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Marine Tondelier, une cheffe pragmatique pour un parti écologiste en crise ?

Daniel Boy

Publié le 13 décembre 2022 à 06:33

Marine tondelier dans son jardin a henin-beaumont en france, tenant son livre "nouvelles du front"

Photo d'illustration

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DECRYPTAGE. En 38 années d’existence le parti écologiste français n’a pas vraiment réussi à s’implanter régulièrement dans un ensemble stable de territoires. Par Daniel Boy, Sciences Po

Marine Tondelier a été largement élue à la tête d'Europe Écologie-Les Verts (EELV), au second tour du congrès fédéral du parti, samedi 10 décembre. Avec 90,8 % des voix, elle s'est imposée face à Mélissa Camara, élue lilloise soutenue par Sandrine Rousseau et incarnant une ligne plus « radicale », ainsi que devant Sophie Bussière, la candidate de Yannick Jadot. Cette élection et ce congrès livrent plusieurs informations clefs quant au tournant que connaît le parti actuellement.

La séquence électorale du printemps dernier, puis la préparation du congrès d'EELV, ont été marquées par la présence d'un duo coloré opposant un Yannick Jadot tenant d'une écologie pragmatique et une Sandrine Rousseau avocate d'une nouvelle radicalité écologiste.

Le premier épisode, en septembre 2021, a vu la victoire très courte de Yannick Jadot sur Sandrine Rousseau lors de la primaire des Verts. Puis on a vu le candidat Yannick Jadot, lors du premier tour de la présidentielle d'avril 2022 échouer à atteindre l'objectif symbolique et pratique de 5 % des suffrages exprimés. Dans les mois suivants, sa concurrente en écologie, Sandrine Rousseau, a clairement dominé la scène médiatique en multipliant les interventions toujours teintées de plus de radicalité écoféministe.

Est-ce à dire que ce match a trouvé sa finale lors du congrès d'EELV (novembre, décembre) donnant une nouvelle teinture, pragmatique ou radicale à l'écologie politique ?

Deux personnalités opposées

La réalité a été plus complexe. C'est bien le congrès, chez les Verts comme dans la tradition socialiste qui indique les rapports de force idéologiques à travers des « motions » assurant à ceux (celles) qui les présentent la majorité au sein de l'exécutif du parti (chez EELV, le bureau exécutif).

Mais le congrès n'a pas clairement mis en scène un combat entre les deux personnalités qui ont incarné l'écologie politique ces derniers mois, Sandrine Rousseau et Yannick Jadot. D'abord parce que le public de la primaire constitué de sympathisants (106 622 votants) ne se confond pas avec celui du congrès (5625 encartés). Ensuite parce que les statuts d'élus au Parlement européen (Yannick Jadot) et à l'Assemblée nationale (Sandrine Rousseau) leur interdisent de briguer un poste au sein de l'exécutif des Verts.

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Il est vrai qu'à défaut d'être présents en personne, les deux leaders de l'écologie politique ont indiqué vers quelle liste allait leur préférence : Sophie Bussière pour Yannick Jadot, Mélissa Camara pour Sandrine Rousseau. Mais précisément, Yannick Jadot a (volontairement ?) évité la répétition d'une confrontation directe avec Sandrine Rousseau en n'apparaissant pas officiellement comme soutien de la liste que l'on savait très probablement majoritaire, celle de Marine Tondelier.

Les résultats du premier tour effacent l'idée d'un nouveau duel Yannick Jadot/Sandrine Rousseau : Marine Tondelier, héritière de la ligne qui a dominé le parti ces dernières années avec David Cormand, puis Julien Bayou, arrive largement en tête avec 46,8 % des suffrages au premier tour le 26 novembre. Celle de Sophie Bussière vient en second avec 18,1 %, des suffrages. Et la candidate proche de Sandrine Rousseau, Mélissa Camara, n'occupe que la troisième place avec 13,5 %.

Radicalité contre pragmatisme ?

Ce combat électoral peut-il être lu en termes de radicalité contre pragmatisme, les mots qui, de fait, avaient opposé Yannick Jadot et Sandrine Rousseau ?

