Avec sa solution de suivi en temps réel du vin, la startup My Bacchus veut conquérir de nouveaux terroirs en Europe

Quatre ans après la création d’une bonde connectée (une bague connectée permettant de mesurer l'évolution du vin) qui optimise le processus de vinification du raisin, la startup nantaise My Bacchus a levé deux millions d’euros auprès d’un pool d’investisseurs pour étendre sa technologie à l’ensemble des vignobles français et se développer en Suisse, en Espagne, en Italie… où la pression du changement climatique impose aux chais et autres domaines de mieux maîtriser leur production.

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Depuis 2020, My Bacchus a déployée trois-cents bondes connectées Onafis dans une soixantaine de chais et domaines, dans le Muscadet et le Bordelais.
Depuis 2020, My Bacchus a déployée trois-cents bondes connectées Onafis dans une soixantaine de chais et domaines, dans le Muscadet et le Bordelais. (Crédits : My Bacchus)

Face à des vendanges de plus en plus aléatoires, où certains experts estiment que les viticulteurs vont devoir apprendre à gérer seulement une récolte sur six, la technologie d'optimisation du processus de vinification déployée par la startup nantaise My Bacchus a convaincu les investisseurs. Après une levée de fonds de 700.000 euros en 2021, la startup a à nouveau bouclé fin un tour de table de deux millions d'euros pour accélérer son développement en France et à l'international.

Créée en 2018, présente dans une soixantaine de chais et de domaines dans le Muscadet et le Bordelais où elle a installé trois-cents bondes connectées (des bagues connectées permettant de mesurer l'évolution du vin), la jeune entreprise se lance en Champagne et en Bourgogne. Et vient de recruter à Marseille pour couvrir la vallée du Rhône et le bassin méditerranéen. «Nous comptons nous déployer chez soixante-dix clients supplémentaires d'ici le mois de septembre et cent-quarante en fin d'années. Nous sommes présents en Suisse et démarrons en Espagne avec trois clients, où nous allons ouvrir un bureau pour leur offrir les services et le support technique adéquats. Dans la foulée, nous irons en Italie, puis dans toute l'Europe », indique Alexandre Ermenault, fondateur de My Bacchus (six personnes) qui a lancé le recrutement de dix personnes et ambitionne d'être une cinquantaine d'ici à 2025.

« Aujourd'hui, que ce soit un industriel qui recherche des gains économiques en limitant les pertes -de vin- ou un domaine très qualitatif, tous veulent être informés des possibles dérives de leur production pour éviter d'avoir recours à des intrants », observe Alexandre Ermenault qui a convaincu les fonds Demeter IM (Partner), Pays de la Loire Développement (Sodero gestion), Atlantique Vendée Innovation, et les sociétés d'investissements Bamboo, la longue vue-Phar-Exel (groupe A2G) et Wine Set international lors de la dernière levée.

Des innovations majeures

Mise au point avec le concours des experts de CEA Tech, la bonde connectée de My Bacchus, commercialisée sous le nom, Onafis, plus aisé à manier à international, aura nécessité trois années de Recherche & Développement. « L'intervention de CEA Tech a permis de valider les mesures de l'oxygène dissout sans recalibrage de la bonde. La mesure de l'oxygène dissout est un critère très important pour maitriser les effets oxydatif et réductif, afin d'être sûr que soient conservés les arômes et la complexité pendant la période de l'élevage du vin, qui dure 3 à 4 mois pour le Muscadet et 15, 18 ou 24 mois dans le bordelais », explique Alexandre Ermenault. L'autre intérêt de cette bonde, c'est qu'elle n'a pas besoin d'être recalibrée en passant d'une cuve à une barrique ou à une amphore et permet de mesurer toute la vie du vin, sans manipulation. « Un avantage non négligeable pour les viticulteurs qui font face à une pénurie de main d'œuvre, et donc de personnel qualifié pour utiliser ses appareils, ou un désintérêt des œnologues stagiaires qui rechignent aux manipulations répétitives », témoigne le fondateur de My Bacchus.

Bonde Onafis - May Bacchus

Depuis 2021, les travaux de recherche se poursuivent avec CEA Tech pour mesurer la présence de « Brettanomycès ». Connue pour donner un goût animal déplaisant au vin en se mélangeant aux arômes, cette bactérie est, particulièrement, chassée par les domaines revendiquant une certaine qualité. «Grâce à l'élaboration de modèles mathématiques et de contre-mesures confiées à des laboratoires spécialisés, nous cherchons à réaliser des détections précoces pour éviter les proliférations obligeant à avoir recours à des correctifs... et des intrants », souligne Alexandre Ermenault, qui avec CEA Tech, entreprend une mesure en continu du « ciel gazeux du vin », cette poche volatile située dans la partie supérieure du contenant, qui donne le nez du vin. « Au même titre que le fut la thermorégulation dans les années 60, le suivi en temps réel et sur smartphone des vinifications et des élevages est une révolution ! L'anticipation des déviations microbiennes, le suivi des densités à distance, les économies d'énergie et de pertes de vin... sont d'ores-et-déjà des progrès majeurs apportées par les bondes connectées », atteste l'œnologue et investisseuse, Sophie Pallas, de Wine Set International.

Maîtriser la part des anges

Déjà sollicité par des domaines américains, Alexandre Ermenault estime plus prudent d'attendre 2023 pour se lancer Outre-Atlantique. « Face aux changements climatiques qui font évoluer la structure, le Ph et le taux d'alcool du vin, l'optimisation des process vinicoles impose de mettre en place des suivis d'élevage, de mieux réguler l'énergie et de revoir les méthodes de travail pour agir en conséquence et en conscience », dit-il. Tout en développant les capacités informatives de sa bonde, My Bacchus a fait se son objet connecté, un outil intelligent, sans fil, capable de piloter et de gérer des équipements externes comme la climatisation ou l'humidificateur d'air et ainsi mieux réguler l'hygrométrie et la température des chais. « Jusqu'ici ces appareils étaient pilotés par des capteurs situés dans l'environnement. Une porte laissée ouverte ou fermée peut déclencher une climatisation dont l'effet sera néfaste pour le vin. En s'appuyant sur la mesure directe du vin, on va à la fois optimiser les gains énergétiques et le process de vinification, et automatiser des actions sans valeur ajoutée», assure-t-il. « On va ainsi apprendre à perdre moins de vin, et mieux maitriser ce que l'on appelle la consume ou la part des anges ». Cette part volatile, comprise entre la réception du jus de raisin et la mise en bouteille peut représenter de 8 à 12% de la production.

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