Yémen  : guerre saoudienne ou guerre iranienne ?

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Gérard Vespierre.
Gérard Vespierre. (Crédits : Valérie Semensatis)
Depuis de nombreux mois, la guerre au Yémen mobilise de nombreux acteurs régionaux et internationaux. Des négociations ont eu lieu, en décembre en Suède, entre les 2 principaux belligérants, la rébellion Houthi d'un côté et le gouvernement légal de l'autre. Depuis lors, peu de progrès ont été enregistrés et la question de la livraison d'armes à l'Arabie Saoudite vient élargir le débat. Par Gérard Vespierre (*), chercheur associé à la FEMO, Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient, Président de Strategic Conseils.

L'Arabie Saoudite est présentée comme le seul responsable de la très difficile situation humanitaire qui prévaut actuellement au Yémen. Serait-elle coupable de tous les maux ? Quand tous les projecteurs se braquent sur le même coupable, à savoir la coalition qu'elle dirige, il est toujours intéressant de regarder sur 360° la totalité des acteurs, et d'analyser la situation afin de voir s'il ne conviendrait pas de regarder également ailleurs.

La première cause du conflit

Le chaos qui règne dans ce pays a pour origine factuelle la prise des armes par une minorité, originaire de l'ouest du pays, identifiée sous le nom de Houthi, selon le nom de la famille qui est la plus en vue dans cette communauté religieuse « zaïdiste » de cette région ouest, la pratique « zaïdite » étant elle-même une branche de l'islam chiite. Cette filiation avec la communauté chiite est très importante, car elle nous fait tourner le regard vers... Téhéran.

Depuis la révolution de 1979, et la création de la République Islamique d'Iran, le pouvoir politique de Téhéran s'est fixé comme objectif de construire en sa faveur une « internationale chiite », réunissant minorités et majorités chiite de l'ensemble des pays du Moyen-Orient et même au-delà. Cette « internationale chiite » est destinée à n'avoir qu'un seul maître, le Guide Suprême de la Révolution iranienne. Ce sont donc par ses racines chiites que la population « zaïdite » de l'ouest du Yémen a été mise en action.

« L'internationale chiite » de Téhéran

La création de « l'internationale chiite » est un des piliers stratégiques du régime. Même absorbée par la guerre avec l'Irak, Téhéran décide à partir de 1982 de constituer le mouvement Hezbollah au Liban, s'appuyant sur la forte minorité chiite de ce pays. Dans le même temps, la famille Houthi est invitée à quitter le Yémen, et à s'établir en Iran. 20 ans plus tard, elle sera invitée à revenir au Yémen. Des membres du mouvement Hezbollah libanais aideront à préparer la rébellion Houthi et accompagneront ces derniers dans la prise armée de la capitale début 2015.

Seule une analyse à 360°, scrutant les faits et l'histoire permet de discerner les véritables causes de ce conflit, à savoir la volonté de Téhéran d'activer partout où cela lui est possible ses relais de « l'internationale chiite ». Le Yémen est d'autant plus intéressant d'un point de vue géopolitique qu'il partage une longue frontière avec l'Arabie Saoudite. L'objectif stratégique de Téhéran est clairement de créer un conflit à la frontière saoudienne, où il sera impossible à l'Arabie Saoudite de ne pas intervenir. Amener Riyad, rival de Téhéran, à s'impliquer dans un conflit et à en subir les contrecoups financiers, politiques et diplomatiques, voilà les véritables buts de cette guerre voulue par Téhéran.

L'inexorable poursuite de la guerre

Quand le mouvement Houthi, minoritaire (environ 20% de la population se reconnaît dans le zaïdisme et tous les zaïdistes ne suivent pas les Houthis), a pris le pouvoir par la force en janvier 2015 il avait comme allié, et seul allié, l'ancien président Saleh. Ce dernier, deux ans plus tard, réalise l'impasse dans laquelle ce conflit conduit son pays. Le 3 décembre 2017, lors d'une conférence de presse, il exprime son souhait de voir en conséquence les combats cesser, et donc d'ouvrir des pourparlers avec l'Arabie Saoudite.

