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Grand Paris Express : menace, reporté, confirmé... ? Peurs et espoirs des élus

César Armand

Publié le 19 janvier 2018 à 06:25 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:26

Appel du gouvernement pour retablir l'encadrement des loyers a paris

Appel du gouvernement pour retablir l'encadrement des loyers a paris

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Lancé par Nicolas Sarkozy dans le consensus, le chantier du futur métro circulaire du Grand Paris bute sur les arbitrages budgétaires. Les lignes 16, 17 et 18 sont les plus menacées, alors qu'elles devraient desservir les Jeux olympiques de 2024 et l'éventuelle Exposition universelle de 2025. Les élus locaux s'inquiètent d'ajournements sans fin.

Philippe Yvin a un gimmick qu'il aime ressortir dès qu'il peut :

«Aujourd'hui, à Clichy-Montfermeil, 300.000 emplois seront à 45 minutes ; demain, avec le Grand Paris Express, ce seront 3.000.000.»

Le président de la Société du Grand Paris l'a répété au président de la République venu, le 13 novembre, confirmer « l'objectif de 2024 et les engagements de l'État pour la gare » emblématique de la ligne 16. Le maire (LR) de Montfermeil, Xavier Lemoine, plus réaliste, parle d'un « effet multiplicateur » de l'ordre de quatre à cinq. Son intérêt principal est que le Grand Paris Express soit « réalisé dans les temps ».

«Si c'est dans dix ans, ça ne servira rien !», prévient celui qui est aussi vice-président de la métropole chargé de l'économie circulaire.

D'autant que l'absence de desserte de transport maintient dans une situation d'enclavement géographique sa commune, Montfermeil, et Clichy-sous-Bois, d'où sont parties les émeutes urbaines de l'automne 2005. La voiture demeure actuellement la principale solution pour se rendre dans la capitale, « or, circuler à Paris et en petite couronne est devenu impossible ces derniers mois, regrette-t-il. C'est préjudiciable pour l'activité économique et familiale. »

Avant même d'accéder à l'emploi, encore faut-il pouvoir se rendre dans des établissements d'enseignement supérieur, comme à Marne-la-Vallée, actuellement à une heure de Montfermeil et demain potentiellement à six minutes. Là encore le bât blesse :

«On a quarante minutes de handicap par rapport aux villes immédiatement limitrophes qui bénéficient des RER E et RER B. Vingt minutes de bus le matin et vingt minutes le soir, c'est une vraie pénalité pour nos étudiants : pendant ce temps, ils ne bossent pas.»

Priorité à l'emploi local

L'Établissement public Paris Terres d'Envol, au carrefour des lignes 16 et 17, a lui signé, le 18 décembre, avec la Société du Grand Paris, une convention de partenariat en faveur de l'emploi sur le territoire, afin que les entreprises puissent accéder aux travaux en favorisant les locaux. Son président (LR), Bruno Beschizza, redoutait que les grands groupes qui travaillent déjà dans l'écosystème de Roissy raflent la mise :

«On ne peut pas avoir un président de la République qui dit vouloir crédibiliser la parole politique et en même temps que ça ne bénéficie pas aux entreprises et aux chômeurs.»

Chez lui, à Aulnay-sous-Bois, il accueillera également le centre d'exploitation des deux lignes, soit entre 150 à 350 emplois sur le site existant de PSA où il espère bien « un mini-cluster transport », mais se dit « pessimiste » sur la ligne 17 qui désenclavera le triangle de Gonesse.

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Son vice-président (UDI) chargé du Développement économique, Yannick Hoppe, veut aller plus loin et l'ériger en « pôle économique majeur » :

«Les acteurs économiques ont contribué et en attendent beaucoup. Les entreprises en ont en effet besoin pour leurs salariés et se mobilisent déjà à nos côtés».

Lui-même, à l'échelle du Bourget, où à la mairie il a succédé le 21 octobre au sénateur Vincent Capo-Canellas, a déjà lancé des travaux pour aménager la gare et met en garde :

«On a présenté à nos habitants ce projet. C'est un acquis pour eux. Il serait très dangereux de le remettre en cause. C'est tellement attendu que la colère n'en sera que plus grande.»

Le débat sur la ligne 17 a commencé par s'inviter au Parlement. D'abord au Sénat : le 27 novembre 2017, Arnaud Bazin, ex-président (LR) du conseil départemental du Val d'Oise, a fait adopter un amendement visant à supprimer la ligne Charles-de-Gaulle Express, avant que le gouvernement ne le rétablisse. Même la majorité s'y est mise, avec Zivka Park, députée LRM de Gonesse, Goussainville et Luzarches, qui a interpellé la ministre des Transports sur le sujet le 5 décembre dernier.

Deux semaines plus tard, la réunion du 20 décembre 2017 organisée par le président de la République, avec ses ministres de l'Intérieur, Gérard Collomb, et de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, sur le rapport du préfet de Paris-Île-de-France, Michel Cadot, aurait débouché sur une continuité du financement... tout en modulant la livraison de la ligne 17. Le haut fonctionnaire aurait dit :

«Nous n'arrêtons pas, nous prolongerons certains délais. Certaines lignes, comme la 17, ralentiront et seront achevées en 2027 voire 2030.»

