Grand Paris Express : menace, reporté, confirmé... ? Peurs et espoirs des élus
César Armand

Appel du gouvernement pour retablir l'encadrement des loyers a paris
Charles Platiau
César Armand

Appel du gouvernement pour retablir l'encadrement des loyers a paris
Charles Platiau
Philippe Yvin a un gimmick qu'il aime ressortir dès qu'il peut :
Le président de la Société du Grand Paris l'a répété au président de la République venu, le 13 novembre, confirmer « l'objectif de 2024 et les engagements de l'État pour la gare » emblématique de la ligne 16. Le maire (LR) de Montfermeil, Xavier Lemoine, plus réaliste, parle d'un « effet multiplicateur » de l'ordre de quatre à cinq. Son intérêt principal est que le Grand Paris Express soit « réalisé dans les temps ».
D'autant que l'absence de desserte de transport maintient dans une situation d'enclavement géographique sa commune, Montfermeil, et Clichy-sous-Bois, d'où sont parties les émeutes urbaines de l'automne 2005. La voiture demeure actuellement la principale solution pour se rendre dans la capitale, « or, circuler à Paris et en petite couronne est devenu impossible ces derniers mois, regrette-t-il. C'est préjudiciable pour l'activité économique et familiale. »
Avant même d'accéder à l'emploi, encore faut-il pouvoir se rendre dans des établissements d'enseignement supérieur, comme à Marne-la-Vallée, actuellement à une heure de Montfermeil et demain potentiellement à six minutes. Là encore le bât blesse :
L'Établissement public Paris Terres d'Envol, au carrefour des lignes 16 et 17, a lui signé, le 18 décembre, avec la Société du Grand Paris, une convention de partenariat en faveur de l'emploi sur le territoire, afin que les entreprises puissent accéder aux travaux en favorisant les locaux. Son président (LR), Bruno Beschizza, redoutait que les grands groupes qui travaillent déjà dans l'écosystème de Roissy raflent la mise :
Chez lui, à Aulnay-sous-Bois, il accueillera également le centre d'exploitation des deux lignes, soit entre 150 à 350 emplois sur le site existant de PSA où il espère bien « un mini-cluster transport », mais se dit « pessimiste » sur la ligne 17 qui désenclavera le triangle de Gonesse.
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Son vice-président (UDI) chargé du Développement économique, Yannick Hoppe, veut aller plus loin et l'ériger en « pôle économique majeur » :
Lui-même, à l'échelle du Bourget, où à la mairie il a succédé le 21 octobre au sénateur Vincent Capo-Canellas, a déjà lancé des travaux pour aménager la gare et met en garde :
Le débat sur la ligne 17 a commencé par s'inviter au Parlement. D'abord au Sénat : le 27 novembre 2017, Arnaud Bazin, ex-président (LR) du conseil départemental du Val d'Oise, a fait adopter un amendement visant à supprimer la ligne Charles-de-Gaulle Express, avant que le gouvernement ne le rétablisse. Même la majorité s'y est mise, avec Zivka Park, députée LRM de Gonesse, Goussainville et Luzarches, qui a interpellé la ministre des Transports sur le sujet le 5 décembre dernier.
Deux semaines plus tard, la réunion du 20 décembre 2017 organisée par le président de la République, avec ses ministres de l'Intérieur, Gérard Collomb, et de la Cohésion des territoires, Jacques Mézard, sur le rapport du préfet de Paris-Île-de-France, Michel Cadot, aurait débouché sur une continuité du financement... tout en modulant la livraison de la ligne 17. Le haut fonctionnaire aurait dit :
Or, la ligne 17 est la seule qui traverse le Vald'Oise. Sa présidente (LR) Marie-Christine Cavecchi, qui a succédé à Arnaud Bazin, élu sénateur, le 20 octobre dernier, a, elle-même, « des doutes sur la promesse de livraison de la ligne 17 en 2025 : le problème est que l'État s'était engagé à la mettre en réalisation. On attend qu'il tienne ses promesses. Les Val-d'Oisiens le financent et attendent des services derrière. » Le développement économique futur de l'Île-de-France devrait en effet se faire aussi en grande couronne, selon tous les indicateurs :
Le maire (PS) de Gonesse, Jean-Paul Blazy, est lui-même « inquiet et assez pessimiste », mais veut y croire : « Le gouvernement - même si ce n'est pas sa position première - devra maintenir l'intégralité du réseau. Tout le monde s'est mobilisé et l'agenda a été arrêté il y a cinq ans. » Les travaux préliminaires doivent en effet être engagés au second semestre 2018, si bien que les entreprises ont déjà prérecruté.
L'ex-député est presque tombé de sa chaise quand il a appris, en sortant du bureau d'Élisabeth Borne, la ministre des Transports, qui lui avait assuré qu'il n'y aurait pas d'argent public dans le CDG-Express, que le gouvernement annonçait un préfinancement.
Cela fait vingt ans aussi qu'il y croit peu, fort d'un précédent : le projet de « barreau » de liaison prévu entre les RER B et RER D aux abonnés absents depuis 1998 :
Quant à la ligne 18, initialement prévue d'Orly à Saint-Aubin en 2023-2024 et de Saint-Aubin à Versailles-Chantiers en 2030, là aussi les indiscrétions vont bon train : un décalage à
2027 aurait été évoqué à Matignon, et même à 2028 devant un visiteur du soir d'Emmanuel Macron. Jean-François Vigier, vice-président de Paris-Saclay chargé du développement économique, est « en colère » :
Et pourtant, les présidents successifs ont défilé sur le plateau :
Déjà détenteur d'une gare RER dans sa commune de Bures-sur-Yvette, il doit, comme une majorité de ses collègues locaux, tenir un double discours : « Vous dites à vos habitants qu'on a des centaines de logement et vous vous mobilisez pour l'arrivée d'un métro dans quinze ans alors qu'on a des lignes de RER qui fonctionnent très mal. »
Le maire (SE) de Saclay, Christian Page, joue, lui aussi, les équilibristes : il est pour la ligne 18 à titre personnel, mais opposé à une ligne aérienne qui défigurerait le plateau de Saclay. Là encore, ça coince, mais pour d'autres motifs : la gare CEA Saint-Aubin se trouve dans une zone de protection avec un réacteur en démantèlement. En attendant que l'Autorité de sûreté nucléaire donne l'autorisation, l'édile fait déjà face à des situations ubuesques :
Or, entre les étudiants, les chercheurs et tous les actifs, près de 7000 personnes travaillent à proximité.
Grégoire de Lasteyrie, maire (LR) de Palaiseau et président de l'association des élus pour la ligne 18, voit déjà plus loin :
Le chef de l'État s'est rendu sur place le 25 octobre pour ériger le plateau en « campus métropolitain », rêvant d'une licorne parmi les startups qui éclosent dans les labos. Encore faut-il, on y revient, que les travailleurs comme les investisseurs puissent accéder aux bâtiments :
Que dire alors de plus sur l'Exposition universelle qui devrait se tenir sur ce même site en 2025 - si la France obtient son organisation devant le BIE (bureau international des expositions) en novembre prochain ?
César Armand
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