Ce réalisme et les conclusions d'une nécessaire négociation et paix à venir vont lui coûter la vie. Le 4 décembre, lendemain de sa déclaration, il est assassiné par un commando Houthi. Pas question pour ces derniers de se diriger vers des négociations, pas question de paix, pas question d'envisager de laisser le pouvoir... à la majorité et au président Hadi reconnu comme la seule autorité légitime du Yémen dans le cadre de la résolution 2216 des Nations unies.

Qui alors s'est levé pour condamner cette exécution ? Quelle organisation non-gouvernementale s'est offusquée de voir cette promesse de paix disparaître dans le sang ? Qui a condamné Téhéran de vouloir continuer la guerre ?

Le support logistique de Téhéran

La guerre s'est donc poursuivie, et elle s'est poursuivie contre et sur le territoire de l'Arabie Saoudite. Des dizaines de missiles de plusieurs centaines de kilomètres de portée ont été tirés depuis le territoire yéménite contre la capitale saoudienne. Qui construit de tels systèmes au Yémen ? Personne.

Lors d'une présentation devant les représentants de l'Onu, l'ambassadrice des Etats-Unis, Nikki Haley, a présenté les débris de missiles récupérés par les Saoudiens, avec pour preuves de l'identité iranienne des pièces et des missiles les logos des entreprises forgés dans le métal, comme cela se pratique selon les processus de traçabilité industrielle. Mi-décembre 2018, un nouveau rapport du Secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, indique que de nouvelles armes présumées être de fabrication iranienne ont été trouvées au Yémen.

Pourquoi rester sourd et aveugle ? L'Iran continue de nier. Les démocraties connaissent parfaitement depuis maintenant un siècle la dialectique des pouvoirs autoritaires ou totalitaires : toujours nier... !

L'autre regard sur l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis

N'est-il pas temps de porter un autre regard sur les choix et la politique de l'Arabie au Yémen et de ses alliés émiratis ? Ils combattent l'impérialisme de Téhéran et son expansionnisme régional tout en essayant de ramener à Sanaa le président Hadi, légitime détenteur du pouvoir. L'expansionnisme de Téhéran doit-il être ignoré, ou plutôt combattu ? La Ligue des pays arabes condamne totalement l'activisme de Téhéran. Ne faudrait-il pas écouter ?

Sur les deux fronts, celui du "containment" (endiguement) de « l'internationales chiite » et celui du soutien à un pouvoir légitimement élu, il convient de considérer l'action de l'Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis de façon positive. Ne faut-il pas en conséquence les appuyer dans leurs actions visant à mettre fin au pouvoir de la minorité Houthi ? Ne nous méprenons pas, la guerre a toujours apporté son lot de souffrance et d'horreur. Il convient de la limiter et de l'arrêter. Mais face à une situation géopolitique, il convient d'apporter une analyse et une réponse géopolitique.

Si nous voulons voir la paix revenir dans l'ensemble du Moyen-Orient, il nous faut prendre toutes les décisions nécessaires pour "contenir" l'Iran et son régime. Il nous faut en conséquence décider de continuer à fournir à l'Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis, les équipements militaires qu'ils nous ont commandés et que nous avons accepté de leur livrer. L'analyse géopolitique n'est pas une absence de compassion, elle est l'expression d'un choix et d'une cohérence sur le long terme.