La lecture des motions proposées par les six têtes de liste ne le confirme pas vraiment : le terme de « radicalité » apparaît, en général une seule fois, dans tous les textes. Il est vrai que chez Sophie Bussière, préférée de Yannick Jadot, on parle d'un mouvement « radical et pragmatique », quand chez Tondelier on invoque « la radicalité intrinsèque » du projet écologiste.

Pas de quoi, au total, classer les motions en termes de « gauche contre droite ». Bien qu'en réalité, au-delà des mots qui restent prudents, il y a bien chez les Verts une gauche. Elle est représentée aujourd'hui par Mélissa Camara, ou encore Hélène Hardy et Géraldine Boyer, soit au total 24,5 % des voix de l'élection. Cette gauche s'exprime en soulignant le refus absolu de toute alliance avec l'écologie centriste ou dite de droite, incarnée par des personnalités comme Corinne Lepage ou Jean-Marc Governatori.

Et symboliquement on reconnaît que le soutien par Yannick Jadot de la candidature de Bussière lui vaut un classement plus « à droite ». Parce qu'il se réclame d'une écologie consensuelle et pragmatique, Yannick Jadot est soupçonné par certains adhérents de vouloir une alliance avec la majorité actuelle.

Mais Marine Tondelier conserve l'avantage insigne d'occuper ce qu'il faut bien appeler « un centre », peut-être au sens de « centre de gravité » du parti.

La radicalité évaporée

Il reste que la radicalité appelée de ses vœux par Sandrine Rousseau s'est quelque peu évaporée dans les arcanes des courtois échanges partisans de ce congrès. Sandrine Rousseau le déplore publiquement en prenant argument de la faiblesse du nombre des adhérents qui ont voté, comparée au nombre impressionnant des sympathisants qui l'avaient, presque, préférée face à Jadot lors de la primaire. Une façon d'insinuer que le vote du congrès n'est pas aussi légitime ou pertinent qu'il paraît ?

En réalité la question posée par Sandrine Rousseau soulève un vrai problème pour les Verts, celui de la faiblesse chronique de leur base militante.

Certes, comparés au congrès de 2019, les effectifs officiels ont augmenté, passant de 7 700 à cette date à 12 638 aujourd'hui. Mais comme en 2019, moins de la moitié des adhérents (44,2 % en 2022) prennent part activement au congrès en votant pour l'une des motions.

Et surtout, ces chiffres ne semblent pas à la mesure de ce que l'on tient aujourd'hui pour une conscientisation massive de la question climatique dans le public.

La « vraie » écologie est-elle dans la rue ?

Le spectacle des mobilisations activistes menées par « Extinction Rebellion » ou « Just Stop Oil » convainc que la « vraie écologie » est dans la rue plus que dans les partis, fussent-ils écologistes.

Les Verts sont conscients de cette situation et cherchent depuis longtemps à y remédier, les textes des motions du congrès en témoignent. Le déficit de clientèle électorale au sein des classes populaires a toujours préoccupé les Verts. Chez eux, l'idée d'une écologie autant sociale qu'environnementale domine depuis longtemps.

Plus largement, la notion de « territoire(s) », est invoquée par toutes les motions (18 occurrences) généralement pour déplorer le manque d'implantation locale de l'écologie politique au sein des différents « territoires », régions, départements, communes, quartiers populaires, outre-mer.

Le mot n'est pas vraiment nouveau, on le trouve avec à peu près la même fréquence dans les textes du précédent congrès (2019).

Il marque une préoccupation constante des Verts qui exprime une réalité douloureuse : en 38 années d'existence (1984-2022) ce parti n'a pas vraiment réussi, au contraire des mouvements historiques de la gauche à s'implanter régulièrement dans un ensemble stable de territoires.

Pour remédier à la faiblesse permanente de sa base militante, on cherche depuis longtemps à attirer au sein du mouvement des sympathisants en organisant périodiquement des « États généraux de l'écologie », ou à rendre le parti plus désirable en refondant ses structures, ou encore en améliorant la formation de ses nouveaux adhérents, et cette fois, peut-être en toilettant son apparence en choisissant un nouveau nom « Les écologistes ».

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Il n'est pas sûr que ces vieilles recettes suffisent à atteindre l'objectif que s'est fixé la nouvelle secrétaire nationale des Verts : un million de sympathisants d'ici 2027.

Par Daniel Boy, Directeur de recherches émérite, Sciences Po

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Daniel Boy

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