Normandie Participations, le fonds d'investissement régional qui cultive sa différence

Il est au capital-risque ce que le plein champ est à l’agriculture hors sol. OVNI dans le paysage financier hexagonal, le fonds d’investissement crée par la Région Normandie est le seul, aux mains d’une collectivité, à n’avoir pas délégué sa gestion à une société privée. Objectif affiché : privilégier le développement économique local au détriment d’une approche spéculative. Zoom sur un modèle singulier qui semble tenir ses promesses.

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Le fonds souverain à la sauce normande a investi 55 millions en cinq ans au capital d'une soixantaine d'entreprises.
Le fonds "souverain" à la sauce normande a investi 55 millions en cinq ans au capital d'une soixantaine d'entreprises. (Crédits : DR)

Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes (AURA) est le dernier président de Région en date. Depuis que la compétence "développement économique" a échu aux Régions, nombreux sont les exécutifs qui ont souhaité créer des outils de capital-risque pour pallier aux difficultés de financement que rencontrent les PME sur le marché privé.

Dans ce paysage en renouvellement, le fonds de co-investissement généraliste Normandie Participations lancé par Hervé Morin, fin 2016, continue pourtant de faire exception. « Ce qui fait le caractère unique de notre solution, c'est que nous avons fait le choix de ne pas confier les clefs de ce véhicule financier à une société de gestion » résume Alexandre Wahl, patron de l'agence de développement de Normandie (ADN), bras armé du Conseil régional.

Le mode opératoire est, en effet, inédit dans la sphère publique territoriale. Le circuit est assez simple. Les dossiers sont instruits par les chargés d'affaires de l'ADN et la décision finale d'investissement incombe à un Conseil d'administration exclusivement composé de dirigeants d'entreprises aguerris bénévoles et réputés engagés dans le développement local. Une particularité utile, pour son président.

 « Nos critères sont différents de ceux qu'auraient des gestionnaires hors sol, fait valoir Franck Murray par ailleurs directeur de l'entreprise Murata à Caen. Le souci premier est celui des retombées économiques sur le sol normand. Aussi arrive t-il souvent que notre soutien aille à des projets plus incertains ou qui ont besoin de temps ».

Si la Chambre régionale des comptes juge que certaines opérations « auraient justifié une plus grande prudence », ce mode opératoire est salué par les principaux intéressés à l'instar de David Mignot. Co-fondateur de la startup YesYes (reconditionnement de smartphones), il vient de finaliser un tour de table avec l'appui de Normandie Participations pour développer un réseau de boutiques/ateliers à partir de Caen. Lui apprécie cette approche.

« Tous les fonds, même les plus requins, revendiquent leur caractère patient et bienveillant mais, dans leur cas, la promesse est tenue. Ils ont cru dans notre modèle peut-être moins rentable mais durable ».

Un capital porté à 100 millions

Sur le plan de l'activité, le rythme est soutenu. En cinq ans, la Région a décaissé 55 millions d'euros au profit de Normandie Participations qui est entré au capital de 61 entreprises, aux côtés d'une quarantaine de co-investisseurs (banques, opérateurs nationaux, business angels...) Une coquette somme bien employée, à entendre Franck Murray. « Pour l'instant, cela n'a pas coûté très cher à la collectivité puisque la valeur globale de nos participations est restée intacte malgré la crise ».

Bien qu'entaché de quelques pertes provoquées par trois liquidations judiciaires, ce bilan honorable a en tout cas été jugé suffisamment convaincant par les élus régionaux. Lesquels ont voté, en juillet, un relèvement du capital de 72 à 100 millions d'euros (d'ici 2023). Objectifs affichés : réinvestir  dans des projets à maturité mais aussi regarnir la boîte à outils. Trois nouveaux véhicules financiers seront ainsi créés dans l'orbite du fonds historique. Le premier pour cibler des projets à impact social, le second voué à la transition énergétique et le dernier spécialisé dans la compensation carbone. « Ces dimensions figurent en fait déjà dans les critères d'investissement. L'idée est de les mettre en avant pour inciter les porteurs de projets à d'approprier ces enjeux clés pour la relance. On veut les aider à s'aider en quelque sorte » détaille Alexandre Wahl. Dans le viseur notamment, les projets liés à l'hydrogène en vallée de Seine.

Aux dernières nouvelles, plusieurs fonds nationaux spécialisés, co-investisseurs putatifs, auraient déjà fait connaître leur intérêt pour ces nouveaux outils.

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