(*) Gérard Vespierre, analyste des « arcs de crise », diplômé de l'ISC Paris, maîtrise de gestion, DEA de finances, Paris Dauphine. Auteur du site www.le-monde-decrypte.com

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Commentaires
a écrit le 25/04/2019 à 10:19 :
Du lobbying absolument éhonté, cet article. Les méthodes employées au Yemen, bombardements aveugles et utilisation de la famine comme arme de guerre, sont absolument injustifiables, quelles que soient par ailleurs la crédibilité des accusations à l'encontre de l'Iran. Par ailleurs, on ne voit pas en quoi il serait impératif de continuer à soutenir les militaires saoudiens, alors que ceux-ci depuis le début du conflit s'emploient à démontrer l'étendue de leur incompétence.
a écrit le 25/04/2019 à 10:18 :
Du lobbying absolument éhonté, cet article. Les méthodes employées au Yemen, bombardement aveugles et utilisation de la famine comme arme de guerre, sont absolument injustifiables, quelles que soient par ailleurs la crédibilité des accusations à l'encontre de l'Iran. Par ailleurs, on ne voit pas en quoi il serait impératif de continuer à soutenir les militaires saoudiens, alors que ceux-ci depuis le début du conflit s'emploient à démontrer l'étendue de leur incompétence.
a écrit le 25/04/2019 à 1:02 :
@jyb,très bonne analyse.Vespierre ne connait rien au Yemen.Il écrit des choses non vérifiées et son seul objectif est de défendre les monarchies du golfe et attaquer l'Iran.Aucune objectivité dans son propos
a écrit le 24/04/2019 à 19:00 :
C'est une opinion d'idéologue et non une analyse. Et il me semble qu'après une panoramique "analyse à 360°" votre regard voit toujours la même chose.
- ne pas mentir et manipuler les chiffres : je vais reprendre une source connue pour etre pro-iranienne : le world fact book de la cia (!) 28,6 millions de yéménites dont 35% de chiites.
- On peut aussi rappeler que le chiisme zaydite est plus proche du sunnisme chaféite que du chiisme duodécimain iranien.
- pourquoi ne pas rappeler que l'origine de ce conflit (janvier 2014) est le découpage administratif qui devait dessiner les contours d'un état fédéral en reduisant significativement la zone zaydite?
- Comment se manifestait en mars 2015, l'internationale chiite au yémen ? Est ce que des ingénieurs iraniens chiites coopéraient avec les ingénieurs baathistes irakiens ?
que représentait l'arsenal des divisions de la garde républicaine pro saleh?
- Pourquoi ne pas rappeler que le très légitime rabbo mansour hadi avait démissionné avant d'etre reconduit par un tour de passe passe du ccg...ce qui peut entacher sa légitimité non pas aux yeux des idéologues mais aux yeux des yéménites.
- Pourquoi ce même très légitime rabbo mansour hadi était il en résidence surveillée à riyad ? il l'est peut etre encore.
- Pourquoi ne pas rappeler que les usa disposaient de facilités au cœur du territoire zaydite pour lutter contre al qaida avant l'intervention saoudienne?
- Comment pouvez vous parler du yémen sans citer les puissantes confédérations tribales qui sont transconfessionnelles et que les saoudiens ont tant de mal à faire basculer?
- comment ne pas s'interroger sur le fait que ce sont des émiratis, des saoudiens, des mercenaires soudanais et autres qui combattent essentiellement les 35% de chiites et qu'à part quelques forces médiatisées et surpayées les yéménites ne combattent pas en masse leurs frères yéménites ? peut etre parce que les sunnites chafeites du sud et de l'ouest préfèrent les chiites zaydites que les sunnites wahabites du nord est ?
- comment ne pas parler des ententes entre saoudiens/émiratis et les frères musulmans d'al islah ? ni entre les émiratis et des chefs de guerre inscrits par les états unis (entre autres) sur leur liste de terroristes ?
Avant 2015 et l'offensive saoudienne, l'influence iranienne en iran était négligeable. C'est bien l'aventurisme à 360° des saoudiens qui lui a ouvert les portes, ou plutôt entrouverte, parce qu'il est clair qu'une véritable présence iranienne sur le sol yéménite serait contre productive.
Les saoudiens n'avaient pas peur des iraniens en 2014, ils avaient surtout peur de voir à leur frontière un état fédéral deux fois plus peuplé que le royaume( une démocratie tribale ?) véritable menace pour la famille saoud.
- combien de mosquée ou madrasa l'iran a ouvert au yémen ? parce que depuis 2011
l'arabie saoudite en a ouvert et financé quelques milliers...et qu'à partir de novembre 2011, les attaques contre les chiites en tant que tels ont commencé.