Or, la ligne 17 est la seule qui traverse le Vald'Oise. Sa présidente (LR) Marie-Christine Cavecchi, qui a succédé à Arnaud Bazin, élu sénateur, le 20 octobre dernier, a, elle-même, « des doutes sur la promesse de livraison de la ligne 17 en 2025 : le problème est que l'État s'était engagé à la mettre en réalisation. On attend qu'il tienne ses promesses. Les Val-d'Oisiens le financent et attendent des services derrière. » Le développement économique futur de l'Île-de-France devrait en effet se faire aussi en grande couronne, selon tous les indicateurs :

«Si on ne décide pas aujourd'hui les investissements en transports, on aura des gens très éloignés de leur travail.»

Le maire (PS) de Gonesse, Jean-Paul Blazy, est lui-même « inquiet et assez pessimiste », mais veut y croire : « Le gouvernement - même si ce n'est pas sa position première - devra maintenir l'intégralité du réseau. Tout le monde s'est mobilisé et l'agenda a été arrêté il y a cinq ans. » Les travaux préliminaires doivent en effet être engagés au second semestre 2018, si bien que les entreprises ont déjà prérecruté.

Rumeurs sur l'avenir de la ligne 18

L'ex-député est presque tombé de sa chaise quand il a appris, en sortant du bureau d'Élisabeth Borne, la ministre des Transports, qui lui avait assuré qu'il n'y aurait pas d'argent public dans le CDG-Express, que le gouvernement annonçait un préfinancement.

«On a l'impression d'être floués. La parole de l'État est remise en cause par rapport aux engagements donnés lors de deux quinquennats successifs.»

Cela fait vingt ans aussi qu'il y croit peu, fort d'un précédent : le projet de « barreau » de liaison prévu entre les RER B et RER D aux abonnés absents depuis 1998 :

«Il est sur les cartes, mais ne sera pas fait si personne ne nous le confirme. Un décalage peut être un enterrement de première classe.»

Quant à la ligne 18, initialement prévue d'Orly à Saint-Aubin en 2023-2024 et de Saint-Aubin à Versailles-Chantiers en 2030, là aussi les indiscrétions vont bon train : un décalage à

2027 aurait été évoqué à Matignon, et même à 2028 devant un visiteur du soir d'Emmanuel Macron. Jean-François Vigier, vice-président de Paris-Saclay chargé du développement économique, est « en colère » :

«Je suis inquiet avec tous ces bruits de reports et d'abandon».

Et pourtant, les présidents successifs ont défilé sur le plateau :

«Quand Nicolas Sarkozy est venu, il a annoncé le métro pour 2025 ; de même en 2015, François Hollande a réaffirmé son arrivée».

Déjà détenteur d'une gare RER dans sa commune de Bures-sur-Yvette, il doit, comme une majorité de ses collègues locaux, tenir un double discours : « Vous dites à vos habitants qu'on a des centaines de logement et vous vous mobilisez pour l'arrivée d'un métro dans quinze ans alors qu'on a des lignes de RER qui fonctionnent très mal. »

Pas plus de 10 dans la boulangerie

Le maire (SE) de Saclay, Christian Page, joue, lui aussi, les équilibristes : il est pour la ligne 18 à titre personnel, mais opposé à une ligne aérienne qui défigurerait le plateau de Saclay. Là encore, ça coince, mais pour d'autres motifs : la gare CEA Saint-Aubin se trouve dans une zone de protection avec un réacteur en démantèlement. En attendant que l'Autorité de sûreté nucléaire donne l'autorisation, l'édile fait déjà face à des situations ubuesques :

«Une boulangerie s'est montée près de cette future gare. Le préfet a dit : "Pas plus de dix personnes à la fois" ! On n'a pas le droit de ne rien faire au-delà de15-20 personnes... »

Or, entre les étudiants, les chercheurs et tous les actifs, près de 7000 personnes travaillent à proximité.

Grégoire de Lasteyrie, maire (LR) de Palaiseau et président de l'association des élus pour la ligne 18, voit déjà plus loin :

«La question du calendrier est essentielle et l'intégralité du tronçon doit se réaliser. Il faut faire OrlyVersailles-Chantiers et pas seulement Orly-CEA Saint-Aubin.»

Le chef de l'État s'est rendu sur place le 25 octobre pour ériger le plateau en « campus métropolitain », rêvant d'une licorne parmi les startups qui éclosent dans les labos. Encore faut-il, on y revient, que les travailleurs comme les investisseurs puissent accéder aux bâtiments :

«Plusieurs milliards d'euros sont déjà en jeu, sans parler des universités, des centres de recherche et développement, comme EDF Lab qui a mis 400 millions d'euros. L'État est en train de bâtir un projet et, en même temps, se tire une balle dans le pied. Tous les chantiers seraient gelés, et les investisseurs échaudés.»

Que dire alors de plus sur l'Exposition universelle qui devrait se tenir sur ce même site en 2025 - si la France obtient son organisation devant le BIE (bureau international des expositions) en novembre prochain ?

César Armand

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