« Monsieur le Président, face au RN, vous avez commis une faute qui peut coûter très cher »
Denis Lafay
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Macron
Reuters
Denis Lafay
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Macron
Reuters
« Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être si vous avez le temps. Incompréhensible et préoccupante est votre humiliante critique des déclarations de votre Première Ministre Elisabeth Borne assimilant le RN à un « héritier de Pétain ». Vous jugez que le combat contre l'extrême droite ne doit plus convoquer « d'arguments moraux » ? Penser ainsi est une erreur. Et même davantage : une faute.
Ecartons-nous des jugements passionnés et restons sur le domaine scientifique : tout historien spécialiste de la Seconde guerre mondiale, de l'antisémitisme ou de l'extrême droite peut démontrer que le fondateur du Front National Jean-Marie Le Pen était un Pétainiste dévoué - ainsi Laurent Joly, directeur de recherches au CNRS, rappelant (Le Monde, 2 juin) que le père de Marine distribuait le premier journal pétainiste d'après-guerre et conduisit la campagne électorale de Jacques Isorni, avocat de l'ancien chef du régime vichyste. Ecartons-nous des raisonnements moraux... mais tout de même. Elisabeth Borne est fille de Joseph. Arrêté par la Gestapo en 1943, il est l'un des six rescapés d'un convoi de 1 250 personnes déportées à Auschwitz. De l'abomination il ne s'échappera jamais vraiment, se suicidant en 1972 à l'âge de 47 ans. Sa fille, alors âgée de 11 ans, deviendra pupille de la nation. Peut-être est-elle un petit peu légitime pour aborder « moralement » cet héritage pétainiste ? Ecartons-nous, enfin, des calculs politiques - parmi eux, ne pas effrayer la frange radicale des LR - au nom desquels vous justifiez votre recadrage. Car ils sont injustifiables.
À lire également
Vous avez raison de vouloir mener le combat contre le RN sur les sujets qui font sa popularité ; mais de la velléité aux actes, il y a une brèche, il y a même un gouffre. Sinon, comment expliquer que le RN poursuive inexorablement son ascension dans les bulletins de vote ? Entre vouloir mener et mener, il existe un sacré hiatus, que la droitisation de votre stratégie - aux fins de dégager ici ou là une majorité parlementaire de circonstance - creuse plus encore. Vous avez raison de ne pas stigmatiser les électeurs du RN ; nombre d'entre eux se réfugient là où ils espèrent une parade au désarroi dans lequel l'extraordinaire complexité du monde, la somme folle d'adversités - inflation, anxiété, désertification, insécurité, précarité, géopolitique incandescente -, et, il faut le reconnaître, un peu de votre politique les précipitent.
Denis Lafay