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L'Espagne fragilisée, l'Europe aussi

Photo de Jean-Christophe Gallien

Jean-Christophe Gallien

Publié le 13 novembre 2019 à 16:12 - Mis à jour le 13 novembre 2019 à 17:23

Jean-Christophe Gallien.

Jean-Christophe Gallien.

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OPINION. En perdant 3 sièges et surtout 728.000 électeurs, le PSOE et son leader Pedro Sánchez ont pourtant gagné ces élections. Encore. Mais dans le détail, les résultats de ce dimanche complexifient un contexte politique, gouvernemental et institutionnel déjà très bousculé. Par Jean-Christophe Gallien, docteur en science politique, enseignant à l'Université de Paris-Sorbonne.

L'Espagne et, plus largement, l'Europe attendaient de ce nouveau moment électoral national, le deuxième en 6 mois et le quatrième en 4 ans, une clarification de la scène politique de la péninsule... Eh bien, il nous faudra encore attendre. Les résultats de ce dimanche complexifient un contexte politique, gouvernemental et institutionnel déjà très bousculé.

On se dirige vers une alliance PSOE Unidad Podemos

Pourtant les Espagnols, loin d'une lassitude citoyenne qui aurait été compréhensible, sont allés voter à plus de 70%. Imaginons-nous - ou d'autres Européens dans la même situation -... pas certain que nous atteignions un tel score de participation.

En perdant 3 sièges et surtout 728.000 électeurs, le PSOE et son leader Pedro Sánchez ont pourtant encore gagné ces élections. Surtout, le PSOE est en tête dans pratiquement toutes les régions et arrive deuxième en Catalogne et au Pays Basque, notamment. C'est le parti qui a désormais la meilleure implantation géographique.

Avec 636.000 votes de moins, la baisse d'Unidad Podemos et de Pablo Iglesias se confirme, mais celle qui se nomme "la gauche du changement" confirme sa volonté de conclure un accord avec le PSOE.

Vox défie le PP tandis que le centre s'effondre

Appelant à la démission de Pedro Sanchez qui aurait « perdu son référendum », et refusant une alliance façon « Unité nationale », le Parti Populaire se refait une santé en passant de 66 sièges à 88 mais sa performance demeure inégalement répartie. Au Pays Basque, le PP et plus largement les mouvement de droite Ciudadanos (C's) et Vox n'atteignent que 12% à eux trois et n'ont aucun élu. En Catalogne, ces mêmes trois partis n'atteignent, ensemble, que la moitié de leur moyenne nationale (20% contre 43%) et n'obtiennent que 4 élus sur 48.

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L'effacement du centre se traduit par la perte de plus de 2,5 millions d'électeurs pour Ciudadanos, ce qui a conduit son leader Albert Rivera à démissionner.

C'est pourtant bien Vox le grand vainqueur de ce scrutin. Vox qui a trouvé, après une première percée en avril, une deuxième occasion de se positionner définitivement en troisième voie alors que la crise catalane renforçait le sentiment espagnol de nombreuses autres communautés.

"Il y a seulement onze mois, nous n'avions aucune représentation dans aucune institution, nous sommes aujourd'hui la troisième force », se félicite son Président Santiago Abascal.

Les partis nationalistes ou autonomistes sortent aussi renforcés

Mais Vox n'est pas le seul vainqueur « électoral » de ces élections. L'explosion de l'offre politique s'est traduite par un éparpillement des votes et une polarisation dans certaines régions. Ainsi, les partis nationalistes catalans et basques sortent confortés, voire renforcés. Ainsi, les indépendantistes catalans emportent 23 sièges, 13 par la gauche réformiste ERC, 8 à droite; et la CUP, parti d'extrême-gauche, fait son entrée avec 2 députés. Des résultats qui démontrent que l'Espagne n'est pas au bout de ses divisions politiques mais aussi identitaires et territoriales.

L'instabilité va durer

C'est un défi pour le PSOE dans sa recherche de gouvernabilité du pays mais aussi pour le PP. Pablo Casado aurait tort de penser qu'il pourra facilement contrôler Vox et construire une alternative de gouvernement à droite à ce que les socialistes et Unidad Podemos vont tenter de bâtir à gauche cette semaine. Je dis bien tenter car ils avaient échoué à y parvenir le 24 juillet dernier faute d'accord, non pas sur la ligne de programme, mais sur la répartition des postes ministériels. C'est vrai que, à ce moment, le PSOE se sentait fort de sondages qui lui prédisaient une majorité autonome en cas d'élections rapides, celles de ce 10 novembre.

Pedro Sanchez est désormais loin des 140 sièges qui lui auraient permis de gouverner seul en alternant soutien à droite pour les votes économiques ou pour gérer la crise catalane, et soutien à gauche pour les lois sociales ou environnementales. Il a beaucoup moins d'options pour organiser un gouvernement. Mais il reste le seul à pouvoir le faire. Seule certitude : l'instabilité politique, gouvernementale et probablement institutionnelle va durer et l'Espagne se fragiliser.

___
Par Jean-Christophe Gallien

Politologue et communicant
Enseignant à l'Université de Paris la Sorbonne
Président de j c g a et Directeur de Zenon7 Public Affairs
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

Jean-Christophe Gallien

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