J'arrête ici. Votre "analyse" est assez emblématique de ce qu'un idéologue partisan peut produire ( avec des lacunes béantes)
Les iraniens ont officiellement reconnus soutenir les zaydites en aout 2016. Un certain nombre de dhows ont été intercepté avec du matériels. Des ingénieurs iraniens et irakiens étaient ou son peut etre encore au yémen. L'ircg a envoyé à sanaa un corps d'auxiliaires féminines pour former les femmes yéménites. On suppose la présence de conseillers militaires iraniens (mais je ne crois pas que les yéménites aient besoin de conseils en la matière) Pour finir le hezbollah libanais a reconnu la perte d'un de ses membres au yémen…
On est très loin de votre caricature pathétique pour nous désigner l'ennemi.
Un dernier point encore, avant cette guerre saoudienne au yémen, une des dernières communautés juives du proche et moyen orient vivait au yémen au cœur des régions zaydites, ou chiites si vous préférez.
Réponse de le 25/04/2019 à 1:18 :
Je complète mon propos :
- vous dites " Mi-décembre 2018, un nouveau rapport du Secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, indique que de nouvelles armes présumées être de fabrication iranienne ont été trouvées au Yémen. Pourquoi rester sourd et aveugle ? L'Iran continue de nier."
Faux et mensonger en aout 2016, l'agence officielle iranienne IRNA avait déjà rapporté que l'iran fournissait aux yéménites des missiles ( en l'occurrence des zelzal 3)
- tariq khaidara est le nom du hezbollih dcd au yémen.
- Hossein kasraoui est le nom d'un ingénieur missile dcd au yémen en 2017 peu avant que les techniciens iraniens ne soient évacués novembre/décembre 2017.
En conclusion : la désinformation est un métier, et on nous sert ici une texte d'un amateurisme terrifiant. Terrifiant parce qu'il nous donne à voir en 2019, l'aveuglement morbide de l'idéologie. Terrifiant parce qu'il voudrait nous faire croire qu'il y a pire que 60 000 morts, que la famine, que le choléra, que les crimes de guerre et crimes contre l'humanité de la coalition arabe.
Réponse de le 25/04/2019 à 9:17 :
Mr Vespierre est un « expert » payé par la FEMO, fondation mise en service par le groupe d’oppostion armés iraniens «les moudjahidines du peuple » qui sont financés par l’argent saoudien et americain. Ceci explique cela.
a écrit le 24/04/2019 à 17:07 :
Il faut que Vespierre arrête de faire du lobbying,en faveur de l'AS et des EAU.C'est trop visible, c'est même grossier.Pourquoi la Tribune publie ses articles?
a écrit le 23/04/2019 à 21:42 :
Malheureusement l'article est plus un reproche à l'encontre de l'Iran et dans le dénie de la part saoudienne des massacres commis.
On sent un parti pris claire dans l'accusation très proche de la mentalité saoudienne.
On oubli que le principal perdant est quand même le yemenite lambda vivant sous embargo médicale /humanitaire imposé par la coalition.
Sur le rôle positif des Émirats et de l'Arabie ??! Moi perso j'en vois pas trop quand on bombarde et affamine les gens sous prétexte de légitimité. L'hypocrisie n'est pas légitime quand on nie les erreurs qui coûtent la vie à des enfants dans un bus scolaire ou durant une veillée funèbre.
Mais bon accusons l'Iran c'est toujours plus commode et moins contraignant pour notre porte feuille.
a écrit le 23/04/2019 à 10:28 :
Bon article et bonne analyse dommage que dans les médias actuels il faille toujours dévier vers le raisonnement binaire à savoir que l'implication totale de l'iran dans ce conflit amoindrirait la responsabilité des monarchies pétrolières de cette région dans les massacres occasionnés.

Comment voulez vous que la vérité s'y retrouve ?!

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