gens mangeraient moins de sucre, c'est bon pour leur diabete
ils perdraient du poids c'est bon pour leur tension et pour leurs genoux
bon, sinon, pour le rechauffement climatique, on culpabilise les francais, mais aucun gauchiste ne manifeste contre les torcheres a la sauvette utilisees en afrique pour raffiner a la volee, personne ne manifeste contre les 1.5 milliards de chinois, personne ne s'indigne en s'offensant des bientot 2 milliards d'indiens, personne.......
ah ben oui, non, c'est pas avec ca qu'on va culpabiliser les blancs, hein?
a écrit le 25/06/2019 à 19:45 :
Dis moi ce que tu jettes et je te dirais qui «  tu es »

1) trier au maximum ( compostage + enlèvement en décharge )
2) taxer le gaspillage d’alimentation quand d’autres meurent de faim

La meilleure manière de responsabiliser est «  la taxe » .

Peut être qu’il faudrait créer un «  parcours de recyclage » avec de nouveaux procédés et outils pour tous et toutes .

Exemple : mis à disposition pour tous des bacs de tri et d’emballages et procédés pour éviter de polluer l’environnement
Inciter les industriels a stopper les produits et emballages nocifs à la vente.
D’autres solutions existent surement ...

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