Maires, à vous d’accélérer la transition énergétique en passant au vert

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Vincent Maillard, co fondateur et CEO de Plüm Energie.
Vincent Maillard, co fondateur et CEO de Plüm Energie. (Crédits : DR)
IDÉE. La crise que nous traversons place l'environnement comme l'une des préoccupations majeures des Français. A quelques jours du second tour des élections municipales, les futurs élus sont plus que jamais attendus sur la question de la transition énergétique. Les candidats l’ont bien compris et ont verdi leur programme, à petites touches ou grands aplats. Bonne nouvelle : en matière d’énergie, traduire les promesses en actes, en commençant par un premier pas concret et emblématique, c’est possible. Par Vincent Maillard, co fondateur et CEO de Plüm Energie.

Il est désormais certain que l'objectif de 23% d'énergies renouvelables (EnR) dans la consommation française en 2020 ne sera pas atteint. Face à cette triste réalité, les collectivités sont les mieux placées pour s'imposer comme moteurs d'une politique énergétique ambitieuse et décentralisée.

S'emparer du défi énergétique à l'échelon local est en outre une réponse au besoin de proximité que révèle l'envol du mouvement de relocalisation de l'économie, du locavorisme aux réseaux alternatifs de distribution en passant par l'économie circulaire et le Fabriqué en France. Soutien à l'emploi local, baisse de l'impact environnemental, traçabilité, qualité : le localisme est porteur de sens.

La production d'énergie ne doit plus échapper à ce vent de changement. En 2018, un collectif d'élus ne s'y trompait pas : « L'efficacité et la transition énergétique dépendent d'abord de l'initiative locale ». Alors, chiche ?

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 Transition bien ordonnée commence par soi-même

Depuis la fin des tarifs réglementés de vente pour les collectivités, ces dernières peuvent librement s'orienter vers une offre d'énergie verte, transformant leur acte d'achat en un formidable levier de transition au quotidien. En effet, elles créent ainsi un cercle vertueux : les producteurs d'ENR sont directement rémunérés, la demande en ENR croît, de nouvelles capacités de production ancrées dans les territoires se développent, avec de l'emploi à la clé. Cerise sur le panneau, ce choix répond aux attentes énergétiques des Français (en 2019, 94% sont favorables aux ENR et 61% à la souscription d'offres vertes).

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Si des collectivités pionnières de toutes tailles, à Paris comme en Indre-et-Loire, ont déjà fait ce choix d'exemplarité, l'urgence climatique impose d'amplifier le mouvement. Prendre cette décision de principe, qui est avant tout une question de volonté politique, exige de tordre le cou aux idées reçues.

Non, opter pour l'électricité durable n'est pas compliqué

L'achat d'énergie s'inscrit, comme tout achat public, dans le cadre familier de la commande publique. Pas question de réinventer la roue donc, mais d'insuffler un rayon de créativité pour des appels d'offres innovants : les collectivités peuvent imposer leurs exigences dans leurs cahiers des charges, à condition de se saisir des outils existants. Par exemple, prévoir des lots dédiés EnR, imposer une durée fixe minimale (garante de meilleure visibilité), utiliser des critères novateurs (qualité de l'origine de l'énergie, impact écologique de la destination du bénéfice dégagé dans le cadre du contrat...), ou encore faire primer les critères techniques et environnementaux sur celui du prix lors de l'attribution.

Quant aux petites collectivités, souvent inquiètes face à ces sujets techniques, pourquoi ne pas constituer un groupement d'achat pour monter en compétences et doper leur pouvoir de négociation ?

Le seul vrai piège à éviter est celui des offres « vert-de-gris », fondées sur les seules garanties d'origine : ces certificats peuvent être acquis en parallèle de l'achat d'électricité auprès de producteurs d'EnR de toute l'UE. La quantité d'électricité correspondante peut quant à elle provenir de toute source de production, y compris fossile ou nucléaire ! Aucune garantie donc d'un achat local et créateur de valeur, contrairement aux offres vertes « premium ».

Non, la facture ne s'envolera pas nécessairement

D'abord en raison de la baisse tendancielle importante des coûts de production des ENR. Ensuite parce que les tarifs des offres labellisées « vraiment vertes » par Greenpeace peuvent être équivalents à ceux des offres classiques (cf. le dernier observatoire du marché de détail de la commission de régulation de l'Énergie - pour les offres des particuliers). Enfin parce que le changement de partenaire doit être l'occasion de bénéficier d'un accompagnement sur-mesure vers la baisse des consommations. En somme, miser sur la qualité plutôt que la quantité : consommer vert oui, mais aussi consommer mieux. Cette expertise est au cœur du savoir-vert des fournisseurs engagés.

Il est encore temps...

Mais plus pour longtemps. Consommer une électricité propre est la première pierre évidente d'une stratégie énergétique locale vertueuse plus globale. Construire ce nouveau modèle et imaginer un autre futur restent possibles, en faisant le pari de l'intelligence collective et du partenariat entre collectivités, fournisseurs et producteurs d'énergie verte.

Candidates, candidats, pour répondre aux attentes de vos administrés en termes de transition énergétique et les inciter à agir à leur échelle, soyez dès à présent précurseurs en orientant vos dépenses énergétiques vers une consommation éthique et favorable au développement économique local.

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Commentaires
a écrit le 22/06/2020 à 15:29 :
Penser à moins consommer est en effet une priorité, bien trop de mauvaises habitudes ont été prises de laisser les magasins et autres entrepôts éclairés toute la nuit, l'éclairage public étant devenu aberrant il serait peut-être temps de passer à un éclairage intelligent éclairant quand il y en a vraiment besoin, pourquoi pas des interrupteurs-minuteurs pour les piétons tout simplement ? Partant du tout éclairé on ne pourra jamais faire pire de toutes façons !

Les gens font bien plus attention chez eux avec l'explosion des factures du fait de la privatisation du secteur, tout comme l'eau d'ailleurs, le gaz, les assurances, les banques et-c... la hausse des tarifs étant un phénomène financier, c'est vraiment dans le professionnel et le public que l'on pourrait y aller à la tronçonneuse.
a écrit le 22/06/2020 à 14:44 :
" doit être l'occasion de bénéficier d'un accompagnement sur-mesure vers la baisse des consommations." ben oui, c'est indispensable !! Le modèle de l'Ademe montrant qu'on pouvait (en France) ne fonctionner qu'aux énergies renouvelables dans un certain avenir c'est déjà avec 50% de baisse de consommation d'énergie, sinon c'est pas pensable. A voir si le remplacement des chaudière gaz et fuel est dans le lot, ça consomme de l'électricité les pompes à chaleur !
Le contrat du prestataire qui gère l'éclairage de la ville depuis 2011 prévoit une baisse de consommation de 15%, sans doute pour cette raison que l'éclairage est éteint la nuit par zones, ça dépasse l'objectif (de jour c'est éteint :-) ).

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