Le terroir normand produit la moitié du lin qui s’échange à travers le monde mais 90% des fibres filent se faire filer en Chine d’où elles reviennent sous la forme de chemises et de pantalons. Une fatalité ? Pas si sûr. Sous l’impulsion de quelques empêcheurs de tourner en rond, cette filière textile « se ré-enracine » à petits pas, du champ à la garde-robe. Focus sur deux projets qui incarnent ce retour aux sources dans l’air du temps.Le bâtiment repeint d'un blanc immaculé respire encore le neuf. Il est fin prêt à recevoir la table de coupe automatisée attendue dans quelques jours, les machines de tricotage circulaire dernier cri arriveront un peu plus tard. Bienvenue dans l'atelier de confection de la bien nommée coopérative LINportant, située à Evrecy aux portes de Caen. C'est là, au cœur du plus grand bassin de culture linière du monde, que Paul Boyer a choisi d'implanter la première fabrique française de confection de tee-shirts en lin biologique pour, explique t-il, « assurer un débouché local et pérenne » à la fibre normande labellisée AB.
Ingénieur des Mines de formation, l'homme, féru de mode éthique, est un passionné de la plante à fleur bleue. Il est également l'un des meilleurs connaisseurs de la filière si tant est qu'il soit possible de parler d'une filière tant la France a abandonné, aux pays asiatiques, la transformation de la seule fibre textile d'origine européenne. C'est avec l'espoir d'enrayer (un peu) cette hémorragie qu'il a fondé LINportant, fin 2020, avec l'appui d'une soixantaine de coopérateurs. Le pari, au plus fort de la crise, était osé mais il s'est révélé payant.
« Le chemin s'est transformé en autoroute »
Lancée à la faveur d'une campagne de crowdfunding (une méthode permettant de récolter des fonds auprès d'un large public via des plateformes de financement participatif), qui a crevé les plafonds (8.000 pré-ventes pour 100 espérées), l'entreprise a profité à plein du regain d'amour des consommateurs et des enseignes pour le made in France. La tendance, qui préexistait, s'est trouvée confortée par la pandémie, constate Morgane Emereux, sa porte-parole.
«Lorsqu'en février 2020, la Chine s'est arrêtée, beaucoup de marques se sont demandées ce qu'elles allaient proposer en boutique. Cela a joué comme un révélateur d'un niveau déraisonnable de dépendance».